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 Actualités

La presse burundaise en guerre contre le gouvernement
(Source: pieuvre.ca)  
 Le 07 août 12

Les journalistes du Burundi sont en colère: ceux-ci n’auraient pas été consultés dans l’élaboration d’une loi jugée comme étant rétrograde et enfreignant la liberté de presse et d’opinion. Bien que le projet de loi en question n’ait pas encore été adopté par l’Assemblée nationale, les médias burundais n’écartent aucun moyen pour manifester leur indignation, selon l’Observatoire de la presse burundaise.

Le président de cet Observatoire (OPB), Innocent Muhozi, dit d’ailleurs comprendre la raison pour laquelle le projet de loi a été caché aux journalistes; selon lui, il suffit de le parcourir pour saisir le besoin d’en dissimuler le contenu.

Il indique ainsi que ce projet contient"des anomalies" du début à la fin. Lui qui l'a lu de A à Z tient à préciser, avec une insatisfaction totale, qu'aucune disposition ne va en faveur des journalistes. Le fait que l’on ait tenu les journalistes à l’écart de la conception du projet de loi n’est d’ailleurs que la première pierre lancée à la profession. "Il est impensable qu'on confectionne une loi à l'insu de ceux qui sont concernés en premier lieu. Et puis, ajoute-t-il, ce projet de loi ne concerne pas que les journalistes, mais aussi l'opinion nationale et même internationale".

L'homme qui est aussi directeur d'une radio télévision privée à Bujumbura, la capitale, estime que si le projet de loi était adopté à l'Assemblée nationale, elle serait rétrograde par rapport à celle existant déjà. "Rétrograde dans la mesure où elle est plus restrictive des libertés de presse et d'expression par rapport à celle de 2003 encore en vigueur". Et de conclure que "ce n'est pas du tout normal qu'une loi qui a été adoptée en période de guerre (novembre 2003) soit plus libre et plus ouverte que celle qui vient en temps de paix". Au moment où les relations entre le pouvoir de Bujumbura et les médias, particulièrement ceux du secteur privé, n'étaient pas au bon fixe, le président de l'OPB trouve qu'elles seront de plus en plus entachées au lieu de s'améliorer.

Pour M. Muhozi, toujours, l’adoption de la loi multiplierait les conflits. "On sera en combat permanent avec les pouvoirs publics. L'opinion publique et les organisations de la société civile en général seront également en opposition permanente avec cette loi". S'inscrivant en faux contre le nouveau projet de loi, M. Muhozi déplore aussi que tout ce qu'il contient va à l'encontre de ce qui avait été convenu en mars 2011 lors des états généraux sur les médias et la communication. À cette époque, la question de dépénalisation des délits de presse avait été longuement débattue. Mais Innocent Muhozi déplore que les conclusions de ces états généraux n'aient nullement été considérées pour élaborer ce nouveau projet de loi.

Le président de l'Union burundaise des journalistes (UBJ) tient à préciser à son tour qu'au lieu de la dépénalisation des délits de presse, "ceux qui ont élaboré ce projet auraient voulu simplement instaurer une dictature au sein des organes de presse, voire fermer certains d'eux en instaurant de fortes amendes qui vont jusqu'à huit millions de francs burundais. Incompréhensible pour une presse moins ou pas soutenue par le gouvernement, malgré les engagements même que l'on peut lire dans la loi sur la presse de 2003", déclare Alexandre Niyungeko. Celui-ci fait partie de ceux qui avaient réclamé que ce projet de loi soit porté à la connaissance des professionnels des médias, en vain.

Dire non à la loi par la rue

Le président de l'observatoire de la presse burundaise n'y va pas par quatre chemins pour affirmer que toutes les voies seront empruntées pour dire non à ce nouveau projet de loi. Cela ira, selon lui, jusqu’à discréditer le gouvernement, qu’il appelle à tenir de nouvelles rencontres pour "en rediscuter avant qu'il ne soit trop tard et trop compliqué pour l’État et pour tout le monde".

Dans l'immédiat, les professionnels des médias comptent sur l'Assemblée nationale du Burundi, mais avec peu d'espoir puisque celle-ci est majoritairement progouvernementale. "Si les choses devraient être maintenues comme elles sont aujourd'hui, nous serons obligés de nous battre par tous les moyens, pacifiques bien sûr, et descendre même dans la rue s'il le faut. Quoi qu'il en soit, on ne pourra pas laisser ce projet de loi passer, parce qu'il est dangereux pour notre métier et pour le pays en général", soutient Innocent Muhozi. Il garde toutefois l'espoir que le gouvernement révisera ce projet de loi, afin que les médias burundais puissent continuer à décrier tout ce qui ne va pas au Burundi dans des domaines sensibles comme la liberté d'expression et d'opinion, la liberté politique, la dénonciation de la corruption, et bien d'autres.

Peu de temps après que ce projet de loi ait été connu de certains professionnels des médias, les partis politiques de l'opposition regroupés au sein de l'Alliance des démocrates pour le changement ont déclaré lundi qu'ils allaient les soutenir dans ce combat. Un développement peu surprenant, puisque la presse – et surtout les médias privés – est leur principale plateforme pour s’exprimer.