Radjabu : haro sur le baudet !
Le 24 Avril 08
L’histoire du député burundais, Hussein Radjabu, président du parti au pouvoir Cndd-Fdd, chef de file du groupe parlementaire du même parti à l’Assemblée nationale, est digne d’un drame shakespearien teinté de scènes de haine, de jalousie, de désamour, de désillusion, de collusion, de confusion, bref, tous les ingrédients sont là pour rendre l’épopée légendaire.
Quelque temps avant son brusque arrestation, nombre de médias et la classe politique en vue, à l’unisson, et comme s’ils répétaient le même récital, soutenaient une thèse identique : à savoir que le coupable désigné, entendez le député Radjabu, n’avait pour unique dessein que de s’accaparer du pouvoir absolu et avait conduit le pays, de ce seul chef, à la catastrophe, et son parti, dans un gouffre que personne ne saurait l’en retirer. Le député était incriminé alors d’avoir inventé toutes sortes d’accusations à l’encontre d’honnêtes autorités du pays et d’innocents dignitaires respectables. Ensuite, selon les mêmes sources, il les avait conduits en prison un à un, sous ses soins, et sans autre forme de procès. En un mot : Radjabu, paraît-il, décidait selon les caprices de la météo qui sauver et qui condamner. Comme le diraient d’aucuns : il faisait la pluie et le beau temps. Preuves à l’appui : un des journalistes à qui il se confiait avait curieusement dévoilé le plan machiavélique de l’horrible député.
Pourquoi alors ce journaliste à qui le député s’était confié avait décidé, tout à coup, de tout dévoiler,sans crainte et sans en perdre le sommeil, de trahir le secret de celui que tout le monde décrivait tout bas comme le Maître de Bujumbura, l’homme fort de la Capitale ? Ce n’était, pourtant, pas les qualificatifs qui manquaient pour décrire cet individu, désormais, exécrable. Ainsi, le cruel personnage était-il devenu dans un battement de cils, un doux samaritain ?
Le journaliste fut bon patriote, hasarda un quidam. Et même avec l’hypothèse d’un patriote zélateur, il nous semble curieux de voir ce même personnage, Hussein Radjabu, décrit hier comme le plus effroyable burundais que l’histoire n’eut à connaître, laisser le fameux journaliste patriote en liberté et vaquer à ses occupations le plus tranquillement au monde, sans subir ses supposées invectives.
Toute la capitale s’enflammait dès lors dans une hystérique démesure : l’emprisonnement des honnêtes journalistes ? C’était lui ! Les rumeurs du coup de force ourdi par l’ancien Président et son Vice-président ? C’était encore lui ! La vente de l’avion présidentiel ? Toujours lui ! Et les intempéries de ce mois ? La pluie qui ne tombe plus suffisamment ? Les accidents de la route ? Les bruits du marché ? Les fonctionnaires mal payés ? Le mot d’ordre était donné : « Il s’agit de Radjabu ! » Toujours lui, rien que lui et seulement lui !
Les gens bien intentionnés et épris de justice commencent alors à se demander si toute cette histoire qui, de toute évidence, ne peut convaincre même les simples d’esprit, tant par son intrigue qui ne tient pas debout, que par son style confus et inaccessible à l’esprit, n’est pas un mensonge d’Etat ?
Ces compatriotes à l’esprit critique se posent ensuite la question de savoir : qui est cet homme, ce super-homme, à qui l’on a prêté jadis autant de pouvoirs, confinant à ceux d’un Chef d’Etat dans un pays éminemment dictatorial ? Qui est cet homme qui d’un seul coup de téléphone, j’allais dire d’un simple coup de baguette magique, peut envoyer illico un sénateur et des journalistes au bagne ? Qui est cet homme qui nomme tous les membres du gouvernement et les hauts-fonctionnaires dans un pays avec ses institutions et ses dirigeants, sous le silence étonnamment spectaculaire de ces derniers ? Et bien, vous y êtes, le mot d’ordre est connu : « C’est Radjabu ! »
Alors ne serait-il pas venu le temps de se poser les vraies questions ? Il nous faut identifier le véritable coupable qui se cache derrière cette duperie insultante et défiant le bon sens tout comme l’intelligence. Ne serions-nous pas mener en bateau si longtemps, trop longtemps pour ne plus l’accepter ? Allons-nous admettre que les droits d’un homme, fût-ce le plus misérable d’entre nous, soient bafoués de la sorte et qu’il croupisse aussi longtemps en prison sous notre silence collaborateur, pour ne pas dire sous notre air d’amusement ? Ne craignons-nous pas que la main de l’injustice qui a frappé de plein fouet le député Radjabu se rebatte à une autre personne qui dérangerait les intérêts du Coupable de coulisse ? Dans le climat actuel de notre pays, il y a de quoi s’attirer les foudres des valets et courtisans de l’Arlésienne invisible. Dans le climat actuel de notre pays, il y a de quoi craindre pour sa sécurité personnelle et celle de sa famille. Le mal rôde partout, l’ennemi n’est pas loin, les éclaireurs guettent dans l’ombre.
