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 Actualités

Politique et religion : comment faire la part des choses?
(Source: Forsc)  
 Le 01 septembre 10

Frère Emmanuel Ntakarutimana,
un des orateurs
Politique et religion : comment faire la part des choses ?

L'ONG "Initiative pour le changement international" a organisé lundi à Bujumbura le 7ème café politique sur le thème "La politique et la spiritualité" pour échanger sur leur complexité et l'impact sur la gouvernance de la société.

Les discussions ont été facilitées par les analyses de deux spécialistes, à savoir Corinne McLaughlin et Jean Baptiste de Foucauld ainsi que les points de vue des représentants des confessions religieuses. Selon McLaughlin, la politique et la spiritualité apparaissent comme deux mondes distincts, deux dimensions différentes qui ne devraient pas être mélangées. Pour M. de Foucauld, la démocratie n'est pas seulement une valeur politique, elle est aussi une valeur spirituelle qu'il convient de prendre en tant que telle, avec tout ce que cela implique.

La religion catholique quant à elle prône des valeurs qui constituent un patrimoine spirituel pour une nation. Il s'agit, a-t-on fait noter, du respect de la dignité de la personne humaine, du respect du caractère sacré de la vie humaine, le rôle central de la famille fondé sur le mariage, la liberté de penser, d'expression, de profession, de ses convictions et de sa religion et la protection juridique des individus et des groupes.
Au regard du catholicisme, le pouvoir politique est considéré comme un service soumis par la loi et limité par les droits de la personne humaine.

Parallèlement, l'Islam via le coran affirme que les postes politiques sont données par le Tout-Puissant, que les différences ethniques n'ont pas de place. La justice sociale et la cohabitation pacifique sont aussi des valeurs qui caractérisent la religion musulmane, a-t-on ajouté.

"Toutes les religions ne sont pas bonnes", a fait remarquer un religieux, avant de rappeler qu'à partir de 1990 avec l'échec de l'ajustement structurel et la chute du mur de Berlin, une inflation de religieux s'est installée dans plusieurs pays africains. La dissidence au sein des fidèles et la création de nouvelles églises peuvent être guidées par des fins de "gagne-pain et non par la vocation".

D'après certains participants, la politique peut instrumentaliser la religion et en revanche, certains responsables politiques peuvent user de la politique pour se faire accepter par la population. La spiritualité donne à la politique les formes les plus humaines. "Il n'y a pas de spirituel sans base éthique et la politique doit s'accompagner de la morale. Il arrive dans certains cas que la bible peut démontrer une chose et son contraire. Par exemple, a-t-on explicité, les combattants et les partisans de l'apartheid en Afrique du Sud s'inspiraient de la même bible".

Ils ont recommandé une vigilance pour que la religion ne soit pas utilisée pour des fins politiques, d'éviter de mélanger la politique et la religion.

L'inflation de religions n'a pas pour autant instauré une base éthique et une base de valeurs. De part l'histoire, certains leaders ont abusé de la religion pour plonger leur pays dans des "guerres saintes", a-t-on déploré.

Signalons que "Initiative pour le changement international" ouvre depuis 2006 au Burundi et a pour mission la réconciliation, la promotion de l'Etat de droit et de la bonne gouvernance.