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Le pouvoir arrête ses propres gens... mais sans grands résultats
(Source: pieuvre.ca)  
 Le 03 août 12

Certains Burundais se disent menacés par des hommes qui font la pluie et le bon temps à leur guise. Ils sont arrêtés, torturés et même tués, souvent parce qu'ils n'émettent pas sur les mêmes ondes avec le parti au pouvoir, le Cndd-fdd. Parmi les présumés auteurs de ces crimes figurent les policiers qui sont sensés les protéger. Une commission ad hoc avait été créée pour enquêter sur des exécutions extrajudiciaires; quelques-uns sont arrêtés, mais le chemin reste encore long selon les organisations de la société civile.

Cinq jeunes Imbonerakure (guetteurs) du parti Cndd-fdd de la province de Bubanza, dans l’ouest du pays sont ainsi locataires de la prison du chef-lieu de la province depuis mercredi. Il en est de même pour le commissaire adjoint de la police à Gitega, au centre du pays. Michel Nurweze, surnommé Rwembe (qui signifie "lame de rasoir"), a passé sa première nuit mercredi à la prison centrale de Bujumbura, la capitale Il faisait la pluie et le bon temps dans la circonscription qui lui a été confiée par le pouvoir.

Ces hommes sont accusés de crimes commis à l'égard d’innocents qui étaient, pour la plupart, déjà entre les mains de la police. Ces crimes ayant été qualifiés d'exécutions extrajudiciaires, une commission d'enquête avait été mise sur pied en juin par le procureur général de la République. Elle dispose d'un délai de deux mois pour donner son rapport. Dans différents milieux où opéraient ceux qui ont été arrêtés, la population affirme qu'elle respire.

Du côté des organisations ouvrant pour le respect des droits de la personne humaine, le délégué général du Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC) soutient l'action de la commission qui a mis la main sur ces gens. "C'est un pas très important qu'on ose frapper les présumés auteurs de ces crimes graves", affirme Pacifique Nininahazwe qui reste pourtant sur sa faim : "Ceux qui sont appréhendés ne sont encore que de simples exécutants. Il faut aller jusqu'à ceux qui ont couvert ces exécutions, et faire juger rapidement les prévenus devant les juridictions compétentes". Cet activiste des droits humains exprime son pessimisme quant au fait que "l'on a vu dans le passé des commissions qui ont été mises en place au Burundi, qui dans un premier temps se montraient actives, mais qui rencontraient des embûches sur leur chemins une fois arrivées au stade d'arrêter certaines personnalités".

En prison, ces personnes nouvellement arrêtées y ont rejoint d'autres; la plupart étant des responsables de la police, des chefs de zones ainsi que des jeunes Imbonerakure du parti présidentiel. Mais d'autres encore sont cités dans les médias locaux et internationaux pour ce genre de crimes. Un exemple frappant est celui du commissaire provincial de la police à Bubanza, dans l’ouest du pays : la population lui a remis en juin 14 personnes qui étaient accusées d'être des rebelles. Personne n’a eu de leurs nouvelles jusqu'ici, alors que le porte-parole de la police nationale a déclaré n'avoir eu aucun rapport sur le sort de ces gens. Le public pense que les présumés rebelles ont été tués, mais le commissaire Rémégie est toujours libre.

La commission d'enquête a encore du pain sur la planche malgré la satisfaction de la population dans certains milieux. À moins d'un mois de la fin de ces travaux, les défenseurs des droits de l'homme estiment que les grands commanditaires de crimes commis au Burundi ne se sont pas encore inquiétés. De plus, ils affichent moins de confiance envers ces commissions ad hoc pour mener des enquêtes sur différents crimes.

Pour la seule année 2011, une résolution des Nations Unies parle de 57 cas d'exécutions extrajudiciaires au Burundi, alors que les défenseurs des droits de l'homme parlent de centaines. Parmi les grands dossiers qui leur font perdre confiance figure celui des massacres de Gatumba à l'ouest de la capitale, qui ont coûté la vie à 39 personnes en une demi-heure le 20 septembre 2011. L'autre dossier, qui date d'avril 2009, est celui de l'assassinat d'Ernest Manirumva, ancien vice-président de l'Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome). La société civile trouve que pour tous ces dossiers, les grands planificateurs n'ont pas été jugés. Et d'ajouter surtout pour ce dernier – le dossier Manirumva, que "l'image de la justice burundaise sera ce qu'elle voudra être aux yeux de l'opinion nationale et internationale en lisant la loi et en disant le droit". L’affaire a été classée il y a quelques mois, à l'insatisfaction des défenseurs des droits de l'homme au Burundi.