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 Actualités

Elections sans goût, Victoire amère
Par Jean Berchmans Manirakiza  
 Le 14 août 10

Les Burundais savent bien cet adage : "Kwiba ingoma ntibigoye nk'aho uyivugiriza", ce qui pourrait se traduire( et pardon pour la trahison) en ces termes : C'est plus facile de voler un tambour que de pouvoir le battre.

Le 18 Septembre 1961, après la victoire du Parti Uprona aux élections législatives, Le Prince Louis Rwagasore déclara : "Mais le vainqueur et le perdant sont tous des Barundi, membres de la même famille nationale, enfants d'un même Mwami. Le Burundi a besoin de tous, à quelques partis politiques qu'ils appartiennent. C'est pourquoi, mes chers compatriotes, la victoire électorale d'aujourd'hui n'est pas celle d'un parti mais le triomphe de l'ordre, de la discipline, de la paix, de la tranquillité publique".

Le 1er juin 1993, Melchior Ndadaye (FRODEBU) remporte, dès le premier tour, la première élection présidentielle au suffrage universel de l'histoire du Burundi, en ayant obtenu 64,79 % des suffrages, contre 32,47% au candidat de l'UPRONA l'Union pour le progrès national, Pierre Buyoya et seulement 1,44% au candidat du PRP, Pierre-Claver Sendegeya, arrivé en troisième position et il déclare :"La victoire est pour tout le Burundi ...".

Ce lundi 9 Août 2010, Paul Kagame, à l'issue de son couronnement électoral, se trouvait dans la soirée au stade de football de Kigali pour danser avec la foule au rythme de la musique reggae et de chants du FPR. Le Président Kagame ne s'est pas empêché de déclarer : "C'est la victoire du peuple Rwandais... ".

Au Burundi, les élections de 2010, sans challengers ni de suspense ont perdu tout goût, et voilà, la victoire est devenue amère : on n'a pas eu droit à une danse, non plus à un discours apaisant pour toute une nation : réelu à plus de 92% ce 28 juin 2010, le Président Pierre Nkurunziza attendra le 1er juillet pour déclarer :
"Les forces de sécurité, l'armée sont chargées de lutter contre les ennemis de l'Etat, nous leur demandons d'arrêter les ennemis de l'Etat avant qu'ils n'agissent"

Vivre une victoire dans une malaise fait mal ; et comment voulez-vous qu'on danse quand même l'attente des messages de félicitation, d'habitude promptes, devient trop longue !

Par contre, on ne mettra pas de jours pour joindre les gestes à la parole du maître, puis qu'il faut balayer la cour pour pouvoir battre le tambour et inaugurer le nouveau règne de Nkurunziza . Et ce sont ceux qui n'acceptent pas de faire la cour au grand ( comme sait bien le faire l'Uprona) qui payent les frais. Tout le monde sait bien que Rwasa a été approché, toujours fidèle à son idéologie, il a décliné l'offre. Le ministre Nduwimana s'est empressé pour désigner le nouveau maître du FNL. Regaillardi par l'encadrement des forces de sécurité, Emmanuel Miburo se déclare être le nouvel élu du pouvoir pour faire la cour au grand au nom des Banamarimwe.

"Ne faites rien contre votre conscience, même si l'Etat vous le demande", Antoine de Saint -Exupéry.

Et comme je l'écrivais déjà le 07 juillet, "Un à un , ils sont éliminés... !" Les gros poissons arrivent à passer entre les mailles du filet, tandis que les autres se font ramasser pour surpeupler Mpimba où la densité démographique, me dit-on, a déjà atteint le stade explosif. Certains occupants de la maison de Mpimba attendent avec beaucoup d'impatience la date du 26 Août, date à laquelle Son Excellence Nkurunziza pourrait décréter oralement à Kigobe la sortie de ceux qui ne sont pas classés parmi les ennemis de l'Etat : cela s'appelle la grâce présidentielle ; ainsi la fête pourra avoir lieu à Kigobe, et dans la cour, on pourra battre le tambour. Ce sera le début d'une autre longue règne et d'une autre longue lutte : il le faut, puis que nous sommes encore loin de la vrai démocratie, source d'un vrai développement, d'une justice pour tous et d'une paix pour tous les Burundais !

Et en attendant le jour où le vainqueur et le perdant seront tous les enfants du même pays, je souhaite du courage à tous les Burundais !

Par Jean Berchmans Manirakiza