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Histoire de famille : Congolais au Burundi sans espoir de retour au pays
(Source: Syfia Grands Lacs)
Le 24 avril 10
Installée au Burundi depuis des décennies, cette famille congolaise originaire de Kalemie ne songe pas à retourner dans son pays d'origine, craignant même l'animosité des parents restés là-bas. Pourtant, leur vie à Bujumbura est difficile et ils n'ont toujours pas la nationalité burundaise.
Il s'appelait Martin Mulunga, chauffeur mécanicien, et était originaire de Kalemie au Katanga, au sud-est de la RD Congo. Installé au Burundi en 1951, il y est mort en 1999, laissant cinq femmes, dont deux Rwandaises et une Burundaise, et une nombreuse progéniture. Tous vivent aujourd'hui en zone urbaine de Nyakabiga III, en plein cour de Bujumbura, la capitale burundaise. Si les enfants plus âgés connaissent leur pays d'origine - Kalemie, Lubumbashi -, les plus jeunes ne connaissent que la localité d'Uvira, de l'autre côté du lac Tanganyika. Ils vont surtout y vendre du sel et de l'huile de palme et y achètent des pagnes et souliers.
Ils n'ont qu'une très vague idée de la vie que mènent leurs parents restés à Kalemie : "Tout ce qu'on sait c'est que ces gens sont malheureux et qu'ils vivent de la culture du manioc et de la patate douce et que leurs enfants n'étudient pas comme les nôtres. Et puis, ils pêchent aussi du poisson dans la rivière Rukuga", confie un des membres de la famille. Personne n'a envie de retourner là-bas. Ils ont même peur d'y être tués. "Un oncle avait quitté le Burundi pour aller saluer ceux des nôtres restés à Kalemie. Par crainte de devoir lui accorder une parcelle laissée par nos ancêtres, ses cousins l'ont tué et enterré sans même nous informer. Depuis lors, les relations ont été rompues", regrette Noëlla Ciara Mulunga, petite fille de Martin Mulunga. Éloignés de leurs parents, ces Congolais ont gardé malgré tout l'essentiel de leur culture. Cela se remarque surtout par les chansons lors des cérémonies de mariage ou de funérailles.
La pauvreté ou l'exil
Cette famille congolaise préfère donc rester au Burundi malgré des conditions de vie difficiles. Dans leur parcelle vivent 44 personnes, dont de très nombreux enfants qui circulent nus à longueur de journée au quartier. Les envoyer à l'école, comme leurs voisins burundais, ou les faire soigner n'est pas la priorité. Réussir à se nourrir, payer la facture d'eau et d'électricité et subvenir aux autres besoins ménagers est déjà une prouesse. L'essentiel de leur nourriture est constitué de pâte de manioc et de poissons fumés ou de riz et haricot sans huile. N'en pouvant plus, deux des frères de Noëlla ont quitté le Burundi pour aller s'installer à Kigoma en Tanzanie. L'un y vend de la friperie, l'autre tient un petit restaurant.
"Nous vivons essentiellement des revenus de quatre mécaniciens motos et Peugeot ainsi que de la vente de pièces de rechange et du travail de transville (transport des biens et des personnes en camionnette, Ndlr). En tout, six hommes font vivre les 38 autres habitants", témoigne Noëlla. Les relations avec les voisins sont un peu tendues en raison du bruit occasionné par la réparation des motos et véhicules à l'intérieur de la parcelle ainsi que de la saleté ambiante. "Cela empêche nos enfants de dormir. Et puis, les tas d'immondices parfois déversés en pleine avenue peuvent nous amener des maladies des mains sales", se plaint un habitant de la 13e avenue.
Comme ces Congolais, de nombreux Burundais rencontrent les mêmes difficultés économiques. Mais nuance un membre de la famille "quand les choses tournent au vinaigre, les citadins burundais retournent à la campagne pour cultiver la terre". Et, poursuit-il "pour avoir du travail en ville, on exige souvent d'être de nationalité burundaise". Interrogés, ils répondent pourtant qu'ils se sentent plus burundais que congolais. "Nous sommes nés ici et nous y travaillons. Le gouvernement devrait plutôt nous accorder la nationalité"<:i<, plaide l'un d'eux. Selon lui, cela leur permettrait de travailler tranquillement, sans peur du lendemain et d'exercer leurs droits civiques comme les autres citoyens.
Ce droit à la nationalité burundaise pourrait leur être reconnu, le Burundi ayant récemment adopté une loi accordant la naturalisation aux étrangers qui se comportent bien.
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