Kayanza vient d’abriter des festivités particulières pour « une République laïque » (art.1er de la Constitution) sur invitation du couple présidentiel (évangéliste).
Le 25 septembre 08
Kayanza a vibré sous la fameuse mélodie « Warakoze Mana » qui doit inévitablement et avant la fin du mandat de Pierre Nkurunziza être inscrite dans le palmarès des records pour avoir été l’instrument privilégié de la violation de la Constitution.
En effet, il n’est plus un secret pour personne que Président de la République avait comme programme extrêmement surchargé pendant toute une semaine de rendre grâce à son Tout-Puissant qui lui a accordé la grâce de terminer trois ans à la tête de l’Etat. Il l’avait fait après une année, après deux ans sur le trône de cette petite République naguère aux mille collines verdoyantes mais actuellement aux mille problèmes.
Oui, comme il a coutume de le faire à chaque fois qu’il organise de telles festivités, il a chanté « warakoze Mana, comme il l’a fait à Gishubi en 2006, quand il a partagé cette joie avec l’Honorable Alice NZOMUKUNDA, alors Deuxième Vice-Président de la République, et le Général Adolphe NSHIMIRIMANA que l’on a vu sauter haut quand il fallait danser sur cette mélodie.
A Kayanza « Warakoze Mana » doit avoir été chanté non pas comme une expression de la gratitude mais comme une profonde et personnelle repentance et demande de pardon pour Pierre Nkurunziza quand il s’est sans doute souvenu que celui qu’il n’a jamais eu de cesse, avant de prendre les rênes du pouvoir et du parti CNDD-FDD, à appeler publiquement son père » ; l’Honorable El Hadj Hussein RADJABU.
Le congrès du CNDD-FDD de Bururi en est le témoin le plus sûr et fiable quand il a ouvert la Bible et lu le passage dans lequel il a tiré son sermon du jour. Il a prêché aux invités à ce congrès la préservation du secret. Samson n’a pas, selon Pierre Nkurunziza, préservé le secret de sa force et il a perdu, a-t-il enseigné ce jour-là. Ce jour-là, à la fois proche et lointain dans sa mémoire a été témoin d’un serment qu’il a prêté devant le congrès qu’il ne trahira jamais « Son père » l’Honorable Hussein RADJABU.
Parjure puisque l’année suivante, l’Honorable Hussein RADJABU devait d’abord être convoqué par le groupe de Généraux et Pierre Nkurunziza à Ngozi, ce jour fatidique du 2.0.2.2007 pour lui faire une proposition de la nouvelle organisation du parti CNDD-FDD. Celui-ci devait être dirigé officieusement par Pierre Nkurunziza et l’Honorable Hussein RADJABU respectivement comme Président du Conseil des Sages et Vice-président et la Présidence du Parti confiée à un garçon de course des eux. Il fallait parallèlement ouvrir officieusement le parti aux ex-FDD intégrés dans la Force de défense Nationale et à la Police Nationale, parce qu’ils avaient, d’après l’expression même, besoin d’un cadre d’expression au sein du CNDD-FDD pour lequel ils avaient tant souffert. Le parti CNDD-FDD serait donc théoriquement dirigé par deux têtes : le Conseil des Sages dirigé par Pierre Nkurunziza et El Hadj Hussein RADJABU diminué dans son autorité et dans ses attributions.
L’Honorable Hussein RADJABU commis l’irréparable en repoussant la proposition qui en réalité était déjà en vigueur puisque la même semaine le congrès du CNDD-FDD du 7.02.2007 était en préparation.
Tous les acteurs dans sa destitution du 7.02.2007 étaient bien présents à cette réunion : le Général Adolphe Nshimirimana, Patron de la Documentation Nationale, le Général Evariste Ndayishimiye, le Patron des partis politiques, le Général Alain Guillaume Bunyoni, Patron de la Police Nationale et bien évidemment Pierre Nkurunziza, Président de la République et prétendant à la Présidence du Conseil des Sages.
Cette composition de l’assemblée des têtes pensantes de la réunion devait préfigurer la suite des événements.
Le Patron des partis politiques devait engager le jeu le premier puisqu’il devait jouer sur une pseudo-divergence entre le Président du parti CNDD-FDD, l’Honorable Hussein RADJABU et le Secrétaire Général, pour non seulement s’immiscer dans la gestion du parti mais également dans la détermination du jour du congrès, la fameuse date du 7.02.2007.
La partie engagée par le Patron des partis politiques devait être suivie par l’autorisation de la convocation et de l’organisation par le Secrétaire Général ainsi que la tenue du congrès à Ngozi avant le 10.02.2007 parce que le Président de la République devait voyager le 10.02.2007. Ah oui le Président de la République devait voyager puisqu’il a pris l’avion, et tout le monde s’en souviendra, après le congrès de Ngozi, comme s’il devait rendre compte de la nouvelle organisation du parti CNDD-FDD à ses paires !
Non, il devait voyager après avoir été élu par le congrès de Ngozi à la Présidence du conseil des Sages du CNDD-FDD auquel a été forcément élu, sans l’avoir consulté, l’Honorable El Hadj Hussein RADJABU ! Il devait voyager avec la Présidence de cet organe en poche et de cette manière il pourrait diriger même de loin le parti.
Le Patron de la Documentation a joué son rôle car on l’a vu pendant la tenue du congrès de Ngozi actif, mais quand même moins actif que son Chef de cabinet. Il devait convaincre et même contraindre les réticents ou les sceptiques.
Mais son rôle sera plus évident dans l’affaire pénale qui suivra, de même que celui du Patron de la Police Nationale.
