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Rafles et expulsions d'étrangers.
 Le 07 Février 09

 

Depuis le début de l'année, près de 600 étrangers – des Congolais, des Rwandais, des Tanzaniens – qui vivaient au Burundi ont été expulsés sans ménagement. Pour des Burundais indignés, ce sont des motifs politiques qui expliquent ces expulsions qui vont à rebours de l’intégration régionale.
Près de 600 étrangers établis irrégulièrement au Burundi, parfois depuis de longues années, ont été refoulés aux frontières depuis le début du mois de janvier. Au moins 5 opérations de contrôle ont été menées dans les communes urbaines de Bujumbura et une autre à Ngozi, au nord du pays. Celles-ci surprennent au petit matin les habitants des quartiers suspectés d’abriter de nombreux étrangers. Tous ceux qui n’ont pas de pièces d’identité, y compris des Burundais, sont appréhendés et rassemblés dans un stade. Les étrangers sont rapidement reconduits à la frontière.
À chaque opération, on assiste à des scènes déchirantes qui suscitent la compassion et de lourdes critiques des citoyens burundais. La plupart de ces étrangers, essentiellement des Congolais, des Rwandais et des Tanzaniens, qui sont installés au Burundi parfois depuis plusieurs décennies sont reconduits aux frontières, laissant derrière eux leurs femmes, souvent des Burundaises, leurs enfants et tout ce qu’ils ont durement acquis. Un Rwandais, Ildephonse Kampayano, explique ainsi aux policiers visiblement impassibles qu’il a travaillé au port de Bujumbura jusqu’à obtenir sa pension. Il se demande ce qu’il a pu faire de mal pour être aussi abruptement rejeté malgré sa participation au développement du Burundi.

Difficile d'être en situation régulière
Rares sont, cependant, les étrangers qui peuvent être en situation régulière. Le parcours est long et coûteux : après 6 mois de séjour, il faut obtenir le visa d'établissement de 2 ans, qui coûte 150 $. Ensuite, on peut demander le visa d'établissement indéterminé en payant une caution de 1 250 $ par personne. S'il n'y a pas d'accords entre les pays – ce qui est le cas avec le Rwanda et la RDC – il faut alors payer un dollar par jour pour rester au Burundi en toute légalité. Et si vous souhaitez être régularisé tardivement, vous devez payer les arriérés ! Ces expulsions reposent aussi une nouvelle fois la question de la difficile acquisition de la nationalité burundaise: "Je suis né à Karuzi (au centre est du pays, Ndlr) d’un père né lui aussi au même endroit. C'est mon grand-père qui est venu au Burundi tout jeune. Comment voulez-vous que je regagne Oman que je ne connais pas !" s'exclame un Arabe appréhendé au nord du Burundi. En effet, l’ancienneté dans le pays, pas plus que le mariage avec une Burundaise, ne permet de devenir burundais. On ne connaît d'ailleurs pas le nombre de ceux qui veulent acquérir la nationalité.
Le gouvernement se défend cependant d'être xénophobe. Au cours d’une conférence de presse, le 30 janvier, le ministre de la Sécurité publique, Alain Guillaume Bunyoni, a expliqué que ces opérations rentrent dans les missions ordinaires de la police nationale. En effet, selon lui, la plupart des criminels ou malfaiteurs arrêtés sont des étrangers.
Les nombreux Burundais qui viennent au stade ne comprennent pas qu'on chasse des gens avec qui ils ont vécu pacifiquement. Indignés, ils sont nombreux à estimer que le vrai motif de ces expulsions, qui vont à l'encontre de la politique d'intégration régionale, est à chercher dans les échéances électorales de 2010.
Maître Laurent Nzeyimana, estime "qu'une plus grande prudence à l’égard des ressortissants des pays voisins et de la sous-région est nécessaire au regard des accords d’intégration politique et économique, en encourageant plutôt une politique du droit d’établissement réciproque". Selon François Bizimana, député, qui représente depuis 2008 le Burundi au Parlement des pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est, "il faut accélérer la négociation du protocole qui doit déterminer la libre circulation des personnes, des biens et des services. Il est encore à l’état de projet et ne devrait être signé qu’en 2010".

Suspectés d'avoir changé de camp
Sous couvert d'anonymat, des Burundais, opposants à ces refoulements, expliquent, par des raisons purement électoralistes, l'impatience du gouvernement à refouler les étrangers, à un an de la signature de ce protocole. Selon eux, celui-ci veut se débarrasser d’électeurs de 2005 qu’il ne maîtrise plus. Ils se fondent sur le fait qu'on retire et on déchire les cartes d’identité qui avaient été distribuées à des étrangers lors de ces élections, car ils seraient suspectés d'avoir changé de camp.
Ils en donnent aussi pour preuve le traitement réservé aux expulsés, qui ne respecte pas la loi. Selon Aimé Parfait Niyonkuru, professeur de droit à l’Université du Burundi, "la décision d’expulsion doit être notifiée aux concernés. Elle précise le délai qui permet à l’étranger de faire ses valises, payer ses dettes, recouvrer ses créances… On ne doit pas prendre une personne comme une bête et la conduire manu militari dans n’importe quelles conditions aux frontières".
Dans ces rafles, quelques rares étrangers qui travaillent dans des secteurs comme l’enseignement ne sont pas expulsés. Lors de l’opération du 2 février, des Congolais qui n’avaient pas de documents ont eu exceptionnellement le temps de régulariser leur situation.