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Tous les régimes dictatoriaux burundais n’ont pas toléré les écrits de Jean Claude Kavumbagu.
 Le 30 septembre 08

Témoignage de Jean Claude Kavumbagu, Directeur de Net Press (mai 2005)

Il s’agit ici de quelques unes des tracasseries, celles qui ont le plus frappé l’opinion. Les détails n’ont pas été évoqués dans ce témoignage. L’agence Net Press a vu le jour le 1er juillet 1996. Les tracasseries de toutes sortes ont commencé très tôt, c’est-à-dire moins de deux ans après son existence. Déjà au mois de mars 1998, le régime d’alors via la documentation nationale ordonna l’interdiction de Net Press. Officiellement, l’agence sera accusée d’avoir relayée des informations de l’hebdomadaire du parti Sahwanya Frodebu « Aube de la Démocratie » qui avait été retiré des kiosques par la documentation nationale. Le président du conseil national de la communication de l’époque ayant jugé la réaction du gouvernement maladroite, avait livré un exemplaire à Net Press qui avait repris les titres développés dans le numéro censuré. La sanction prendra 8 mois. L’agence ne reprendra ses activités qu’au mois de novembre de la même année. Pourtant, le conseil national de la communication, dont l’équipe venait d’être renouvelée, avait condamné la mesure de l’Etat le 18 septembre 1998.

 

Au mois de mars 1999, le procureur général de la République, non content des informations publiées sur les réformes qu’il venait de faire au parquet général, convoqua le directeur de Net Press pour lui demander les sources de son information. Le directeur refusa de les brûler et tout le personnel de l’agence passa sous interrogatoire. Il m’informa au passage que je pouvais être emprisonné. Il fut également la toute première autorité à m’informer qu’il déteste l’agence Net Press.

Au mois de mai de la même année, le procureur de la République en mairie de Bujumbura me convoqua pour me dire que je ne faisais pas de dépôt légal. La loi sur la presse ne disait rien sur le dépôt légal des agences de presse tout comme des radio. Il me dit qu’il ne comprenait pas la différence entre un journal et une agence et cela fut interprété comme un délit de presse. L’agence portera plainte auprès du conseil national de la communication contre le procureur de la République en mairie de Bujumbura qui, à son tour, s’empressa de m’emprisonner. Je fus transféré à la prison centrale du 16 au 29 juin 1999.

Au mois de mai 2000, des expatriés burundais ont écrit sur le détournement du sucre par le couple présidentiel. Deux semaines plus tard, le porte-parole du président de la République a fait un démenti. L’agence en a profité pour produire un article et cette fois-ci, en citant les sources de l’information. Le président Buyoya ordonna lui-même l’arrestation de M. Jean-Claude Kavumbagu le 28 mai 2000, alors qu’il allait effectuer une visite au Nigeria. A son retour le 31 mai 2000, il demanda à son ministre de la Justice, actuel ministre des relations extérieures, si j’étais arrêté. Celui-ci lui répond que je n’étais pas au pays. Quand je suis rentré le 2 juin, tout le monde me disait « Pole Bwana ».

En 2001, au mois de décembre, un site clandestin, « Le Témoin », qui n’est plus d’ailleurs fonctionnel, s’en prend au procureur général de la République et vraiment dans des termes durs. Ce dernier a pensé que c’était Net Press qui l’a insulté à travers ce site. Sans vérification aucune, il ordonna mon emprisonnement à la police judiciaire des parquets le 21 décembre 2001. Le 26 du même mois, je fus transféré à la prison centrale Mpimba pour quitter le 29 décembre. Au sortir de la prison, j’ai déclaré que ma libération était pour moi une victoire de la presse car elle avait sérieusement combattu pour ma cause. Et j’exprime encore ma reconnaissance envers mes consoeurs et confrères pour ce geste qu’ils ont posé.

En 2002, non content de mes déclarations à la radio, le ministre de la Communication, Albert Mbonerane, qui venait d’être nommé à ce poste, m’accuse d’avoir fait des déclarations triomphalistes et ce fut encore une fois un délit de presse. Il ordonna la fermeture de Net Press pendant une durée indéterminée. Cela prendra 37 jours, soit du 15 janvier au 21 février 2002.