Mais, ne baissons pas la garde ! Ne baissons pas la garde puisqu’il est venu le temps de défendre les valeurs qui nous sont chères. N’ayons pas peur puisque le temps est venu de témoigner de notre sens de responsabilité et de notre attachement à la liberté.
Par souci de recherche de vérité, nous allons nous efforcer d’éplucher la question et de définir autant que peut se faire et avec les moyens disponibles l’affaire désormais connu sous le nom d’affaire Radjabu. Allons-nous analyser, en deux parties, la situation telle que nous l’appréhendons et identifier les individus, chacun dans son rôle, le coupable présumé et le coupable réel. Est-ce une seule et même personne ? Ou deux individus différents (voire plusieurs individus) ?
Voilà la question que nous allons nous atteler à répondre.
I. Le coupable idéal
Dans cette première partie, le centre du problème est de savoir selon une bonne dialectique freudienne quels sont les motifs refoulés qui peuvent expliquer l’accusation quasi unanime d’un homme politique tel que Radjabu et essayer de reconnaître s’il est ou non coupable.
A. A tout problème, un coupable nommé
On sait aujourd’hui par expérience que les hommes ont un réflexe qui se reproduit dans les moments difficiles pour échapper à leurs propres turpitudes en attribuant à un coupable nommé, le coupable idéal, tous les maux dont ils ont été les artisans, tous les maux qu’ils n’ont pas pu éviter ou n’ont pas su esquiver. Il suffit qu’il y ait une raison ou une autre pour décider d’identifier, de pointer du doigt cet être choisi, pour ne pas dire élu, parce qu’il dérange, parce qu’il menace, parce qu’il avance. On balbutie alors dans sa pensée le nom, fœtus encore, de celui qui deviendra le porteur du besogneux chapeau. Embryon, nourrisson, adolescent, majeur, le dénoncé devient par suite de ses maladresses, interprétées à ses dépens et au grand profit de ses pourfendeurs, comme véritables infractions, mieux crimes, qui lui sont alors imputées soigneusement et sous les apparences fallacieuses de véritables arguments. Non ! Les démineurs de faux concepts, de fausses pensées ne tomberont pas dans cet écueil pour eux évident, mais malheureusement beaucoup d’entre nous se laisseront encore bercer par cette ode des sophistes.
Si tout le monde politique de notre pays a été dupé ou s’est laissé, d’une manière ou d’une autre, leurrer par ceux qui ont, tout de suite et sans attendre, reconnu coupable le député Radjabu, néanmoins on ne saurait immédiatement le blâmer lorsqu’on analyse de près la question.
N’est-il pas vrai qu’à chaque problème, il nous faut absolument un coupable, celui qui portera la croix et sera puni pour avoir conduit le pays entier dans un désastre sans pareil ? L’histoire nous fournit des exemples foisonnants. Il est alors commode pour les puissants du moment de rechercher celui qui dérange tout le monde, celui que l’on ne reconnaît pas, le rebut de la société, et tenez-vous bien, le plus vulnérable.
