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Aux généraux un grand lot d'avantages: Exacerber les écarts sociaux
(Source: Burundi Bwiza)
Le 18 avril 10
Il n'est pas si aisé de penser à haute voix sur des questions brulantes comme celles impliquant les hommes en uniformes, ceux dotés d'armes de guerre dont certains s'en sont servis pour renverser leurs cousins, d'autres pour étouffer dans l'oeuf la démocratie naissante. Dans certains cas, ces armes peuvent également rendre service à un pouvoir délabré pour se maintenir en place, pourvu que les chefs en tirent les dividendes.
Mais, permettez-moi chers internautes de sortir du silence pour vous partager mon opinion sur ce sujet de projet de loi accordant des avantages aux plus hauts gradés de nos corps de sécurité: la Force Nationale de Défense (FDN) et la Police Nationale (PNB), actuellement constitués sur des bases consensuelles bâties après des décennies de tragédies: les accords de paix d'Arusha. C'est un pas déjà franchi. Tout burundais n'a en effet, qu'à s'en réjouir, car elle reflète je m'imagines les différentes composantes du peuple burundais, même s'il y aurait une ethnie qui ne s'y reconnaîtrait pas parfaitement: les Batwa à qui je souhaite une place au soleil comme tout le monde.
Que les généraux ou les prétendants à cette catégorie ne me taxent pas d'intrus dans cette affaire qui n'est pas leur exclusivité car, constates-je, ceci ne revêt aucun caractère de « secret d'Etat », de « secret militaire » non plus, dans la mesure où il s'agit d'une question ouverte rentrant dans le domaine du social. Et c'est la raison pour laquelle le projet de loi a été soumis pour débat et adoption à l'Assemblée Nationale.
Mon attention a été éveillée à l'annonce, par différents médias et organisations de la société civile, de ce fameux projet de loi des avantages aux grandes épaulettes en étoiles et barrettes dorées, par rapport à leurs subalternes. Il est à constater que le gouvernement a de la peine à communiquer aux contribuables que sont les burundais, de dossiers surtout quand il s'agit du pécunier, alors que c'est le peuple qui est le patron, le payeur de tous ces dignitaires.
En guise de rappel, les indemnités des parlementaires ont été révélées au peuple en 2007, quant le président de la République, M. Pierre NKURUNZIZA est monté aux créneaux à Makamba, pour proférer des menaces à l'endroit des parlementaires n'ayant pas voté un projet de loi relatif aux conventions internationales postales. Le président a appelé le peuple à se révolter contre ces derniers qui percevraient indument ces indemnités. Et, le journal du parti CNDD-FDD, « Intumwa » en a suffisamment fait un grand écho considéré par les députés concernés comme appel au lynchage.
Il y a donc lieu de se poser la question: pourquoi le gouvernement qui a soumis ce dossier à l'Assemblée Nationale pour analyse et adoption, n'en avait jamais parlé publiquement, alors qu'il n'est point un secret. Le peuple ignore toujours ce que perçoivent les membres du gouvernement et autres hautes autorités. Seul le président de la transition, M. Domitien NDAYIZEYE avait indiqué sur les ondes que ses indemnités se chiffraient à 500.000 Fbu ( moins de 500 dollars américains). Plus le sujet est tabou, plus cela suscite des inquiétudes que chacun interprète comme bon lui semble.
Ce ne serait donc pas exagérer, de dire qu'en cette période de fin du premier mandat de NKURUNZIZA, il me semble qu'une course aux avantages est engagée d'une manière inquiétante.
Une indemnité mensuelle de logement d'un million de francs burundais (1.000.000 Fbu), une consommation mensuelle d'eau et électricité de 1.000.000 Fbu, des frais de contacts mensuels (téléphones, fax, internet..) de 1.000.000 Fbu, un véhicule protocolaire d'au moins 50.000.000 Fbu; telles sont les indemnités sûrement non imposables qui s'ajouteraient aux « soldes »(salaires des militaires), qui seraient déjà supérieurs aux indemnités des ministres. Cela aurait justifié le choix des ministres BUNYONI et NIYOYANKANA, respectivement généraux ministre de la Sécurité Publique et de la Défense, de garder leurs soldes qu'ils percevaient avant la nomination au poste de ministres selon la ministre de la Fonction Publique, Mme Anonciate SENDAZIRASA.
Le récent conseil des ministres tenu en date du 08 avril a qualifié de rumeur propagée par l'OLUCOME, que le gouvernement souhaiterait envoyer à la guillotine pour »atteinte à l'ordre public », lit-on dans le communiqué sanctionnant le dit conseil. L'on apprend que le ministre de la Sécurité Publique a porté plainte contre ce militant anti-corruption et malversations économiques, comme quoi, il a incité les corps de sécurité à la division, aux émeutes.
