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 Actualités

La violence post-électorale éclipse la fête de l'indépendance
(Source: Syfia Grands Lacs)  
 Le 25 juin 10

La célébration du 48e anniversaire de l'indépendance le 1er juillet, trois jours après les élections présidentielles, ne mobilise pas les Burundais surtout préoccupés par la contestation des résultats des élections communales qui sème la violence dans le pays. Le gouvernement prépare cependant, tardivement, la fête.

"C'est lorsque j'ai vu les militaires et les policiers préparer le défilé que je me suis rappelé que le 1er juillet est la date anniversaire de l'indépendance du Burundi. Les autres années, tout le monde était mobilisé un mois à l'avance", s'étonne Benjamin Nkunzimana, un écolier de la capitale burundaise.

Une vendeuse de fruits du marché central de Bujumbura croyait même que la fête avait été reportée compte tenu de la situation tendue du pays.

Les opposants au régime contestent, en effet, violemment les résultats des élections communales. Des grenades ont été lancées à plusieurs reprises dans les villes, ces derniers jours, faisant plusieurs morts et des blessés.

L'an dernier, cette date avait été fêtée en grande pompe avec l'espoir d'élections apaisées en 2010. "Si les élections ont été un succès en 2005, il n'y a pas de raison qu'elles ne puissent pas réussir en 2010, maintenant que le dernier mouvement rebelle, le FNL, vient d'intégrer les institutions du pays et que la Commission nationale de désarmement vient de retirer plus de 46 000 armes détenues illégalement par la population", déclarait alors le président Pierre Nkurunziza.

Aujourd'hui, même la construction des tribunes devant le boulevard de l'Indépendance a pris du retard, tout autant que les réunions de la commission nationale de préparation de cette fête. "Le 1er juillet est presque un non-événement : la fête a été diluée par l'attention focalisée sur les élections. Le jour anniversaire, les gens seront occupés par les résultats de l'élection présidentielle du 28 juin. Voyez-vous, même le défilé militaire se prépare timidement", indique un haut cadre de l'État.

Le président sortant Pierre Nkurunziza, actuellement en campagne, est le seul candidat à ces élections après le retrait des six candidats de l'opposition

Inquiétudes sur l'avenir

Plus largement, la plupart des Burundais s'interrogent sur leur avenir : les grenades qui endeuillent le pays, des permanences de partis politiques incendiées, l'incertitude des parents des élèves et écoliers de l'enseignement public qui craignent une nouvelle grève des enseignants pour réclamer des arriérés de salaires...

"Tous les ingrédients sont là pour pousser à se demander si réellement notre pays est indépendant et si cette indépendance a été bénéfique pour les citoyens. Au lieu de fêter le 48e anniversaire, nos politiciens devraient faire un examen de conscience et ne plus nous ramener dans la guerre civile en raison d'intérêts égoïstes inavoués", s'emporte M. K., un enseignant.

"Le malaise est plus perceptible en milieu urbain, surtout en mairie de Bujumbura où les partis d'opposition ont eu le meilleur score aux communales, estime Kibuga Ramadhani, politologue. C'est pourquoi, le gouvernement peut recourir à sa force mobilisatrice pour mettre à contribution les hommes en uniforme qui ne peuvent dire non." Selon lui, l'enjeu pour le gouvernement est de prouver sa légitimité, en dépit des nombreuses revendications.

La fête aura donc bien lieu. "Il s'agit de prouver que le gouvernement a encore de la force, même si les préoccupations sont multiples", ajoute M. Kibuga. Mais, il doit préalablement apporter une réponse définitive aux appels au dialogue politique et contenir la criminalité qui gagne presque tout le pays. Sinon, ce sera un non-événement."

Par Anaclet Hakizimana