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Le Président Pierre Nkurunziza est-il un "petit Jésus" ?
(Source: Arc-en-Ciel n° 268 du 04/09/2009)  
 Le 10 septembre 09

Alors que très peu de burundais connaissent avec précision la vraie religion du Président Pierre Nkurunziza, l’essentiel est que notre pays demeure laïc comme c’est prévu par sa Constitution. Mais depuis que l’actuel numéro un burundais est arrivé au pouvoir, il multiplie les déplacements vers différentes églises, sans oublier les sectes et d’autres groupes de prière. Chaque sortie du Président de la République, à Bujumbura comme dans les provinces, est souvent suivie par son équipe de football, Haleluya FC et sa mystique chorale, komezagusenga (Continue à prier).

Ceci pourrait impressionner pas mal d’observateurs étrangers, mais à voir l’importance que le Président Pierre Nkurunziza y met, c’est trop fort pour lui et très significatif. A l’heure où les autres dirigeants du monde amènent des équipes des scientifiques, des jeunes universitaires ou des hommes d’affaires dans leurs délégations, c’est des « religieux » que le Président Pierre Nkurunziza semble privilégier.

C’est ainsi qu’une fois par l’an, comme pour célébrer en grande pompe son arrivée au pouvoir, le Président Pierre Nkurunziza organise une croisade évangélique de presque une semaine pour "remercier le Tout-puissant" et invite des pasteurs venus de tous les horizons pour s’associer à cet événement, tous les membres du gouvernement, les diplomates étrangers accrédités au Burundi et l’ensemble de tous les Corps Constitués, ce qui apporte un cachet particulier à ce grand événement au départ privé.

Mais le constat fait la semaine dernière par notre Rédaction sur la venue de ces invités, c’est que par rapport aux années passées, cette année, les tribunes d’honneur ne sont pas aussi remplies par ces VIP de la République. Avec l’hypocrisie légendaire de burundais envers leurs dirigeants, participer à ces croisades, c’est dit-on gagner la confiance du Président de la République. Vrai ou faux ? En tout cas, un tabou se casse sous nos yeux et très peu d’intellectuels burundais croient désormais aux convictions religieuses de notre Chef d’Etat, lui qui n’aurait pas hésité un jour à dire devant les membres de son parti, que ce n’est pas leurs voix qui l’ont placé à la magistrature suprême, mais seulement, la volonté divine.

En raisonnant ainsi, le Président Pierre Nkurunziza se coupe ainsi de sa base électorale et s’investit alors dans une sorte de mission divine pour diriger ce pays, en se considérant comme un envoyé de Dieu, ce qui risque de produire plus de mal que de bien pour le reste de sa carrière politique et présidentielle. A la limite, la facture à payer pour le Chef de l’Etat pourrait devenir très lourd. En effet, aucun dirigeant au monde, y compris parmi les plus croyants, n’a déjà fait des miracles pour son peuple et son pays, aussi longtemps qu’il n’y a pas un leadership national très fort, à la hauteur de ses missions et guidés par des aspirations patriotique.

Et lorsque ce comportement des dirigeants est largement positif pour susciter la stabilité et le développement du pays, il doit absolument recevoir une bénédiction divine. Ce qui n’est pas encore le cas pour le Burundi sous la présidence de Pierre Nkurunziza, lui qui n’a pas jusqu’ici fait des miracles pour ce peuple et ce pays. En fera-t-il pour cette dernière année de son mandat ?

Il nous semble que non. En effet, depuis que l’autre week-end à Bubanza, accompagné par les membres d’une association américaine, le Président Pierre Nkurunziza a lavé les pieds des populations démunies, avant de les octroyer des chaussettes et des souliers de sport (souplesse), le numéro un burundais s’est rendu très impopulaire au sein de l’opinion burundaise, lui qui a justifié son geste en disant que c’est une preuve d’humilité pour faire comme Jésus qui a lavé les pieds de ses contemporains. Oubliant ainsi de rappeler que Jésus a lavé les pieds de ses disciples, peu avant sa mort, pour les inviter à continuer sa mission, après sa disparition. S’agit-il d’un oubli délibéré ?

En tout cas, personne ne pourrait comparer le Président Pierre Nkurunziza et le fils de Marie et Joseph, notre sauveur Jésus ! Comme sous l’époque de Jésus, une division de tâches s’impose dans notre société pour un maximum d’efficacité et de rentabilité. Il faut laisser l’enseignement de la Parole de Dieu aux hommes d’églises, des mosquées et des temples, la politique aux politiciens et comme le disait Jésus lui-même "donner à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Et toutes les prophéties vont ainsi se dérouler à nos yeux.

Quoi qu’il en soit, la Bonne Nouvelle nous enseigne que Dieu est là pour guérir les malades. Mais aucune écriture sainte ne nous encourage à se comporter comme des pharisiens, en soignant notre aspect extérieur, alors qu’au fond de nous-mêmes, on est comme un central nucléaire accidenté, à la Tchernobyl.

Pour un dirigeant politique aux commandes de l’Etat, avec un pays à gérer, un programme à défendre et une population à protéger et développer, la politique et la religion ne se marient jamais. Il faut prier avec des mots simples pour remercier notre Créateur de la paix retrouvée, de la bonne gouvernance en action et de la prospérité devenue une réalité en lui demandant de consolider nos acquis tout en multipliant notre pain quotidien. Inutile de lui casser les oreillers en se comportant comme des pharisiens, alors que sur terrain, les Droits de l’Homme sont quotidiennement bafoués, les malversations économiques et financières s’érigent en mode de gouvernement, l’impunité des crimes (y compris les plus odieux) deviennent une institution, les emprisonnements politiques un programme gouvernemental,...

Au Burundi, du moins dans l’arène politique nationale, il n’y a aucun Jésus, même en petit format. C’est une certitude !