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Interview de madame Marina BARAMPAMA, ancienne 2ème Vice-présidente du Burundi paru dans le journal Arc-En-Ciel No.249 du 20 avril 2009.
Le 01 mai 09
"Le pouvoir est vivement invité à respecter le verdict des urnes et de garantir la sécurité des électeurs"
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L’ancienne deuxième Vice-présidente de la République |
Depuis son éviction à la Deuxième Vice-présidence de la République, Madame Marina Barampama se fait très discrète, à tel point que l’on pourrait se demander si elle a définitivement rangé ses gants de femme politique ? Loin de là. Pour ceux qui la fréquente régulièrement, l’ancienne numéro trois de l’Exécutif burundais travaille jours et nuits pour rebâtir un Etat de Droit au Burundi, sous la bannière de l’UPD-Zigamibanga, un parti qui la compte parmi ses membres, depuis déjà septembre 2008. Dans notre entretien, Madame Marina Barampama nous explique pourquoi elle a quitté le Cndd-Fdd pour rallier l’UPD-Zigamibanga et affiche sa préoccupation de réussir les prochaines élections de 2010, elle qui n’oublie de faire un clin d’œil à ce sujet, au gouvernement, au parti au pouvoir et à toute la population burundaise. On aurait pensé également que le harcèlement policier que le Service National des Renseignements a infligé à cette ancienne cadre du Cndd-Fdd allait lui décourager politiquement, mais cette « baptême de feu » n’a fait que doper Mme Marina Barampama, bien partie pour réaliser un retour très remarqué sur la scène politique burundaise, en 2010. Wait and see !
Madame l’ancienne deuxième Vice-présidente de la République, il y a quelque temps, vous avez claqué les portes du Cndd-Fdd. Aujourd’hui, nous aimerions connaître votre lecture sur la situation politique du pays.
Ma lecture de la situation du pays est que l’état du respect des Droits de l’Homme est très préoccupant. Des paisibles citoyens sont abusivement emprisonnés. Chaque jour, nous apprenons que des personnes meurent, non pas de la mort naturelle, mais victimes des assassinats dont les auteurs ne sont pas toujours identifiés ni punis conformément à la loi. Aujourd’hui, la situation s’empire avec les menaces de mort qui pèsent sur les leaders syndicalistes et pas mal d’activistes de la société civile, dont d’ailleurs certaines de ces menaces sont exécutées. La corruption s’installe fortement au Burundi et les détournements des deniers publics s’accentuent en toute impunité. Les partis politiques d’opposition se voient refuser de tenir des réunions, pourtant régulièrement avisées à l’autorité, conformément à la loi burundaise, ce qui est une violation grave de notre Constitution, en son article 32. Tout indique donc que la situation du pays est alarmante.
Compte tenu de la misère dans laquelle se trouve la population et sur fond de ces violations massives du pouvoir contre les droits civils et politiques du citoyen burundais, pensez-vous que les élections de 2010 s’annoncent porteuses d’espoir ?
Après le combat qu’on a mené, je ne pensais pas un jour voir notre population décimée par la famine. Au lieu de mener une bonne politique agricole, nos dirigeants préfèrent la politique de la main tendue. La population vit dans la peur. L’’intolérance du pouvoir en place qui se manifeste dans divers domaines de la vie nationale ne rassure pas la population. L’indépendance de la magistrature n’est pas garantie et la sécurité aussi fait défaut. Trop d’armes légères circulent dans la population et des vols a main armée deviennent quasi quotidiens.
Dans ces conditions, la tenue des élections libres et transparentes s’annonce problématique. Mais on ne perd pas d’espoirs. Tous ensembles, nous allons unir nos forces pour un monde meilleur en vue de la réussite de ces élections.
C’est très rare de voir dans notre pays, quelqu’un qui a occupé des hautes fonctions comme vous, quitter facilement la scène politique. Souvent, il y a une récupération par un parti politique. Concernant votre cas, non seulement vous avez quitté les rangs du Cndd-Fdd, mais aussi, Madame Marina Barampama est longtemps restée silencieuse face aux multiples malheurs qui frappent le Burundi et sa population. Seriez-vous dégoûtée par la politique, surtout quand on connaît le harcèlement policier dont vous avez été victime après votre départ à la tête de la deuxième Vice-présidence de la République de la part du Service National des Renseignements par exemple ?
