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De grands nuages sur le pays
(Source: L'observateur Paalga)
Le 01 juillet 10
Les résultats de la présidentielle burundaise sont tombés hier mercredi 30 juin 2010. Sans surprise le président sortant, Pierre Nkurunziza, a été réélu sans coup férir, avec 91,62% des voix s'il vous plaît. Il était l'unique candidat ayant pris le départ du sprint présidentiel. Et c'est normal que le professeur d'Education physique et sportive (EPS), qui a couru tout seul, arrive en solitaire. Normal alors que ce scrutin et, subséquemment, ses résultats n'émeuvent personne.
La preuve est que cette consultation électorale est vite éclipsée, médiatiquement en tout cas, par l'affaire Agathon Rwasa.
Agathon Rwasa qui n'est autre qu'un opposant, ex-rebelle et leader des Forces nationales de libération (FNL) du Burundi. Comme les autres challengers de Nkurunziza, Agathon s'était retiré de la course à la présidentielle en affirmant que les conditions de son organisation ne sont pas favorables à une élection transparente, démocratique et sereine.
Le patron du FNL, rappelons-le, avait disparu à Bujumbura le 24 juin dernier, à cinq jours de la présidentielle. Une disparition qui avait suscité moult commentaires, peu amènes, à l'encontre du président Pierre Nkurunziza qu'on a accusé d'avoir enlevé, voire trucidé, un adversaire politique.
Mais voilà que mardi, la veille de la date officielle de proclamation des résultats de la présidentielle, Agathon Rwasa est sorti du bois à travers un enregistrement audio, authentifié par les autorités burundaises. Ainsi, le leader du FNL est bien vivant et même en sécurité là où il se terre. Dans l'enregistrement il n'a pipé mot de l'endroit où il se trouve présentement.
Par contre, il a donné les raisons de son départ de Bujumbura : "Ils voulaient encore une fois m'arrêter ; je l'ai su, je me suis éclipsé. S'ils disent qu'ils ne voulaient pas ma tête, pourquoi ont-ils fouillé ma maison ? Pourquoi est-ce qu'ils ont envoyé plus de trente-cinq agents des services secrets pour me chercher à Uvira, en République démocratique du Congo, où ils pensent que je me trouve ? Pourquoi ils m'ont cherché également dans la province de Bujumbura rural ?"
De fait, le climat social s'est gravement détérioré à Bujumbura avec l'explosion quotidienne de grenades dans la ville. Des attaques que le pouvoir à vite fait d'attribuer à l'opposition. En témoigne la kyrielle d'arrestations au sein de ses membres.
Selon les derniers chiffres communiqués ce mardi 29 juin par le président de l'Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), Pierre Claver Mbonimpa, au moins 74 militants des partis d'opposition ont été arrêtés arbitrairement depuis une semaine dans une opération qu'il qualifie de "répression politique".
La police, elle, soutient que toutes les personnes arrêtées l'ont été dans le cadre de l'enquête sur les attaques à la grenade qui frappent le pays depuis le lancement de la campagne électorale.
Si cette sortie rassure ses proches, elle est cependant source de doute et d'interrogations pour le pouvoir et même toute la classe politique burundaise. L'ex-rebelle va-t-il rester dans le maquis et reprendre les armes ? Difficile d'y répondre, pour l'instant. Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra que Bujumbura négocie avec Agathon pour le rassurer et le ramener dans le camp de la démocratie, sinon ça peut péter à nouveau dans ce pays.
A l'évidence, Pierre Nkurunziza souffle sur des braises en s'entêtant à aller seul à l'élection et surtout à arrêter et à jeter en prison les militants de l'opposition. Si on n'y prend garde, le Burundi risque fort de basculer dans l'enfer de la guerre civile et des rebellions à n'en pas finir, car les meurtrissures de l'histoire récente de ce pays sont encore là, et il ne faut pas beaucoup pour provoquer le retour des vieux démons.
Par San Evariste Barro
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