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Démocratie burundaise: une "espèce protégée" ou une "espèce en voie de disparition" ?
Par Grégoire BIRIHANYUMA
Le 09 août 10
Décidément le pouvoir de Bujumbura ne sait plus quoi inventer pour tenter de vendre le putsch électoral de Monsieur NDAYICARIYE à la population, et particulièrement aux responsables, militants, sympathisants et électeurs présumés des partis d'opposition. Après sa 5ème immixtion dans les affaires internes du parti F.N.L. (dont il doit redouter la force politique), le CNDD-FDD se livre, ce lundi 9 août 2010, à des perquisitions illégitimes dans une permanence du MSD aux fins de démontrer, encore une fois, qu'il est au pouvoir contre la volonté du peuple.
Pourquoi une telle nervosité ? En quoi est-ce que les partis de l'ADC-IKIBIRI gênent qui que ce soit ? Faut-il mettre en prison tous les militants, les sympathisants et les électeurs présumés de l'ADC-IKIBIRI ? Ce serait peut-être une bonne solution dont la viabilité reste à démontrer!
Il serait temps que tous les esprits se calment et recherchent ensemble, sans passion, comment rétablir la vérité sur ce qui s'est passé dans la tête ou le bureau de Monsieur NDAYICARIYE qui a opéré le putsch électoral du 24/05/2010.
Il est également inadmissible d'entendre, sur les ondes de la RPA, le putschiste BUYOYA condamner les démocrates burundais d'avoir eu le courage de ne pas cautionner la tartuferie électorale qui s'achève bientôt. Les démocrates burundais n'ont pas de leçons à recevoir de celui qui devra répondre , un jour, de ce qui s'est passé le 21/10/1993. Oui, le boycott de l'ADC-IKIBIRI a au moins le mérite de ne pas s'être couchée devant les putschistes. C'est tout à son honneur, et son électorat est fière d'elle!
"UWANKA ISAZI ATA AKANUKA"!
Seule la vérité délivrera le régime NKURUNZIZA des affres dont, visiblement, souffrent les autorités actuelles qui ne savent pas trop comment gérer "l'après-élections truquées". Elles n'ont qu'à demander au prestidigitateur de les aider, au lieu de s'en prendre à des innocents....qui ne font que revendiquer le droit de s'élire librement leurs dirigeants de façon démocratique.
La politique de l'autruche dont font preuve les responsables du CNDD-FDD et leurs comparses, notamment les observateurs électoraux de la COSOME, complices du sieur NDAYICARIYE au moment où celui-ci se livrait à sa cabale criminelle de truquer les résultats électoraux, est à la fois irréfléchie et belliciste dans ses conséquences sur la population. J'avais évoqué, dans mon article précédent, le silence complice des dits observateurs nationaux lors du premier scrutin du 24/05/2010.
Oui, jusqu'à la preuve du contraire, je persiste et signe en affirmant que ces observateurs de la COSOME portent une lourde part de responsabilité dans toute la violence dont le parti présidentiel se prévaut aujourd'hui, plus que hier, contre l'ADC-IKIBIRI et contre quiconque ose revendiquer, ou même simplement, prononcer les mots "état de droit" auxquels tout putschiste est allergique!
Lorsque la société civile (dont la COSOME) s'offusque du dysfonctionnement de la justice burundaise vis-à-vis de Monsieur Jean-Claude KAVUMBAGU, malgré son appel lancé au Président NKURUNZIZA, elle oublie que c'est elle-même qui a donné à ce dernier tous les droits lorsqu'elle a fermé les yeux sur le putsch électoral du 24/05/2010! Si elle avait eu le courage de défendre la vérité et les droits de l'homme, nul doute que les observateurs de la MOE UE l'auraient soutenue. Et nous serions dans une autre configuration politique et sociale. Il est trop tard, à présent, de jouer à la vierge effarouchée!
Quel avenir pour la démocratie burundaise ?
Chacun peut définir "la politique" comme il veut, mais toutes les définitions tournent autour de la finalité de maintenir l'équilibre social nécessaire au développement optimal et à la cohérence d'un ensemble territorial et de sa population. Voyons les perspectives pour nous Burundais, après le putsch électoral que certains voudraient nous faire oublier, et on peut comprendre pourquoi.
Une bonne politique est celle qui est acceptée librement, démocratiquement par une majorité de la population concernée. Il est difficile d'affirmer que la majorité des Burundais sont satisfaits par le pouvoir actuel, dans la mesure où celui-ci est issu des fraudes électorales du 24/05/2010. Mais la vérité finira par triompher, n'en déplaise aux putschistes et à leurs complices connus et encore inconnus. Elle est invincible, que cela plaise ou non! Inutile de tenter de l'étouffer, l'étrangler ou s'en débarrasser! Elle est immortelle et ne pardonne jamais à quiconque attente à son existence. Notre démocratie étant encore un jeune enfant, chaque démocrate doit choisir de l'aider à grandir et à devenir adulte. Une fois devenue adulte, elle nous le rendra au centuple!
