Burundi Transparence, c'est l'actualité en continue.
Accueil                     Précedente                     Suivante                 Archives

 

 

 Actualités

Le Président Pierre Nkurunziza sur un fauteuil éjectable ?
(Source: Journal Arc-En-Ciel No.272 du 02/10/2009)  
 Le 06 octobre 09

Le dernier rapport de Transparency International révèle que le Burundi prend du poids parmi les pays les plus corrompus du monde. Cela arrive pendant que dans le discours de nos dirigeants, à commencer par le président de la République, on ne cesse de dire que le pays se porte bien, avance sur le plan démocratique et marque des points dans le domaine de la Bonne Gouvernance ! L’image que les dirigeants burundais voient dans leurs miroirs n’est pas identique à celle qui se reflète dans les instances internationales, Onusiennes ou des bailleurs de fonds. Pour un pays qui vit des aides étrangères, c’est un très mauvais signe, tenu pour indicateur par les investisseurs potentiels qui veulent apporter leurs capitaux au Burundi. La corruption fragilise l’Etat et fait les affaires des dirigeants, ce qui ne peut que rendre plus vulnérable le burundais moyen.

Cette gifle de Transparency International arrive alors que le climat social se détériore sérieusement sur le plan intérieur, avec cette reprise des grèves dans les milieux scolaires et médicaux du Burundi. Quand l’on sait que les enseignants à eux-seuls font plus de 80% de l’effectif de la Fonction Publique burundaise, il y a lieu de tirer sur la sonnette d’alarme. Face à cette situation, le Gouvernement burundais perd sa crédibilité et n’arrive pas à satisfaire les revendications de tous les grévistes, lui qui semble se préoccuper moins de la survie de ses fonctionnaires et de toute la population civile et militaire. Le Gouvernement va très mal au Burundi et risque de connaître davantage des difficultés, à moins d’une année des prochaines élections, du moins si elle ne change pas le fusil d’épaule. Le grand perdant dans cette affaire suicidaire au niveau politique, reste bien évidemment le Président Pierre Nkurunziza.

En effet, le désordre qui s’est installé au sein de son parti, le Cndd-Fdd, depuis l’emprisonnement abusif, politique et prolongé de l’Honorable El Hadj Hussein Radjabu, l’homme qui était tout pour le parti au pouvoir, fait que la marge de manœuvre est très limitée pour le Président Pierre Nkurunziza en vue de rectifier le tir, même s’il était, on l’imagine, bourré des bonnes intentions pour mieux diriger ce pays, de manière démocratique, transparente et équitable pour tous. En effet, il n’a pas aujourd’hui un cadre politique solide pour l’aider à remplir convenablement sa mission. Il y a lieu à parier qu’il est lui-même dépassé par les événements et n’arrive plus à contrôler sérieusement son entourage, lui qui passe beaucoup de temps dans ses champs à l’intérieur du pays, à visiter ses chantier et taper quotidiennement sur le grand ballon rond, quand il ne s’improviste pas pasteur pour prêcher la «bonne nouvelle » dans une secte à Bujumbura ou dans les provinces.

Au fait, le Président Pierre Nkurunziza a visiblement commencé sa campagne électorale juste après sa prestation de serment comme président de la République, en août 2005. A l’époque, il y avait le président du Cndd-Fdd, l’Honorable El Hadj Hussein Radjabu pour s’occuper des grands dossiers du pays, organiser des missions, rencontrer des bailleurs, procéder à des nominations et à des révocations, accorder des promotions, … s’occuper réellement de la gouvernance. C’est pour cette raison que le vide ou plutôt la « politique de la bougeotte » à la présidence de la République ne se remarquait pas avec le même éclat qu’aujourd’hui. Cette fois-ci, l’avion est en navigation automatique, le pilote est ailleurs ! C’est pourquoi chacun fait ce qu’il veut, c’est le désordre total du sommet à la base ! Comme dans une cour de récréation à l’école primaire, chacun tire la corde de son côté, la balle se joue dans tous les sens, les règles élémentaires du jeu ne sont plus respectées. Malheureusement, il n’y a que le président de la République, seul, endossant la responsabilité de cette cacophonie.

Si les choses devraient continuer ainsi, personne ne peut dire que le navire pourra continuer son chemin jusqu’aux prochaines élections. Par simple réflexe patriotique, rien ne nous interdit de croire, peut-être de rêver qu’un jour, il faudrait se mobiliser ensemble pour aider justement ce navire à bien continuer son chemin, même à pas de tortue. Pourvu qu’il avance. En effet, pendant qu’aucun espoir ne s’affiche à horizon pour annoncer que le soleil va certainement se coucher à temps sans connaître une éclipse, les comportements se radicalisent dans certains partis politiques, au grand jour, comme il n’y avait d’arbitre pour siffler cette concurrence déloyale et antidémocratique entre partis ou brandir ses cartons pour sanctionner ces antijeu ! L’exemple de ces affrontements entre les jeunes du Cndd-Fdd (Imbonerakure) et les banamarimwe des Fnl, aile Agathon Rwasa, à Kirundo, est encore frais dans notre mémoire.

Nous risquons d’assister à des scènes macabres comme ceux de ce 28 septembre 2009, dans le grand stade de Conakry (Guinée), avec les bérets rouges du tonitruant Capitaine Moussa Dadis Camara de l’autre Cndd (Conseil National pour la Démocratie et le Développement), poumon de la junte militaire guinéen ! Il faut donc des sapeurs-pompiers à temps, sinon la maison va brûler. Du côté de ceux qui devraient prendre les choses en mains dans les meilleurs délais pour protéger le palais et la nation toute entière, l’heure de la démobilisation a déjà sonné. C’est la débandade générale. Les uns écartent les jambes sans connaître où ils vont finalement poser leurs pieds, les autres regroupent leurs butins, dans une forme de sac à dos, pour un voyage à destination encore inconnue, du moins avant les prochaines élections. Pourquoi n’est pas se réunifier au sein même du Cndd-Fdd, au lieu de demander l’adhésion dans des partis qui ne peuvent pas les faire confiance, avant une douche de désintoxication ?

En tout cas, le spectacle est malheureux et tout laisse croire que le Président Pierre Nkurunziza est plus que jamais dans un fauteuil éjectable. Reste à savoir s’il tombera dans l’eau ou sur un terrain solide et plat. Ce qui est certain, l’Honorable El Hadj Hussein Radjabu, Président légitime du Cndd-Fdd et Leader adoré à l’UPD-Zigamibanga risque de rigoler à mort, dans sa cellule de la Prison Centrale de Bujumbura (Mpimba). N’est-ce pas là une punition divine de l’avoir emprisonné sans être en mesure de le condamner avec des arguments justes, cohérents et légaux, dans un procès où le siège est indépendant et la loi respectée ? « Rira bien qui rira le dernier », disait La Fontaine. Peut-être que le compte à rebours a déjà commencé pour le mandat du Président Pierre Nkurunziza. Qui sait ? Wait and see !