Le président de la commission parlementaire chargée des question de sécurité, honorable Jean Claude NDUWIMANA a été quant à lui très prudent, en déclarant à la presse qu'ils allaient dans la commission, analyser la véracité des informations leur fournies par l'OLUCOME, dans sa lettre du avril demandant le non lieu dudit projet de loi.
Raffermissement des injustices sociales et irréalisme
Au moment où les syndicats menacent par des mouvements de grève pour n'avoir pas eu l'application des clauses signées avec le gouvernement dans le cadre d'améliorer les conditions de vie et de travail des fonctionnaires, voilà que le gouvernement NKURUNZIZA se moque de ces derniers.
Le système NKURUNZIZA pense que ces syndicats n'ont aucune force aussi puissante que celle de ces généraux à vie qui sont à l'heure actuelle, au nombre de 72 et qui seront 137 en cinq ans, selon le patron de l'excellente organisation de Lutte contre la Corruption et les malversation Economique (OLUCOME), M. Gabriel RUFYIRI.
Diviser pour régner, c'est le principe adopté par le pouvoir de BUJUMBURA, mais malheureusement, il n'en maitrise pas tous les contours. Les généraux ne pourront être utiles que quand leurs subalternes auraient été satisfaits. C'est toute une chaîne dont une seule pièce défectueuse peut la rend inopérante.
Ce projet de loi est soumis pour analyse et adoption à l'Assemblée Nationale au moment où un procès des 16 militaires présumés « déstabilisateurs des institutions », qui seraient mécontents du traitement des militaires de bas rangs: soldats, sous-officiers et une certaine catégorie d'officiers subalternes, fait la « une » de la presse tant nationale qu'internationale. Leurs doléances tant exprimées dans des « causeries morales » (pourtant un cadre officiel d'expression publique des militaires et policiers), n'ont été considérées que comme rébellion ou subversion; et il y en a qui en ont payé,par l'emprisonnement et la révocation.
Et voilà, ces responsables de l'Armée et de la Police, n'ayant pas été à la hauteur d'écouter, et surtout de comprendre et transmettre au commandant suprême et chef de l'Exécutif burundais, les doléances de leurs commandés dont la colère serait au point de l'explosion, lit-on dans la dernière intervention médiatique du ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Général major NIYOYANKANA, vont bientôt jouir, dès avant la fin de cette législature, d'une bagatelle d'avantages. Leur satisfaction ferait-elle la fierté des soldats et caporaux?
L'OLUCOME, spécialiste dans la lutte contre la corruption qualifie cela d'exagération compte tenu de la situation économique sous perfusion de la communauté internationale que connait le pays(plus de 50% du budget national vient de la communauté internationale). Elle ne rejette pas en bloc le projet de loi. La précarité qu'endure une grande partie des fonctionnaires, incapables de joindre les deux bouts du mois, la paupérisation grandissante de la population, en disent long, sans oublier le peuple de KIRUNDO très éprouvé par une disette cyclique à laquelle le gouvernement ne répond que par des campagnes de collecte de nourriture dans d'autres provinces du pays, sans y apporter une solution durable.
Les mêmes agissements ont caractérisé les pouvoirs antérieurs. Quand le pays était en plein embargo imposé par les pays voisins, l'on se souviendra que le premier ministre Firmin NDIMIRA , a déclaré à Mugerero en commune de GIHANGA (dans les enceintes de la SRDI), que la dernière goutte de carburant disponible au pays, reviendra aux chefs.
La façon dont ces avantages sont fixés et attribués ne relève d'aucune formule, alors que l'on sait, pour le commun des fonctionnaires de l'Etat, que les indemnités de logement par exemple, se chiffrent de 25 à 45p.c du salaire de base. Et, même à la présidence de la République, les conseillers toutes catégories confondues, perçoivent l'indemnité de logement calculée sur base du traitement de base. Imaginez-vous que le conseiller touchait jusque fin 2007, 153.000 Fbu net, tandis que le conseiller principal du même grade que le ministre percevait 316.000 Fbu le mois.
Même si les barèmes auraient changé en janvier 2008, l'inégalité salariale est restée cuisante entre conseiller et conseiller principal qui des fois ne fait que signer le « lu et approuvé » de ce qu'a traité le conseiller. Les informations qui me parviennent indiquent que le conseiller touche dès janvier 2008 environ 300.000Fbu, et le conseiller principal environ 800.000Fbu équivalant d'une indemnité mensuelle d'un ministre, autres avantages tirés des caisses obscures non compris.