Avant de revenir sur la crise politique et sociale actuelle du Burundi, mais dont un bien va certainement sortir, faisons un détour à un épisode de l'histoire américaine des années 1972 - 1974, avec le fameux "scandale du Watergate". A l'origine, il s'agissait d'une affaire d'espionnage politique qui déboucha, en 1974, sur la démission du Président des Etats-Unis, Richard NIXON. L'affaire avait commencé avec la révélation, par des journalistes du journal, "The Washington Post", de la pose de micros dans l'immeuble du Watergate à Washington en 1972. Les investigations de journalistes (surtout Bob WOODWORD et Carl BERNSTEIN) et une longue enquête sénatoriale levèrent le voile sur des pratiques illégales à grande échelle au sein de l'administration présidentielle. L'obstination des journalistes d'investigation avait fini par porter ses fruits: la démocratie américaine le valait bien.
Y a-t-il encore au Burundi des journalistes d'investigation de la carrure d'Alexis SINDUHIJE et son équipe qui avaient investigué sur la disparition du Roi NTARE V, laquelle disparition avait servi de prétexte aux putschistes SIMBANANIYE Artémon, MPOZAGARA Gabriel ( conseillers officiels ou officieux du Président NKURUNZIZA malgré qu'ils l'aient rendu orphelin en 1972) et à d'autres dirigeants de l'UPRONA, de déclencher le premier génocide de l'histoire du Burundi ?
Les journalistes burundais d'investigation auraient du pain sur la planche s'ils nous éclairaient sur les dessous de table qui ont conduit à Monsieur NDAYICARIYE à mettre le CNDD-FDD au pouvoir tout en se gardant de montrer les preuves étayant "ses résultats" en lieu et place des vrais résultats des urnes.
La question à poser aux putschistes est la suivante: est-ce que l'usurpation aux citoyens du droit de se choisir librement leurs dirigeants va maintenir l'équilibre social nécessaire au développement optimal et à la cohérence de l'ensemble de la population burundaise ? Les démocrates burundais connaissent la réponse à cette question, mais les autres aussi!
Le crime de Monsieur NDAYICARIYE a pour conséquence la division des Barundi en deux camps: le camp de celles et ceux qui sont indigné(e)s et révulsé(e)s par l'immoralité du putsch électoral, mais qui n'ont pas encore dit leur dernier mot, même si pour le moment, ils font semblant de se résigner, et le camp d'une minorité qui soutient l'inacceptable tentative d'assassinat contre la démocratie et contre quiconque revendique publiquement le rétablissement de l'état de droit.
Pourtant, quel que soit le camp dans lequel on se situe, il est indéniable que le Burundi est à la croisée des chemins de son histoire.
Premièrement,
aucune élection n'avait jamais été fraudée dans l'histoire du Burundi.
Deuxièmement,
c'est la première fois qu'un putsch électoral est perpétré avec la complicité d'un Président de la république qui avait été élu démocratiquement.
Troisièmement,
dans cette inversion probable des vrais résultats électoraux, le camp des victimes de ce putsch a fait le choix intelligent de boycotter la suite du processus électoral, créant ainsi un heureux précédent: celui de se mesurer au pouvoir illégitime sans être dans les instances parlementaires et administratives de ce dernier. Cette tactique a l'avantage de préparer le terrain à ne plus laisser les vaincus partager le pouvoir avec les vainqueurs, qui qu'ils soient pour ne plus diluer les responsabilités des gouvernants devant le peuple.
Quatrièmement enfin,
et ce n'est pas le moindre des avantages, les vrais vainqueurs des scrutins de 2010 ne manqueront pas de s'organiser au mieux pour provoquer de vraies élections démocratiques, libres, transparentes qui permettront de dégager une vraie majorité et une vraie opposition démocratique. Les responsables politiques de tous bords, comme l'électorat, seront plus vigilants pour éviter la récidive de la tartuferie à la NDAYICARIYE! "IGITI NTIKIGUKORA MU JISHO KABIRI".
Tout pouvoir putschiste ou dictatorial se croit toujours puissant et indéboulonnable. Les exemples de CEAUCESCU en Roumanie, de SOMOZA au Nicaragua, du SHAH d'Iran, pour ne citer que ces trois exemples, devraient faire réfléchir les putschistes burundais qui se croient les plus malins.
Autant en 1993 les Burundais n'avaient que 3 mois de régime démocratique derrière eux, autant en 2010 ils ont déjà bien goûté et savouré les délices et les bienfaits dont se régalent les citoyens d'autres nations sous régime démocratique. La désobéissance civile en 2010, par exemple, serait plus facile à mettre en oeuvre qu'elle ne l'était après la dictature trentenaire de l'UPRONA en 1993.