Il suffit de regarder dans les pays développés comme ceux de l’Europe pour comprendre l’importance de la xénophobie, la haine de l’étranger. Dans les campagnes électorales, il sied alors de se lancer dans une envolée lyrique pour identifier le coupable à l’origine du chômage, de la hausse des prix, des délocalisations, qui n’est nul autre que, ne vous y trompez pas, l’abominable étranger. Il devient alors commode de le condamner, de créer des politiques de protection contre celui-ci, dangereux pour la nation, jusqu’à l’idée insensée de mettre en place tout un ministère pour protéger l’innocente nation contre les hautes menaces du mauvais étranger. Le coupable nommé, les peuples tranquilles rentrent dans leurs demeures, le cœur net, se glorifiant d’avoir fait mouche et espérant vivre dans un monde plus heureux, dans un pays hors de danger.
Sauf que, le vrai coupable demeurant dans la nature, non inquiété, continue à sévir. Pauvres âmes perdues, ils se posent alors la question de savoir d’où vient le mal alors que l’ennemi n’est plus parmi eux. Honteux et confus, décideront-ils de disculper le faux coupable pour inculper le vrai fauteur de troubles et jurer un peu plus tôt qu’on ne les y prendrait plus ?
L’exemple le plus frappant et le plus compréhensible par le commun des mortels est celui d’un élève qui échoue à ses examens et qui, par un réflexe semblable, accuse l’autre : son professeur, son ami, ses parents, d’être ceux qui l’ont conduit à l’échec. C’est la faute du professeur qui a donné une question sur un sujet qu’on n’avait pas traité en classe. Ce n’est jamais sa faute personnelle, son manque d’assiduité, son irrégularité aux cours. Non ! C’est la faute aux autres. Il est naturellement plus facile d’attribuer à l’autre ses propres erreurs, surtout celui qui ne nous plaît, qui est prétentieux, qui croit tout savoir. On dit alors : « Ce prof ne m’aime pas, il a tendance à me sous-estimer. Il est orgueilleux, méchant, d’ailleurs, il n’est pas originaire de notre pays. » Ah, le sésame ! : il n’est point originaire de notre pays ! On l’incrimine alors plus facilement, on se lâche l’esprit serein, on déverse sur lui toute notre ire, sans ambages.
Voilà qui est facile pour tout être humain : se débarrasser de sa charge pour la confier, pire l’abandonner, à l’autre. L’autre, ne vous y trompez pas, c’est le méchant, le terrible, et au sommet de la hiérarchie, celui qu’on ne reconnaît pas.
B. Radjabu, bourreau ou victime ?
En dépit de toutes les erreurs personnelles, le manque de stratégie, la maladresse du novice, les imprudences de l’apprenti, les faiblesses de l’homme, il nous semble aller vite en besogne et outrepasser le cadre normal du sain jugement que de déclarer le député Radjabu auteur de toutes les perfidies dont la sphère politique lui a attribué la signature. Nul analyste politique ne peut admettre une seule seconde ce pseudo raisonnement. En dehors de quelques fanatiques, convaincus d’avance de la culpabilité, avant tout examen des faits, de celui qu’ils ont tant voulu écarter de la scène politique pour les avoir évincé d’une façon ou d’une autre. Il ne peut alors s’agir que d’un pur règlement de comptes entre des adversaires et non point une question de droit car dépourvue de toute base légale.
Si alors, il ressort des pièces du dossier que certains hommes politiques, et des plus importants, avaient eu des accrochages publics avec le présumé coupable, que ceux-ci avaient unilatéralement accusé ce dernier, l’avaient démis de ses fonctions d’une façon scandaleuse, l’avaient dénigré avec une ferveur brûlante qu’on ne voit que très rarement dans un monde civilisé, on se demande bien si le jugement du député Radjabu n’est pas digne des fameux procès de Moscou ?Non seulement les pourfendeurs déclamaient sur les ondes leur indignation acharnée contre le coupable élu, mais aussi ils faisaient tout pour le neutraliser avant toute procédure judiciaire.
Ainsi, le député accusé avait été obligé de se mettre à l’abri dans l’ambassade d’Afrique du sud pour échapper momentanément à la brutalité policière. Vivant dorénavant avec la crainte obsessionnelle, menacé de toutes sortes d’anathèmes, cloué au pilori de la pensée unique, Radjabu était devenu un ermite en errance, un monstre parmi les hommes.