L’acte qui suit immédiatement est l’œuvre des deux Généraux précités car le déblayage du terrain avait été fait par le Ministre de l’Intérieur. Tenter de l’affaiblir le plus possible devait inévitablement passer par un dossier pénal, ce qui fut fait.
La Documentation devait fomenter un complot à mettre à la charge de l’Honorable RADJABU car le Chef de cabinet de la Documentation Nationale était prêt à tout surtout qu’il avait dans ses archives tous les CD du parti. Il connaissait également KAGABO Evariste car ils avaient opéré dans le même secteur de Bubanza et il savait parfaitement qu’il était un fidèle indéfectible de l’Honorable Hussein RADJABU. Il fallait, pour lui, chercher un autre bouc émissaire en la personne de Gahungu Frédéric le premier formateur de tous les combattants du CNDD-FDD et qui a eu dans ses rangs tous les Généraux et Officiers du CNDD-FDD y compris bien entendu les plus influents de cette République. Le chef de cabinet savait où il avait, à une certaine époque enterré les armes qui servaient à convoyer les ravitaillements de la plaine à la Kibira. Il pouvait donc les utiliser comme preuve de la préparation de la commission de l’infraction.
La Police Nationale du Général Bunyoni devait à son tour arrêter le plus de monde possible parmi les membres du CNDD-FDD qui se sont inscrits en faux contre le congrès de Ngozi et surtout, afin d’accréditer la thèse du complot, ceux qui ont toujours joué un rôle important pendant le maquis et qui étaient connus de la population comme KAGABO Evariste, l’Honorable Mpawenayo Pasteur, Birori Nestor… et plus encore diversifier les provinces de sorte que ça donne l’impression d’un plan de déstabilisation de tout le territoire. Bubanza a été représentée par beaucoup d’arrestations, Ngozi a eu un conjuré, Kirundo n’a pas échappé à la contagion, Gitega aussi.
Le Commissariat de la Recherche Criminelle a joué un rôle central ; c’est bien évidemment lui qui, sous dictée, a procédé à la détermination des personnes à arrêter et ordonner aux commissaires provinciaux d’y procéder dans leur zone d’action et de les transférer d’abord à la Documentation Nationale pour des séances de tortures puis audit commissariat pour interrogatoire formel et/ou pour faire disparaître pendant quelques jours les victimes de ces tortures. Ce fut le cas pour Kagabo Evariste et un autre qui a été écarté des poursuites d’une façon quelque peu difficile à comprendre : Kabura Abdul.
Au départ, même à la Documentation Nationale, il fallait d’abord négocier les détenus et leur montrer tous les risques qu’ils courraient en restant fidèles à l’honorable Hussein RADJABU. Certains, comme Birori Nestor ont été invités par ceux-là même qui les avaient convoqués à partager un repas et en discuter à tête reposée.
Leur refus catégorique pour leur honneur leur a valu les poursuites illégales et irrégulières qui, depuis que l’affaire a été appelée en audience publique, n’est plus un secret.
Elle n’est plus un secret car il a été manifeste que la détention de l’Honorable Hussein RADJABU et ses coaccusés est une question de pure vengeance politique par le biais des organes de l’Etat.
C’est une lapalissade puisque même la justice a été mise à contribution car, on l’a toujours constaté, le ministère public a été sérieusement indexé par les Avocats de la défense pour avoir été partie prenante dans la préparation des poursuites et a même été un des services de la Documentation Nationale d’autant plus qu’il utilise un véhicule attaché à la même Documentation.
La Cour suprême n’a pas sanctionné les actes de tortures commises pendant l’instruction alors même pas plus loin que chez-nous, au Rwanda ou au Congo pareils actes feraient l’objet de décision exemplaire.
La condamnation à 13 et 10 ans arrêtée par la Cour suprême a été décriée par toute l’opinion internationale et nationale à l’exception des thuriféraires du pouvoir.
La longue extension des délais d’instruction de l’appel fait par les condamnés est également illustrative de la même intention. En effet, depuis que les condamnés ont attaqué par voie d’appel la décision, il semble que la Cour ne veuille pas instruire l’affaire pour une simple raison : 2010.
2010 est la hantise du pouvoir Nkurunziza. La campagne électorale qu’il a commencée, hier avec les avocatiers exceptionnels qui vont renflouer les caisses de l’Etat par leur production, qui lutteront contre la pauvreté et la malnutrition (qui lutteront probablement contre les malversations financières en vedette actuellement), la distribution des matériaux de construction en lieu et place des ministères des travaux publics, de l’éducation nationale, de la solidarité nationale, etc. constitue l’une des raisons de l’emprisonnement de l’Honorable Hussein RADJABU.
Hussein RADJABU, « le père », tout le monde au CNDD-FDD le connaît. La bataille avec Pierre Nkurunziza ferait sans nul doute histoire au sein du camp Nkurunziza.
C’est pour cette raison que sa détention constitue pour Nkurunziza une occasion de répit mais celui-ci n’est pas long.
Le père est toujours plus influent que le fils parce qu’il est sage et c’est dans l’ordre des choses. Jérémie Ngendakumana devrait conseiller au Président du parti (puisqu’il est le Président du conseil des Sages qui dirige réellement le pays) d’emprunter la voie de la libération de l’Honorable Hussein RADJABU, l’unique qui puisse redonner un peu d’audience au CNDD-FDD, version Ngozi.
« Warakoze Mana » devrait donc être chantée et dansée après cette libération de l’Honorable Hussein RADJABU car, avant, l’oreille de l’Eternel est certainement sourde ; seul le cri de l’injustice risque d’être plus audible que la fameuse chanson de campagne.
Burundi Transparence
