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Le pouvoir CNDD-FDD vieux de trois ans entre le marteau et l’enclume !
Aube de la Démocratie n° 117  Le 02 Septembre 08


A la veille de la célébration du 3ème anniversaire de la victoire du CNDD-FDD, le Burundi a connu une semaine très mouvementée, riche en éléments insolites qui tournaient autour de la visite du Président Paul KAGAME. Ce n’est plus un secret pour personne le bilan du CNDD-FDD a la tête du Burundi pendant ces trois dernières années est loin d’être mitigé, comme l’accrédite certains confrères, il est purement et simplement négatif. Même la tentative de faire quelque chose en matière de l’éducation et de la santé s’est soldée par un échec parce que précisément l’étude de faisabilité qui devait précéder cette réforme a fait défaut. Au demeurant au cœur de l’électorat qui a plébiscité le CNDD-FDD en 2005, la déception est totale.

A côté de cette déception, la visite du Président Rwandais au Burundi du 21 au 23 Août 2008 vient d’enfoncer le régime du CNDD-FDD. A ce titre deux éléments ont retenu notamment notre attention :

- l’aspect de la sécurité du Président Kagame ;
- l’aspect de la question des présumés génocidaires burundais.

Au sujet de la sécurité du numéro un rwandais force à été de constater que les forces de sécurité rwandaises se sont comportées comme s’ils étaient en territoire occupé ou conquis. A ce sujet la fierté des institutions burundaises a été mise a rude épreuve à tel enseigne que d’aucuns se sont demandé si le Burundi est toujours un pays indépendant. Voici quelques incidents saillants qui ont choqué :

- les ministres burundais ont été fouillés par la sécurité rwandaise à Muramvya en commune Rutegama. Pour ces membres du Gouvernement burundais c’était un affront !

- un soir, un Général de Brigade des Force de Défense et de Sécurité burundaises se rendait à sa séance de sport habituelle au Club Gymnase, arrivée sur un barrage, un policier burundais lui a expliqué que la voie ne passait plus pour des raisons de Sécurité de la Résidence du Président Rwandais. Le Général non convaincu par cette raison a insisté, mais un élément de la sécurité rwandaise a surgi et a ordonné « Subira inyuma ! No comment ! » (rebroussez chemin ! pas de commentaire ! ) L’officier général a piqué une colère sans précèdent et les policiers burundais gênés se sont éclipsé laissant le Général face au policier rwandais. Cet officier Général hors de lui a rebroussé chemin ! Toute la soirée il broyait du noir !

- l’autre incident ou impair a été noté à la frontière KANYARU-Haut. En effet, l’élément précurseur composé de plus de 150 personnes n’a pas été soumis à un contrôle des armes et munitions (à l’entrée comme à la sortie). Sous d’autres cieux un contrôle minutieux et rigoureux entoure cette opération pour vérifier si les armes et munitions qui entrent sont celles qui sortent à la fin de la mission.

A côté de ces quelques incidents il sied de revenir sur le dossier d’actualité relatif à la liste de quelques centaines de burundais présumés génocidaires au Rwanda. En effet, le Président du Sénat Rwandais en visite au Burundi a confirmé l’existence de cette liste ; peu avant lui, l’Adjoint du Procureur Général Rwandais avait lui aussi fait état de cette liste. Mais il était étonnant que malgré cette annonce officielle, la presse burundaise réalise que la patronne de la diplomatie burundaise, Madame Antoinette BATUMUBWIRA n’est pas au courant de cette liste. Ce qui est étrange et troublant c’était que cette liste soit distribuée officieusement au Burundi avant qu’elle ne le soit officiellement. Une démarche qui a suscité des remous même au sein du parti présidentiel. De surplus le prescrit de la loi fondamentale burundaise dispose en son article 50 « …aucun burundais ne peut être extradé à l’étranger sauf s’il est poursuivi par une juridiction pénale internationale pour crime de génocide, crime de guerre ou autre crimes contre l’humanité » c’est dire que la demande du Rwanda de remettre ces burundais à la juridiction rwandaise conduit à violation de la constitution burundaise et risque d’être irrecevable. Dès lors le régime du CNDD-FDD vieux de 3 ans se retrouve face à un dilemme : violer la constitution et accéder à la demande de Kigali ou ne pas violer la constitution et accepter le courroux de Kigali. Une épreuve très dure !

D’aucuns se demandent si cette situation inconfortable n’a pas été à l’origine de l’attitude, pour le moins étrange, des deux chefs d’Etat (burundais et rwandais) qui ont interdit d’entrée de jeu à la presse de poser aucune question relative à ce dossier des burundais présumés génocidaires et de la disparition du Président burundais, Son Excellence Cyprien NTARYAMIRA. Cette restriction a irrité la presse et l’Association Burundaise des Journalistes n’a pas manqué de condamner cette démarche peu démocratique, qui a tordu le bras de la liberté de la presse.

Pendant ce temps à l’intérieur du CNDD-FDD une opinion très critique estime que ce dossier qui arrive au très mauvais moment préélectoral, risque d’avoir de lourdes conséquences néfastes. Pour cette opinion la question qui devient presque une hantise est celle-ci : « Pourquoi nous mettre entre le marteau et l’enclume ? »

En définitive, cette préoccupation combinée avec les récents incidents susmentionnés pèsent lourdement sur le troisième anniversaire du CNDD-FDD. Cette fois-ci les flèches ne fusent pas seulement du camp de l’opposition mais aussi et surtout du CNDD-FDD. C’est dire que le torchon brûle et risque d’embraser la bâtisse. Qui sortira Bujumbura de cette impasse ?

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