Pouvait-on lui garantir un procès équitable dans une telle effervescence collective ? Les émotions au summum, quel juge digne de ce nom peut appliquer la loi objectivement et ne pas tomber dans l’euphorie collective ? Il nous semble évident qu’à l’impossible nul ne peut être tenu et que les droits de l’accusé pouvaient dès lors être bafoués.
Aussi faut-il se demander si l’immunité parlementaire, instaurée expressément pour protéger d’une façon suffisante les députés et les sénateurs, peut être levée à tout bout de champ et selon des procédures peu orthodoxes ? Il s’agit là d’une atteinte à la démocratie, atteinte aux garanties fondamentales reconnues aux parlementaires afin de mener à bien leur mission de défendre l’intérêt supérieur des citoyens. Cette liberté publique est aujourd’hui froissée de la manière la plus manifeste à telle enseigne qu’on ne sait plus s’il existe une quelconque séparation des pouvoirs dans notre pays. Parfois, on se demande si nos politiciens ont les notions élémentaires, pour ne pas les accabler de connaissances poussées du droit et de la politique, nécessaires à un homme d’Etat pour prendre certaines décisions sans se faire passer pour le dernier des bédouins incultes.
D’après ces explications, il nous apparaît donc que le coupable présumé n’était pas en mesure de sedéfendre à la suite de son arrestation, sans procédé du contradictoire possible dans ces conditions précises, son procès ne pouvait, de ce fait, être équitable. En outre, l’immunité parlementaire levée dans le mépris du droit, le procès n’est alors qu’une façade cachant d’autres motifs réels mais sournois, et l’emprisonnement devient alors purement politique.
L’Etat de droit semble bien lointain. Tout citoyen peut alors arbitrairement se faire arrêter par l’Etat policier et nul n’est à l’abri, qu’on se le dise !
II. Le véritable coupable
Dans cette seconde partie, il est maintenant essentiel d’identifier le coupable réel étant donné que le député arrêté nous semble loin d’être l’instigateur de tous les malheurs que le pays a connus.
A. Qui est derrière la manette ?
En mettant Radjabu en prison, le pouvoir en place a oublié en même temps que cet acte suffit à lui seul à le disculper. Puisqu’il s’agit, nous l’avons vu, d’une politique spéciale que nous nommerons volontiers la politique de l’apprenti-sorcier ou la politique de la défaite tranquille, ceux qui ont jeté en cellule le député culpabilisé ont ignoré qu’en son absence les futures erreurs n’auront plu de bouc émissaire. Certes, à court terme l’emprisonnement les arrangeait, mais à long terme, dans l’avenir, qui sera alors coupable ? Devra-t-on en nommer ou en élire un autre qui prendra sa place ? Nous voilà alors dans la République des coupables éternels, des coupables potentiels. Tous les hommes et femmes politiques de notre pays ne devraient-ils pas se lever pour mettre en place au moins un texte juridique qui garantirait leur statut, les protégerait des emprisonnements incessants et de l’arbitraire évident, sans quoi il n’y a ni justice ni droit. Et dans ces conditions, comment espérer qu’un pays pauvre comme le nôtre puisse un jour se développer à l’heure de la Bourse, d’internet et de la mondialisation ?
Ce n’est pas, à notre sens, une question accessoire et dont nous pouvons nous permettre d’abandonner sur le trottoir de la rue. Ce n’est pas une question à laisser aux seuls apprentis-sorciers qui n’y comprennent absolument rien et n’y sauraient répondre. Résoudre ce problème est la pierre angulaire, la base sans laquelle le développement est un mirage excellent et la réussite, une hallucination parfaite.
Il est une chose frappante en Afrique, en général, de vouloir couronner la médiocrité et de laisser tous les talents s’envoler dans la nature. Certains débats laissent perplexe par la hauteur du raisonnement des invités. Tout le monde pense maîtriser les questions douloureuses de politique, de société, d’économie. Dans ces circonstances bien particulières à nos pays, l’intellectuel prend la place du simple d’esprit et ce dernier devient politologue, économiste, sociologue. Là est le cœur de la question, et si les choses demeurent ainsi, il faudrait se demander si toute société mérite ses dirigeants ? Il faudrait se demander aussi si nous voulons continuer dans ce sens, c’est-à-dire dans l’échec assuré, les déficits publics certains, l’inflation inévitable. Ou si, nous espérons vivre dans un pays où tous les cerveaux auront intérêt à rentrer et rester, où on pourra développer le commerce, l’industrie, la médecine, et conduire le pays vers des jours fastes où tous auront leurs parts. En somme, la question qui est posée, est celle de savoir si nous voulons un pays de liberté, entendez un pays qui récompense le mérite et encourage le travail, ou alors un pays de servitude, entendez un pays qui méprise le droit et dénigre le savoir ?