C'est dans cette culture d'inégalité sociale dans les catégories de fonctionnaires que les autorités burundaises ont favorisé et favorisent toujours une égoïsme à outrance, pour se faire une protection, mais qui à la longue finit par s'effondrer, suite à l'action des victimes. Des tentatives de résoudre cette problématique ont été enclenchées avec la fameuse harmonisation des salaires, mais l'on ne saurait dire quand ça aboutira pour que les mouvements de grève s'estompent enfin.
Notre cher président s'est ressourcé du Rwanda pour la pratique des « travaux communautaires de développement » (TDC), devenu à l'approche des échéances électorales, une astuce de propagande, car constatons-nous , que des fois ils se font sur les chantiers de construction des permanences du parti CNDD-FDD. Il aurait fallu qu'il s'inspire aussi de ce pays frère même si tout n'y est pas rose, en la matière des équilibres salariaux.
Comment justifier l'octroi de ces avantages dans un pays où la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) connaissant une urgence de fonds pour le bon déroulement des prochaines échéances électorales, ne cesse de tirer sur la sonnette d'alarme. Voilà que le président de la CENI, Amb. Pierre Claver NDAYICARIYE a même récemment annoncé qu'il ne pourra organiser , avec les moyens lui dotés, que trois scrutins seulement. Très récemment lors de sa sortie médiatique du 12 avril, il a déploré encore un trou de onze millions dollars ( 11.000.000$), au moment où la République populaire de Chine venait de donner sa contribution matérielle estimée à environ 293.000 $.
Par ordre chronologique, il s'agira des communales et des présidentielles: premier tour et deuxième car, il est prévisible qu'aucun parti ne pourra avoir 50% au premier tour. Pourquoi le gouvernement qui pousse au premier plan (urgent) des projets de loi portant avantages et autres privilèges à accorder à une catégories budgétivores, ne s'investit pas avec le même zèle, à trouver le budget de la CENI chargée d'une si importante mission par laquelle le destin du pays sera défini par le peuple appelé à mettre en place, par la voie des urnes, les prochaines institutions démocratiques.
Heureusement que la communauté internationale, ne cessant pas d'accompagner le Burundi est résolue à appuyer la CENI. Les déclarations du conseiller du Secrétaire d'Etat américain pour la région des grands lacs, M. Haward Wolpe en tournée au Burundi il y a quelques semaines, ont été plus que rassurantes. Il a en effet affirmé que « les Etats-Unis étaient au courant du déficit budgétaire de la CENI », et a précisé qu'ils sont en train de discuter avec d'autres partenaires internationaux afin de voir comment boucher le trou.
« Je suis confiant que la CENI sera suffisamment financée afin de pouvoir conduire toutes les élections de cette année. Il n'y a absolument aucune raison que les élections ne puissent pas continuer comme prévu, a-t-il conclu devant la presse locale, au moment où le gouvernement pense quant à lui, aux « paquets-Départ ». Après moi le déluge, dira-t-il. Et si les élections ne se tenaient pas, c'est bien sûre les détenants du pouvoir qui tourneraient les pouces !
Avantages relevant d'une décision politique
Beaucoup de dossiers politico-judiciaires nous ont révélé que des ténors de l'armée et de la Police y ont eu leur participation. Tenez. Le pseudo-coup d'Etat attribué à Domitien NDAYIZEYE et son vice-président Alphonse Marie KADEGE (en exil), fut l'oeuvre du Service National de Rrenseignement (SNR) piloté par le Général Adolphe NSHIMIRIMANA (ex-fdd la branche armée du CNDD-FDD), un des personnes peu recommandables, qui malheureusement ont mis en place un plan de contrôle politique est sécuritaire au Burundi. Le dossier qui détient en prison l'honorable Radjabu Hussein et ses co-accusés est du même auteur que le précédant.
La tentative de « déstabilisation des institutions » déjouée dernièrement par le Chef d'Etat-Major de la FDN,c'est le général Godefroid NIYOMBARE( ex-fdd) qui a lui-même commandé l'arrestation, au bord du lac Tanganyika, des présumés comploteurs des institutions burundaises. Le directeur général adjoint de la Police Nationale (PNB), le Général Gervais NDIRAKOBUCA NDAKUGARIKA (ex-fdd que j'ai connu pour la première fois en 2004 à Musigati au temps où il travaillait à la Documentation Nationale) s'est illustré lui aussi dans ce dossier par les tortures infligées au capitaine dit chef des « putschistes », là où il était détenu au camp DCA ( défense contre avions) de KAMENGE.
