Burundi Transparence, c'est l'actualité en continue.
Accueil                     Précedente                     Suivante                 Archives

 

 

 Actualités

Torture et assassinat de Nsabiriho: que dirait le Président Obama ?
Par Thierry Uwamahoro  
 Le 07 décembre 09

Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, le monde est devenu un "petit village". Des manifestants en Iran prennent des images sur leurs téléphones cellulaires et quelques minutes après leurs vidéos apparaissent sur les plus reconnues des chaines de télévisions du monde. Quelques heures après, le Président des Etats-Unis s’expriment sur ces images depuis le "Rose Garden". Si l’un des témoins qui ont assisté à la torture de Mr. Salvator Nsabiriho avait filmé les faits, la vidéo aurait été visualisée sur Youtube et pourquoi pas sur France24 et CNN. Un mois, jour pour jour, après l’assassinat de ce citoyen de Kayanza, on s’imagine alors ce qu’aurait été la réaction du Président Obama stupéfait par ces images violentes. Certains extraits de son discours destiné aux Africains à Accra nous éclairent…

"Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse." Président Obama, Accra, Juillet 2009

Le paisible citoyen Nsabiriho a été appelé dans le bureau du gouverneur Cennel Nduwimana pour se voir demander des pots-de-vin. Ayant refusé de tremper dans la corruption, il s’est vu tabasser à mort par la garde de ce gouverneur de province Kayanza. "Personne ne veut vivre dans une telle société" ! Le Burundi est sous un régime dit démocratique parce qu’il ya eu des élections et les institutions élues vont terminer leur mandat pour la toute première fois (on en est fier). Mais aussi longtemps que les tueries s’observent ici et là, la corruption devient rampante, l’impunité élise domicile, et les droits humains ne valent plus que les papiers sur lesquels ils sont écrits ; il est temps que les hautes autorités de l’Etat prennent leurs responsabilités. Il serait triste si tous ces combattants qui ont sacrifié leurs vies défendaient une démocratie "window dressing".

"L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions." Président Obama, Accra, Juillet 2009

A lecture de cet extrait, les images d’Idi Amin, Mobutu et autres Mugabe apparaissent au premier plan. Qu’on ne s’y trompe pas, Cennel Nduwimana fait parti intégral de ce que le Président Obama décrit comme "hommes forts". Ce sont des hommes (et femmes) qui se croient au dessus des lois, constitutions, et chartes internationales et piétinent les droits humains étant assurés que personne ne les challengera (ou au minimum que la solidarité négative les protégera). Ils se croient intouchables et invincibles. C’est pour cette raison qu’un exemple devrait être fait de ce gouverneur pour que demain et après demain, chaque administrateur, reconnaissant l’Etat de droit, respecte ses administrés. Sinon, le pouvoir absolu corrompra absolument…

C’est ici où les fortes institutions viennent en jeu. Les pouvoir législatif, exécutif, et judicaire doivent prendre leurs responsabilités quand des cas pareils surgissent. Les législateurs (membres de l’Assemblée Nationale et du Senat) devraient mettre en place des commissions d’enquêtes, ceux de l’exécutif (Président de la République, Ministre de l’Intérieur…) réprimanderaient le gouverneur criminel, et les courts et tribunaux accompliraient leurs taches dans l’impartialité. Indiscutablement, la société civile interviendrait et rappellerait les pouvoirs à agir en cas d’inaction.

L’initiative du pouvoir judiciaire qui est entrain d’enquêter sur les événements du 13 Octobre reste à louer même si ceux qui observent le processus de près ont formulé des critiques qui devraient être pris au sérieux. Néanmoins, sous d’autres cieux, le gouverneur Nduwimana aurait, de son gré ou contraint par ceux qui en ont le pouvoir, démissionné de son poste de responsabilité.

"...nous devons tout d'abord reconnaître une vérité fondamentale […], le développement dépend de la bonne gouvernance" Président Obama, Accra, Juillet 2009

Quand tout est dit et fait, le Burundi reste classé 3ème pays plus pauvre de la planète (dépendamment des classements, le Burundi oscille entre 1er et 6ème). Derrière ces statistiques se cachent des réalités troublantes : famine, précarité et/ou manque de soins de santé, inacceptables taux de mortalité maternelle et infantile, analphabétisme, chômage, fonctionnaires sans pouvoir s’achat, misère généralisée…

Rapports après rapports, études après études, la bonne gouvernance se montre l’ingrédient indispensable pour le développement. Or, dans un pays où un gouverneur de province se permet de tabasser à mourir un de ses administrés qui lui refuse des pots-de-vin et reste gouverneur des mois après l’acte macabre ; on n’a pas besoin de dépenser des millions de dollars pour relever les indices sur l’état de la gouvernance. Il revient alors a ceux qui président aux destinés des Burundais de prendre les décisions qui s’imposent pour que d’ici 5 ans le Burundi relève sa note, redore son image et se classe au moins 10ème sur cette liste des pays "ntahonikora". Tous chemins à ce classement passent par la bonne gouvernance ! A bon entendeur salut !