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 Actualités

Le terrible quotidien des détenus
(Source: Syfia Grands Lacs)  
 Le 06 août 10

Au Burundi, plusieurs prisons ou cellules qui en tiennent lieu sont surpeuplées. Les détenus y vivent dans des conditions terribles de promiscuité et d'insalubrité. Le manque de moyens et les lenteurs de la Justice sont à l'origine de cette situation.

Au Burundi, certaines prisons abritent trois fois plus de monde qu'initialement prévu. "La prison centrale de Ngozi, construite pour 600 détenus, en accueille aujourd'hui 1 938", rapporte Dieudonné Nzeyimana, chef d'antenne de l'Association burundaise pour la défense des droits des prisonniers (ABDP). Toujours à Ngozi (Nord), au commissariat de la police judiciaire, une cellule de 3 m sur 4 abrite 50 détenus. Les uns doivent rester debout pendant que les autres se couchent pour dormir. La situation est encore pire dans des coins reculés du pays où les prisons n'existent même pas.

A Mwaro (Centre), la cellule du commissariat de la police judiciaire renferme 58 détenus. Les prisonniers s'y soulagent dans un seau.
Au chef-lieu de la province Kayanza, au Nord, le cachot est entouré de déchets et d'excréments des détenus, évacués par un tuyau. C'est là que mangent les prisonniers, dans une odeur nauséabonde. A côté, trois femmes sont emprisonnées dans une petite pièce. L'une d'elles dort avec son enfant d'un an environ sur un pagne étalé à même le ciment.
Une de ces prisonnières, enfermée ici depuis plus d'un mois, n'espère pas sortir rapidement, car elle n'a pas encore comparu. Son cas n'est pas isolé.

Alors que le Code de procédure pénale donne sept jours pour confirmer ou infirmer la détention préventive, celle-ci excède largement ce délai. "Certains peuvent même passer des années sans comparaître devant les juridictions, parfois pour des délits mineurs", témoignent des sources anonymes.

En période électorale, comme actuellement, beaucoup de personnes sont emprisonnées pour des motifs politiques. Elles ont insulté des administratifs, porté atteinte à la sécurité publique, brutalisé ceux qui ne sont pas de la même tendance politique, etc.

Les maladies rôdent

En plus de leurs dures conditions de vie, les nouveaux prisonniers doivent payer une somme d'argent, qu'ils appellent "bougie" et dont on ignore le destinataire. "Quand je suis entré, on a exigé de moi 10 000 Fbu (10 $ environ). J'ai demandé qu'on aille chercher ma famille afin qu'elle paye pour moi. Sinon, j'allais être maltraité. Celui qui a beaucoup de moyens paye plus, mais on ne peut pas verser moins de 2 000 Fbu", raconte un détenu.

Au niveau des communes, le Parquet manque de moyens pour inspecter régulièrement les prisons et contrôler les conditions de détention. Il ne dispose que d'un seul véhicule pour sillonner toute la province. Sans oublier le manque de carburant. "Les visites sont organisées par le ministère de la Justice une fois l'année ou pas du tout. C'est insuffisant, mais il faudrait des moyens pour les financer", déplore un agent du Parquet.

Certaines catégories plus vulnérables, comme les mineurs et les femmes, bénéficient toutefois du soutien d'ONG qui leur payent des avocats et leur rendent visite même à l'intérieur du pays.

Pour une majorité de prisonniers, la situation reste plus que précaire. Avec la surpopulation, la nourriture, l'eau, les soins et les latrines manquent. Des maladies, dues en grande partie à la promiscuité et à l'insalubrité, comme celles des mains sales (choléra, dysenterie) et la malaria ou rôdent, explique le chef d'antenne de l'ABDP à Ngozi.

Par Audace Nimbona