Au mois d’août 2002, le conseil national de la communication m’interdit de publier sur mon site des propos injurieux et de nature à diviser les Burundais. Il me menace de fermer Net Press en cas de récidive. J’ai saisi cette instance pour m’indiquer exactement les propos que je devais retirer de mon site et je n’ai jamais eu de réponse à cette question. Le conseil m’intima également l’ordre de supprimer la rubrique « Tribune » de mon site. Pour le moment, je me suis rendu compte que je suis le seul qui n’ai plus de tribune dans mes rubriques. Même dans des radio, il y a des émissions où des discussions politiques sont enregistrées et diffusées en direct ou en différé. Je considère donc que Net Press aussi a le droit de créer sa tribune où tout le monde, quelques soient les idées ou la tendance politique, pourrait s’exprimer librement dans cet espace que je suis en train de réaménager pour cet effet.

En 2003, l’agence Net Press avait ce qu’on appelle « lien » dans le jargon des internautes avec 25 autres sites qui s’intéressent sur le Burundi. Parmi ceux-là, il y avait un qui s’appelait « Agora » dont les détenteurs étaient basés au Danemark. Ce site a montré 4 figures de gens qu’il considérait comme des criminels. Il s’agissait de Pierre Buyoya, Domitien Ndayizeye, Dr. Jean Minani et Alphonse-Marie Kadege. Sur leurs images qui défilaient tout le temps, on voyait également du sang couler. Au mois de juillet, le vice-président de l’époque, M. Kadege, a senti que Net Press avait « dépassé les limites » et ordonna à son ministre de la communication qui m’intima l’ordre d’effacer le lien avec le site « Agora » endéans 60 minutes. Quand je lui ai dit que mon webmaster ne vivait pas au Burundi, il rétorqua que je dois le faire le plus vite possible. C’était vendredi le 4 juillet 2003. J’ai essayé de démontrer que cela était une injustice d’autant plus qu’il ne s’agissait qu’un lien et que lui-même savait comment fonctionnent les liens sur internet. J’ai promis de le faire tout en indiquant que cela était un frein à la liberté d’expression. Samedi le 5 juillet à 11 heures, j’avais déjà effacé le lien et 1 heure de temps après, c’est-à-dire à 12 heures, trois policiers de la documentation nationale ont fait irruption dans mon bureau et je fus conduit à la documentation nationale pour 5 jours. Je n’ai été interrogé que dans la soirée de jeudi de la semaine suivante. Lors de l’interrogatoire, on me dit qu’ils ne maîtrisent pas le fonctionnement de l’internet. Je leur fis remarquer que ce n’était pas normal d’affirmer qu’ils ne connaissent pas la technique alors que j’étais déjà incarcéré. J’ai été relaxé vers 19 heures 30’ avec injonction de me présenter le lendemain à 9 heures. Le lendemain, j’ai fait le déplacement jusqu’à la documentation nationale mais l’interrogatoire n’a commencé qu’à 12 heures. Après, on me dit de ne pas éteindre mon téléphone, qu’ils allaient m’appeler à tout moment. J’ai rétorqué que je n’ai pas acheté mon téléphone pour l’éteindre. J’ai attendu et jusqu’à présent, on ne m’a pas encore appelé.

Le dernier témoignage est celui qui est connu de tous, la fermeture de Net Press pendant une semaine au mois de février, du 11 au 18 février 2005. On m’accusa d’avoir publié des informations mensongères sur le détournement de l’aide par le président du CNRS Bamvuginyumvira et sur le comportement du président de l’assemblée nationale de transition, le Dr. Jean Minani. Sans aucune vérification, le conseil national de la communication m’a demandé de me justifier, ce qui n’était qu’une formalité car en réalité, la décision de fermer était déjà prise. La preuve est que j’ai eu vent de la décision deux jours avant qu’elle ne tombe. Je n’ai pas voulu engager des polémiques, mais je défie toute personne qui prouverait le contraire de ce que j’ai écrit. Et d’ailleurs, on évoquera plus tard, dans l’une des radios privées, que M. Bamvuginyumvira a détournés des tôles et c’était des populations qui l’accusaient ouvertement. Ce n’était pas Net Press cette fois-là.

Voilà le parcours de Net Press en matière de tracasseries. Je pouvais développer davantage mais je n’ai pas assez de temps matériel d’après l’organisation. Je voudrais tout de même remercier encore une fois les consoeurs et confrères ainsi que la société civile qui ont manifesté une solidarité sans faille à l’endroit de Net Press durant toute cette période.

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