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 Actualités

Faut-il autant de Généraux ?
(Source: Iwacu Burundi)  
 Le 14 mai 09

Le Burundi compte aujourd’hui plus d’une cinquantaine de Généraux à l’armée et à la police. Plusieurs observateurs trouvent ce grade superflu et l’Etat n’assure pas le prestige qui s’y attache.

"On n’a pas besoin de Généraux dans la police ! On doit être une police de proximité qui se rapproche plus de la population, et non qui s’en éloigne. Le prestige qui accompagne ce grade les rend inaccessibles", proteste un officier de la PNB. Pour cet OPC2 (Officier de Police en Chef), le grade existe dans la police à cause de l’influence des ex-militaires et des ex-combattants qu’on y a incorporés. Cet officier constate que la police a adopté l’esprit militaire, jusqu’au grade de Général qui n’avait jamais existé dans ce corps. Il remarque que "ces Généraux ne sont d’ailleurs pas traités comme ailleurs puisque le pays n’a pas de moyens."

Innovation ou complication ?

 
L’ancienne police était constituée de la Police Judiciaire du Parquet (PJP), de la Police de Sécurité Publique (PSP), de la Police de l’Air, des Frontières et des Etrangers (PAFE). L’actuelle Police Nationale du Burundi (PNB) est issue de la fusion de ces corps, des anciens combattants du CNDD-FDD et de la gendarmerie, ainsi que de quelques éléments des FAB. Avant la création de la PNB, une cinquantaine d’officiers de la PJP avaient atteint le plus haut grade de la police, à savoir celui de Commissaire Principal Chef (CPC). Pour harmoniser les grades dans l’actuelle police, on les a ramenés à l’échelon d'OPC2, l’équivalent de Colonel. Ces officiers ont porté leur cas auprès de la Cour administrative. Ils demandent que la police soit régie par les anciens statuts et que les officiers gagnent leurs galons comme avant. D’après une source auprès de ce corps, ces officiers ont peur que leur carrière ne s’arrête là, puisque le grade de Général n’est donné que par le Président de la République. En effet, les Généraux de la PNB ont tous été nommés par le Président Nkurunziza, et les critères suivis n’ont pas toujours été objectifs.

A l’heure actuelle, la PNB compte 27 Généraux de brigade. Cette situation crée un certain malaise, aussi bien au sein de la PNB que de la FDN, car certains anciens officiers se sentent lésés par l'attribution de ces hauts grades. Les Généraux, qu’ils soient de la FDN ou de la PNB, sont régis par les mêmes statuts en matière de solde. La solde de base d’un Général de Brigade est de 313 mille Fbu, celle d’un Général Major est de 398 mille Fbu, et elle est de 504 mille Fbu pour un Lieutenant-Général. A ces soldes s’ajoutent les différentes indemnités de risque, d’opération et de logement. A la nomination des Généraux sous Buyoya, plusieurs avantages étaient prévus : ils disposaient d’une intendance et de deux véhicules, une jeep Prado et une camionnette double-cabine. Ils avaient en outre un passeport diplomatique et le droit d’importer un véhicule avec exemption de taxes. Seuls quelques Généraux de la FDN en ont bénéficié. Les statuts actuels ne mentionnent pas ces privilèges et aucun Général de la PNB ou n’en a profité. Le seul avantage qu’ils ont semble être un véhicule de fonction et une garde rapprochée. Sous d’autres cieux, un Général, même de brigade, doit avoir un cabinet et un officier d’ordonnance. Il doit faire partie d’un conseil de Généraux qui est un organe indispensable dans la prise de décisions sur la sécurité d’un Etat.

N’est pas Général qui veut

 
Avant la création de la Force de Défense Nationale (FDN), par la fusion des militaires et des éléments de l’ex-rébellion du CNDD-FDD, l’armée burundaise s’appelait les Forces Armées Burundaises (FAB). Celles-ci comprenaient l’armée et la gendarmerie. Avec la FDN, la gendarmerie est dissoute pour être incorporée à la Police Nationale du Burundi (PNB). Dans les ex-FAB, les officiers gagnaient leurs galons grâce surtout à leurs études et à une certaine éthique socio-professionnelle. Un supérieur cotait, sur un bulletin de signalement, un candidat à l’avancement de grade. Des points étaient donnés pour des qualités telles que le jugement et l’ampleur de vue, l’ascendant, le sens de responsabilités, le courage moral, le dynamisme, l’esprit d’initiative, le sens d’organisation, la capacité d’adaptation, le sens social, la sincérité et la loyauté, l’esprit de discipline, l’éducation et le langage, la tenue, et surtout le rendement. D’autres étaient commissionnés, en sautant des grades. Pour être lieutenant, il fallait avoir terminé l’Institut Supérieur du Cadre Militaire (ISCAM). On accédait au grade de Capitaine une fois terminé les Cours de Commandant de Compagnie et d’Etat-Major. Ces cours permettaient également de gravir les échelons jusqu’à être Commandant et Major. On devenait Lieutenant-Colonel après avoir fait l’Ecole de guerre, souvent à l’extérieur. Plus tard, des Cours d’Etat-Major et de Commandement Interarmées (CMCEI) seront dispensés pour remplacer l’Ecole de guerre. Certains actuels Généraux ont suivi ces cours, d’autres non. Ces derniers ont néanmoins tous suivi la Session de Perfectionnement pour Officiers (SPO) dispensée par la coopération militaire belge. Mais, en définitive, le grade de Général était et est toujours du ressort de l’appréciation du Commandant en Chef de l’armée, le Président de la République.

Généraux au gré des régimes

Le nom général vient de capitaine général, c’est-à-dire le capitaine qui commande toute l’armée. Les officiers généraux des armes sont tous considérés comme interarmes (aptes à commander tout type de formation).Un général de brigade, s’il est affecté à une mission de "terrain", commande habituellement une brigade, unité composée de plusieurs régiments. Les régiments comptant en moyenne environ 1.000 hommes, une brigade générale rassemble en général une dizaine de milliers d’hommes. Le premier Général de l’histoire burundaise a été Michel Micombero. Après son coup d’Etat qui a renversé la monarchie, il est aussitôt commissionné par le Conseil National de la Révolution (CNR), et passe de Capitaine à Lieutenant Général. A son tour, Micombero élève Thomas Ndabemeye au grade de Général Major. Ce sera les seuls généraux que connaîtra la première République. Jean-Baptiste Bagaza avait été commissionné par Micombero. De Lieutenant, il était passé à Lieutenant-colonel, puis Colonel. Paradoxalement, Bagaza est plutôt avare en grades. Sous la deuxième République, certains officiers passaient même huit ans sans avancement. Le régime ne comptera aucun général. La troisième République non plus n’a pas de Généraux, mais le grade réapparaît sous Buyoya II. Huit Généraux seront nommés durant cette transition. Domitien Ndayizeye, quant à lui, élève à ce grade deux officiers Le Président Nkurunziza nommera à son tour 22 autres Généraux de la FDN, dont un qui est mort récemment dans un accident d’avion. Et c’est sous son régime qu’apparaît le grade de Général dans la police.