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Elections communales au Burundi : les élus d'hier ne seront pas tous ceux de demain
(Source: Syfia Grands Lacs)
Le 24 avril 10
Surprise ! Certains mandataires burundais, qui pensaient être réélus sans problèmes lors des élections communales du 21 mai, ont vu leurs espoirs s'envoler. Mécontents de leur prestation lors du mandat qui s'achève, les militants à la base les ont sanctionnés en ne les plaçant pas en tête des listes des candidats des partis, leur préférant des hommes du terroir.
La déconvenue est totale pour Martin Nduwimana, député du parti Uprona et ancien premier vice-président burundais. Son projet de rempiler pour une autre législature est sérieusement compromis. Le 12 mars, dans sa commune natale de Mugamba au sud du Burundi, ses co-militants l'ont en effet placé en 12e position sur la liste bloquée de 30 candidats aux élections des conseillers communaux, attendues le 21 mai.
Il a vécu ce vote comme une humiliation et un échec personnel. "C'est parmi les conseillers communaux qu'on élit les sénateurs et l'ancien premier vice-président voulait en réalité briguer un siège au Sénat. Il est tombé des nues, car il croyait que c'était acquis d'avance, vu son gabarit et son CV", confie, sous le sceau de l'anonymat, un militant de ce parti qui participait au vote. Atterré par ce rejet massif et inattendu, Martin Nduwimana s'est publiquement et immédiatement désisté. "Je vais céder cette place à quelqu'un d'autre qui voudrait la prendre et je tenterai une autre fois ma chance en 2015, mais je précise que je reste militant de l'Uprona", a-t-il lancé, avant de s'éclipser la rage au cour.
De nombreuses autres personnalités des différents partis politiques ont essuyé la même déconvenue. Pancrace Cimpaye, porte-parole et bras droit de l'ancien président de la République et actuel candidat du parti FRODEBU aux présidentielles est à la 4e position dans sa commune natale de Bubanza (ouest de Bujumbura). Même l'honorable Pie Ntavyohanyuma, président de l'Assemblée nationale et ardent militant du parti présidentiel, CNDD-FDD, n'est pas tête de liste dans sa commune natale à Kayanza (Nord). Les candidats malheureux n'ont rien à redire, car le vote est à la fois secret et libre.
Vote sanction
Aux yeux des faiseurs de rois que sont les militants des partis à la base (commune), les mandataires mal-aimés sont surtout ceux qui ne les fréquentent qu'à l'approche des élections pour quémander des voix. "Dès qu'ils sont élus, ils vont s'incruster à Bujumbura, la capitale, et jouissent pleinement de nombreux avantages inhérents à leur mandat sans plus jamais se soucier des difficultés qui assaillent ceux qui les ont propulsés dans les hautes sphères de l'administration publique ou au Parlement", se plaint Pie Niyungeko, un des militants percutant de l'Uprona de la commune Mugamba.
D'autres élus évitent cette sanction. C'est notamment le cas de Léonce Ngendakumana, député et président du parti Frodebu, sorti à nouveau tête de liste pour les communales du 21 mai dans sa propre commune d'Isale à Bujumbura rural. "Il est toujours resté à nos côtés et a toujours plaidé pour que Bujumbura rural soit pacifié comme le reste du pays. C'est quelqu'un qui connaît tous les recoins de sa commune", déclare Raphaël Niyokindi, un militant de son parti Frodebu. Quelques femmes surfent aussi sur la vague du succès, parmi les élus d'hier qui gardent encore la confiance des électeurs. "C'est le signe de maturité politique des électeurs, ils se refusent d'avaliser un candidat les yeux fermés", conclut Pierre Niyongere, professeur.
Priorité à la proximité
Contrairement aux précédents scrutins, les élections de 2010 devraient ainsi permettre aux garçons ou filles du terroir d'intégrer la cour des grands. "Le conseil communal était dominé par des hauts cadres déconnectés des réalités de la commune puisqu'ils ne vivent même pas dans la province. Cette fois, les électeurs ont privilégié les candidats qui y vivent", confie Joseph Nsabiyabandi, notable investi de la commune Mugamba. Dans la plupart de cas, c'est l'administrateur, le directeur d'école ou l'agronome qui sont en tête des listes bloquées pour les communales. Au-delà de ce sens élevé de la démocratie, selon de nombreux témoignages, certains candidats résidant sur place auraient réussi à damer le pion aux grosses pointures à coup de pots de vin, profitant de leur proximité.
Ainsi, les militants à la base douchent les espoirs des caciques des partis. Ils mettent d'ailleurs en garde leurs états-majors afin qu'ils ne changent pas l'ordre des candidats avant d'acheminer les listes à la commission électorale. "C'est déjà arrivé en 2005, rappelle Aloïs Niyongere du parti Uprona, que les listes soient chambardées pour mettre en position utile tel ou tel autre candidat proche du président du parti. Si le même phénomène se reproduit, nous allons bouder le vote."
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