Le colonel KABISA commandant de la région militaire OUEST (regroupant la Mairie de Bujumbura, Bubanza, Cibitoke et Bujumbura rural) y a été aussi impliqué car, il a facilité l'accès à ce bureau sis au camp DCA, au général NDAKUGARUKA , pour faire l'interrogatoire musclé du capitaine, alors qu'il ne faisait pas partie de la commission d'enquête.
Ils ne seraient non plus écartés dans le dossier de l'assassinat du vice-président de l'Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques(OLUCOME) dont la vérité, une fois établie, leur coûterait cher.
La participation des officiers issus du CNDD-FDD, à une tacite campagne anticipée serait un signe avant couleur qui conduit à conclure que NKURUNZIZA est esclave du militaire, et que ces derniers ne veulent pas se détacher des liens ombilicaux CNDD-FDD. Ces hauts gradés sont donc considérés comme de grands protecteurs.
Au temps où le dossier des massacres de Muyinga se faisait trop parler (j'étais encore au pays) dans l'opinion internationale, le chef du Renseignement burundais, le Général NSHIMIRIMANA, menacé de limogeage pour son implication dans cette ignoble barbarie, n'a pas hésité à menacer le président NKURUNZIZA qui a dû annuler l'intention, a-t-on appris d'un confident membre du Conseil des Sages du CNDD-FDD.
L'on serait peut-être amené à penser que la reconduction le hante comme bien de présidents africains, et tous les moyens seraient bons: par la grâce de Dieu, et pourquoi pas par un coup de force ou une tricherie des prochaines élections dans laquelle il bénéficierait de l'appui de ces généraux gâtés, à l'instar de MUGABE du Zimbabwe et de Mwai KIBAKI au Kenya. C'est le rachat de la conscience.
Qui me contredira que le Conseil des Sages du CNDD-FDD compte en son sein certains généraux ex-FDD! L'on sait que lors du fatidique congrès de Ngozi du 07 février 2007, ce n'est que quelques membres dudit conseil qui ont été publiquement proclamés, et le président NKURUNZIZA a déclaré qu'il se réservait le droit d'en élargir d'autres que les Bagumyabanga se connaîtront jamais.
Mais de sources émanant même de cet organe du parti au pouvoir, l'on a appris que certains généraux dont le patron de la documentation nationale, le général Adolphe Nshimirimana, Evariste NDAYISHIMIYE, NDAKUGARIKA (moins de 40 ans) et Guillaume Alain BUNYONI, participent dans les réunions de prise de décisions par le commandement dudit parti.
Ce ne serait pas pour la première fois de voir l'armée et la police s'impliquer dans la gestion politique du pays, dirait un certain observateur. Depuis l'indépendance, l'armée s'est illustrée dans les coups d'Etat et putschs, et a servi de rempart au parti unique l'UPRONA. Faudrait-il que se passent comme avant il y a trois décennies?
Il est donc vrai que le chef de l'Exécutif qui a soumis ce projet de loi, miserait sur la sympathie que lui accuseraient ces généraux, même dans des moments difficiles que connaitrait le président NKURUNZIZA. Ils n'hésiteraient pas à fermer les yeux au vol électoral que commettrait le parti au pouvoir, et face au maintien injustifié du président NKURUNZIZA.
Il ne serait non plus à exclure une intervention musclée pour mâter toute personne qui décrierait les tricheries électorales, comme l'on l'a constaté notamment au Bénin, Togo, Guinée, Kenya, Zimbabwe, où des militaires et policiers, pourtant appelés à sécuriser les scrutins, ont publiquement participé au trucage électoral.
Les temps ont évolué. Des milliers de vies humaines ont péri durant les décennies de pouvoir dictatorial et autoritaire qu'a imposé le pouvoir militaire. Le président NKURUNZIZA à qui j'ai eu l'honneur de parler en tête à tête en mi-mai 2007, peu avant ma démission au poste de conseiller à la deuxième présidence de la République, a le devoir de se souvenir de ce qui a poussé le CNDD-FDD à prendre les armes: recouvrer la démocratie, une démocratie qui rend la justice sociale, celle qui place les citoyens au même pied d'égalité( nta mwana n'ikinono).
C'est pour dire non aux dérives innérants à la militarisation de la politique burundaise. Et, il serait bon de noter que les seuls généraux, ne constituent pas l'armée ou la police burundaise. Ils ne représentent qu'une partie des effectifs des corps de défense et de sécurité.
A la fin de la guerre, et plus particulièrement à l'accession du CNDD-FDD au pouvoir, il avait été promis au peuple, que les budgets annuels colossaux initialement alloués à l'armée, reviendraient désormais à l'investissement dans les secteurs sociaux plus productifs.
La logique se s'éloigner des préoccupations sociales, de privatiser les profits et de réduire l'Etat à la portion congrue est inacceptable.
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