Le coupable de coulisse, celui que les anglophones appellent le free rider, conduit certainement le pays dans un désordre effroyable. Cependant, nul ne l’a identifié, comme dirait un certain Chirac : la maison brûle et nous regardons ailleurs. Il nous semble alors identifié : il s’appelle médiocrité, incompétence, servitude. Et Diderot de s’écrier : « Si les rois étaient philosophes ou si les philosophes étaient rois » ! Deux siècles plus tard et ses paroles n’ont pris aucune ride.
Surtout, et gardez-vous d’écouter les propos doucereux de quelques ignares qui ne savent rien de la politique, le pouvoir militaire est le pire des régimes qui pût exister : il se nomme tyrannie, despotisme, népotisme. Sa marque de fabrique est le meurtre quand il n’arrête pas les citoyens, ne connaît pas d’opposition, n’a pas de lois.
B. Le masque est tombé
En dépit de l’incarcération du député Radjabu, les arrestations se sont-elles pour autant arrêtées ? L’intimidation des hommes et femmes politiques ont-elles pris fin ? L’attaque des domiciles des parlementaires a été même un nouvel outil de terreur sorti tout chaud, on ignore de quel laboratoire d’idées. Désormais, les politiques tremblent de tout leurs corps, ils accourent dans les ambassades quand ils le peuvent. Un climat de paix incroyablement inespérée s’est abattu dans la capitale. Autre invention, tenez-vous bien, les noms des parlementaires dissidents sont donnés aux électeurs pour punir ces derniers lors des élections à venir. Quelle belle méthode et quelle ingéniosité !
La démocratie n’est pas sous ses beaux jours et nous le regrettons. Mais, chacun de nous doit apporter sa pierre à l’édifice pour bâtir le pays et restaurer les principes de liberté qui sont inéluctablement les valeurs essentielles au développement et au progrès. Tous enfants de ce pays, toutes ethnies confondues, chrétiens, musulmans ou animistes, nous avons le devoir de faire en sorte que ce pays soit pour nous le pays où nous vivrons en paix, sans être inquiétés, et où l’art, la science, l’économie fleuriront, sans limite.
Mais il est une question que nous avons pensé nécessaire de mentionner dans cet article : à savoir que si aujourd’hui personne n’a osé aller jusqu’au bout de sa pensée, en réalité, les attaques dont Radjabu a fait l’objet ne sont que le reflet de ce joyeux sobriquet du Mswahili, qui une fois qu’il vous a été décerné, vous êtes dans l’imaginaire collectif mis au ban de la société : pour votre origine, votre langue, votre religion. Et toutes les accusations sont dès lors possibles. C’est un sujet murmuré encore, et les intéressés, peu conscients, ignorent la gravité d’un tel acte et ses conséquences désastreuses. On ne mesure pas encore la portée de cette idéologie qui a conduit nos pays dans des massacres affreux des soi-disant étrangers qu’on ne reconnaît point. Hier, ils se nommaient hamites, aujourd’hui, ils s’appellent swahilis. Le peuple qui vient d’ailleurs, qu’on ne connaît pas, qu’on ne reconnaît pas, et les mots ne sont pas loin : ils sont la cause de tous nos malheurs quand on argue qu’ils ne nous ressemblent pas, quand ils pratiquent d’autres cultes, quand ils ne parlent pas la même langue que nous. Méfions-nous des discoureurs qui apparaissent sous l’habit de l’innocence ! Méfions-nous du loup qui se cache sous la peau de brebis ! Si on n’analyse pas bien la situation et ne s’élève pas de la pensée du moment fardée de bonnes intentions, nous risquons de tomber dans les mêmes schémas que jadis. Certains sites internet donnent la chair de poule par la gravité des propos exprimés. Ne perdons pas de vue cette question !
Burundi Transparence