Il serait illusoire et suicidaire d'accepter le fait accompli. Autant accepter de se faire hara-kiri. Et dans le domaine de la démocratie, plus qu'ailleurs, la peur est non seulement mauvaise conseillère, mais, pire encore, elle fait plus de victimes que le courage.
J'en veux pour preuve l'illusion que s'était faite la COSOME qui est en train de comprendre, à ses dépens, que sa complaisance avec le sieur NDAYICARIYE qui a placé discrétionnairement le CNDD-FDD au pouvoir, n'empêche pas ce dernier, illégitime qu'il soit, d'assassiner, d'emprisonner, de torturer, de tyranniser qui il veut, quand il veut ! Pourquoi voulez-vous que des autorités autoproclamées se soucient des droits de l'homme, alors que ceux qui auraient dû lui barrer la route lui ont donné carte blanche de violer allègrement le code électoral, la constitution et la Déclaration Universelle des droits de l'homme signée le 10 décembre 1948?
Et quand on sait que, lors de la désignation du candidat du CNDD-FDD à la présidence de la république le Président NKURUNZIZA avait affirmé à qui voulait l'entendre ( ce n'était ni la première ni la dernière fois) qu'il était au pouvoir depuis 2005 par la volonté de Dieu, et qu'il le serait encore en 2010, par la même volonté "divine", on a du mal à pardonner la complicité de la COSOME. Soit elle soutient la démocratie, soit elle soutient le putsch électoral en cours. Mais le peuple ne va pas se laisser voler sa victoire. Et il n'a pas la mémoire courte!
Quant au triste spectacle auquel se livre le président du parti UPRONA, il retourne le couteau dans la plaie en rappelant sa responsabilité historique dans la décapitation de la démocratie le 21/10/1993. Il n'est donc pas surprenant qu'il s'acoquine avec un putschiste comme lui! Mais la démocratie a survécu. Sans elle, le CNDD-FDD n'aurait pas eu les 56% des voix en 2005!
Une telle bouffonnerie est triste pour l'avenir de notre démocratie et fait du Burundi la risée d'autres nations, notamment les pays africains qui nous avaient admirés et enviés le 1er juin 1993.
Les 17+5 "députés fantoches" de l'UPRONA + MINANI Jean du "parlement putschiste" dominé par le "parti unique" ne seront que des figurants dont les putschistes auront besoin! Un tel parlement est illégitime et doit être combattu.
Pour sortir de l'impasse actuelle, le camp des démocrates doit faire preuve d'ingéniosité pour éviter à la majorité silencieuse des Burundais de subir ce que le CNDD-FDD n'a pas accepté le 21/10/1993!
Les responsables de l'ADC-IKIBIRI ont une responsabilité historique. Ils n'ont pas droit à l'erreur. Ils ont tous les atouts pour sauver la démocratie burundaise. Ils ont raison de continuer à appeler à la résistance pacifique et au dialogue inclusif entre tous les protagonistes politiques sous la supervision des électrices et des électeurs qui sont seuls "source de tout pouvoir légitime". Je persiste, pour ma part, à privilégier la dominance féminine dans la médiation incontournable, si nous voulons nous prémunir, une fois pour toutes, contre toute aventure du type putschiste comme celle que nous subissons aujourd'hui. Tant que le contentieux électoral de 2010 ne sera pas réglé démocratiquement la paix et le développement économiques sont une douce utopie!
Il est indispensable de prendre conscience qu'il faut répéter, répéter, répéter et répéter à l'envi que le putsch électoral ne peut plus avoir droit de cité au Burundi...jusqu'à ce que les putschistes rendent le pouvoir au peuple. Charge aux démocrates burundais de trouver les moyens adéquats de les y contraindre de gré ou de force.
La persévérance dans la lutte pour la démocratie finira par payer! Il suffit que chaque démocrate burundais, où qu'elle / il soit, reste jalouse/jaloux de notre bien commun et fasse son devoir de lutter. Il en va de la sécurité et de l'avenir de tous, y compris de ceux des putschistes qui devront, un jour, s'expliquer devant la justice, lorsque la démocratie aura triomphé.
La démocratie burundaise mérite et doit demeurer une "espèce protégée" et à protéger!
"El pueblo unido jama sera vencido"!
"La liberté d'expression ne s'use que si on n'en use pas".
P.-S.: Si les journalistes burundais respectent leur déontologie, ils devraient se garder de diffuser de fausses nouvelles du genre "le CNDD-FDD a largement remporté les élections communales" (mensonge absolu), à moins de détenir des preuves de leurs affirmations, alors que même le sieur NDAYICARIYE est incapable de les fournir. Qu'ils n'oublient pas qu'ils sont relayés par des média étrangers!
Par Grégoire BIRIHANYUMA
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