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 Actualités

Et si le Président Pierre Nkurunziza n’était pas le Candidat du Cndd-Fdd ?
(Source:  Journal Arc-En-Ciel)  
 Le 30 mars 2010

Président sortant Pierre Nkurunziza
Alors que la plupart de formations politiques burundaises ont déjà annoncé leurs candidats aux prochaines présidentielles de cette année, le Cndd-Fdd, le parti au pouvoir, n’arrive pas encore à s’entendre sur le nom de son candidat. En effet, contrairement aux autres principaux partis de notre pays, le Cndd-Fdd hésite sur la manière de désigner ce candidat et ne sait pas visiblement s’il faut le désigner par acclamation ou passer par des primaires, avec beaucoup de candidats, comme au Frodebu, à l’UPD-Zigamibanga, … Pour beaucoup d’observateurs, ce manque d’unanimité sur une question aussi cruciale pour l’avenir d’un parti actuellement au pouvoir, témoigne une certaine carence démocratique dans le Cndd-Fdd et un manque de tous les instruments nécessaires pour affronter avec sérénité, efficacité et assurance ses adversaires lors de ces prochaines présidentielles.

En effet, à en croire certaines sources, le Président Pierre Nkurunziza n’arrive plus à s’imposer démocratiquement comme candidat à sa propre succession et deux ténors de son parti, détiennent aujourd’hui une avancée significative pour arriver en tête de liste, une fois si ces primaires seraient accepté au Cndd-Fdd. Il s’agit de l’Honorable Gervais Rufyikiri, président du Sénat burundais et le Colonel Jérémie Ngendakumana, président en exercice du Cndd-Fdd. Plus les jours passent, plus la probabilité de s’entendre sur le mode de désignation de ce candidat semble être très minime ! D’après une source proche de la présidence du Cndd-Fdd et qui a requis l’anonymat, le Président Pierre Nkurunziza voudrait user de tous les moyens possibles pour s’imposer à tout prix comme candidat de ce parti.

Aujourd’hui, si le Cndd-Fdd continue de verser dans ces dissensions prévisibles autour de la question de son candidat, tout indique qu’il va continuer probablement à se fragiliser vis-à-vis de ses principaux concurrents, même si la logique politique veut que le Président Pierre Nkurunziza soit candidat à sa propre succession. En effet, sous d’autres cieux, le parti au pouvoir donne facilement la possibilité au président sortant, de négocier un second mandat et tout le monde est appelé à le soutenir pour mener une campagne tout azimut en sa faveur. C’est une question d’honneur et de responsabilité pour une formation politique sérieuse, cohérente et disposant encore d’un bon projet de société, toujours vendable !

Au cas contraire, l’Honorable Gervais Rufyikiri, le Colonel Jérémie Ngendakumana et tous ceux qui n’acceptent pas encore la candidature du Président Pierre Nkurunziza doivent s’armer de leur audace pour accuser directement le numéro un burundais de ses manquements, peut-être pour « haute trahison » et démontrer en toute transparence, pourquoi il ne devrait plus se présenter à ces présidentielles. Sinon, c’est discréditer eux-mêmes leur parti aux yeux de l’électorat burundais. Car, contrairement à ce qui se fait entendre ici et là dans l’opinion burundaise, le Cndd-Fdd a tout intérêt de présenter la candidature du Président Pierre Nkurunziza, lui qui serait toujours plus populaire dans le pays que tout autre cadre de ce parti. Avec cet avantage de collecter mieux que quiconque parmi ses détracteurs du Cndd-Fdd, les voix des membres et des non membres de ce parti. Et s’il faut assumer le bilan très mitigé de ce premier mandat de la présidence de Pierre Nkurunziza, au sein du Cndd-Fdd, il faut l’assumer ensemble et sans faux-fuyant. C’est aussi cela la démocratie.

Ainsi, l’absence plausible du Président Pierre Nkurunziza à ces prochaines présidentielles, serait une catastrophe pour ce parti et une véritable « douche froide » en devenir, lors de la publication des résultats. Pour beaucoup d’analystes, s’il fallait réellement contester la candidature du Président Pierre Nkurunziza, il fallait le faire longtemps avant, comme en Afrique du Sud avec le Président Thabo Mbeki et l’ANC et un « Jacob Zuma » serait déjà sorti des rangs de ce parti pour prendre en main le destin du Cndd-Fdd lors de ces prochaines présidentielles. Et les raisons pour argumenter sur cette destitution qui n’a pas eu lieu sont légions, si l’on tient compte de l’importance de la corruption au Burundi, des assassinats politiques et crapuleux, de l’impunité des crimes, de l’affairisme au sommet de l’Etat, des malversations économiques et financières, de l’état de passation de certains marchés publics mettant en jeu des sommes colossales, … bref, de la médiocrité de gouvernance au Burundi.

En réalité, le Cndd-Fdd paie aujourd’hui cash d’un manque de leadership éclairé, entreprenant et assumant la gestion de ce parti, en toute transparence et équité, et cela, en faveur de tous les membres, sans aucune discrimination, suivant que l’on a été au front ou pas durant les années de maquis. Depuis l’emprisonnement politique, abusif et prolongé de l’Honorable El Hadj Hussein Radjabu et la transhumance vers l’UPD-Zigamibanga, d’un bon nombre de cadres politiques de ce parti, parmi les plus influents et qui occupaient des positions importantes dans l’organigramme de ce parti au sortir de la rébellion, le Cndd-Fdd n’arrive pas à remplacer valablement ces cadres. Il vit ainsi sous perfusion politique assurée visiblement par quelques Généraux très influents et proches du Président Pierre Nkurunziza, ce qui ne manque pas de créer des frustrations chez certains civils s’estimant capables de diriger démocratiquement ce parti.

Pour l’instant, sur fond de ces divergences, le Cndd-Fdd, en dépit des moyens de l’Etat qu’il utilise régulièrement pour battre sa campagne, il a très peu de chances pour remporter les prochaines élections, y compris les présidentielles. Une équipe sans cohésion interne et incapable d’aligner un Capitaine connu et visible sur terrain, n’a pas les moyens d’enregistrer une seule victoire. Et dans ces conditions, même au sein de l’équipe, le fair-play est impossible. La situation risque de s’empirer davantage, surtout que l’Honorable El Hadj Hussein Radjabu qui se réclame toujours président légal du Cndd-Fdd, ce qui est tout à fait vrai aux yeux de la loi, n’a a pas dit son dernier mot sur ces prochaines élections, lui qui mobilise toujours pas mal de cadres de ce parti.

Quoi qu’il en soit, l’étau se resserre autour du Cndd-Fdd si réellement le Président Pierre Nkurunziza n’arrive pas à représenter ce parti aux prochaines présidentielles. Inutile d’y participer dans ces conditions. Car, qu’on le veuille ou pas, le Président Pierre Nkurunziza reste sur papier, le candidat idéal du Cndd-Fdd même si avec lui, la victoire n’est pas toujours garantie. Wait and see !

Par Tierry NDAYISHIMIYE