En quittant le parti Cndd-Fdd, j’avais constaté qu’on ne répondait plus aux aspirations de ce peuple qui nous avait mandaté et de la Nation tout entière. Les violations de la loi et autres textes réglementaires se faisaient et se font toujours au grand jour, pendant que la négation d’un Etat de droit est actuellement visible. Sinon, je ne suis pas restée silencieuse ni dégoûtée par la politique. J’analyse de près tout ce qui se passe (rires). Vous avez certes l’habitude que tout ce qu’on fait doit être porté à la connaissance des medias. Mais on pense que la meilleure solution est d’apprécier les opportunités et porter à la connaissance de cela utilement le moment venu.
Ma contribution est certes importante là ou j’oriente mes efforts pour arriver à bâtir un Etat de Droit au Burundi et consolider par coup, la paix et surtout, arriver à faire correspondre nos projets aux desideratas du peuple. Devant cet état de choses ; on doit adopter des attitudes rassurantes et cultiver un sens aigu de réserve pour arriver à l’objectif que nous nous sommes fixées. Les pratiques peu recommandables utilisées par les adversaires nous imposent un rythme de travail assez assidu et pragmatique à tel enseigne que nos actions doivent être faites le plus promptement possible.
Voila pourquoi toutes nos actions doivent être bien cadrées pour ne pas retomber dans les pièges de l’adversaire pour lui faciliter les montages de toutes pièces afin de pouvoir manipuler l’opinion, nationale et internationale, ce qui pourrait nous exposer aux différentes humiliations. Mais on doit rester serein pour faire arriver notre navire à bon port.
Excellence, si ce n’est pas toujours un secret, vos apports sont orientés vers où ou dans quelle formation politique ?
Au Burundi, nous comptons une quarantaine de 40 formations politiques. Chacun parti est apprécié selon son idéologie et son programme, qui nous mèneront à faire sortir notre pays de ce bourbier. Pour ce, mon choix a été d’orienter mes efforts vers l’UPD-Zigamibanga, depuis déjà septembre 2008. Et mon adhésion à ce parti révolutionnaire et d’avenir, s’explique grâce à son idéologie qui prône la Dignité, la Justice et la Démocratie.
Avez-vous un clin d’œil à faire au pouvoir de Bujumbura et à toute la population de ce pays, notamment en ce qui concerne la réussite des prochaines élections tant attendues de 2010 ?
Oui, en ma qualité d’ancienne numéro trois de l’Exécutif, j’invite le gouvernement et le parti au pouvoir, d’organiser les prochaines élections de 2010, d’une façon libre, transparente et le plus démocratiquement possible. Le pouvoir doit veiller à ce que les libertés politiques soient garanties envers tous les partis politiques et à une obligation de résultat, consistant à assainir d’ici ces consultations électorales, le climat socio-politique du pays.
Malheureusement pour l’instant, des échos nous parviennent comme quoi les élections seront entachées de beaucoup d’irrégularités. Le pouvoir, la CENI et toute la population burundaise doivent s’impliquer profondément pour éviter cela. Le pouvoir est vivement invité à respecter le verdict des urnes et de garantir la sécurité des électeurs. La CENI quant à elle, elle est appelée à faire preuve de sa neutralité et son indépendance, vis-à-vis du gouvernement et du parti au pouvoir, le Cndd-Fdd. Pendant ce temps, la population doit rester vigilante, avant de faire un choix judicieux pour faire régner un Etat de Droit. Un choix du parti ou du candidat capable de mettre en application leurs desideratas s’impose.
En effet, les gouvernements qui se sont succédés au Burundi, ont eu leur mandat, mais les promesses électorales sont restées lettre morte ! Il appartient donc à cette population d’opérer un bon choix visant, à rompre définitivement avec ces démagogues et redorer le blason à notre pays, aujourd’hui traversant une crise grave de mauvaise gouvernance. Voilà pourquoi les prochaines élections s’annoncent très importantes.
Je terminerai mon propos, en lançant un appel vibrant à toute la population, de rester sereine et vigilante pour que les acquis de notre Démocratie soient sauvegardés.
Propos recueillis par Thierry NDAYISHIMIYE
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