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LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU BURUNDI
Par Elie NKESHIMANA
 Le 03 décembre 09

Excellence Monsieur le Président de la République,

C’est avec grand respect que je me permets de m’adresser à vous en votre qualité de Chef d’Etat, Commandant en Chef des Forces de Défense Nationale, de Chef Suprême de la Magistrature pour vous faire part de ma préoccupation quant à l’avenir du Burundi sous la conduite de notre Parti, le CNDD-FDD. Ne vous inquiétez pas, j’appartiens à ce Parti depuis sa création et c’est pour cette raison que je m’arroge le droit de vous faire un clin d’œil afin que le pays ne plonge plus dans le cycle infernal du génocide des HUTU et des TUTSI et dans le marasme économique qui est devenu plus inquiétant depuis votre élection à la tête du pays.

En effet, depuis que le Burundi existe en tant qu’Etat-Nation, le peuple burundais est et reste jalousement attaché à sa terre, à sa culture, à sa souveraineté et à son développement en dépit des difficultés de tous ordres auxquels il a fait face notamment les conflits fratricides de 1965, 1969, 1972, 1988 et de 1993 jusqu’en 2009. Il importe toutefois de signaler que de toutes ces confrontations, aucune n’a été aussi meurtrière que celle que vous avez mené personnellement : la pose des mines en Mairie de Bujumbura qui ont sauvagement mutilé les corps et parfois emporté la vie de paisibles et innocents citoyens. Vous avez été condamné par la justice burundaise mais en raison de votre statut et grâce aux pressions de tous genres exercées sur le peu de parlementaires qui vous restent, vous avez pu contourner illégalement les dispositions de la Constitution qui vous barraient la route à votre réélection à la tête du pays. Non seulement le peuple burundais est tristement désemparé mais il s’interroge surtout sur le sort que lui réserve l’avenir au regard de la mauvaise gouvernance que vous venez d’instaurer dans le pays. La tricherie dans le jeu démocratique, l’insécurité, la gabegie, la corruption ainsi que la violation flagrante de la loi et des droits de la personne humaine sont devenues monnaie courante. En commettant ces forfaits, vous vous imaginez que la Communauté Internationale ne vous observe pas. Vous vous trompez : elle suit à la loupe vos activités par ses missions diplomatiques interposées. Donc, le fait de majorer l’aide au développement comme ce fut le cas de la Belgique en octobre 2009 ne doit pas être interprété comme un soutien à votre mode de gestion des affaires publiques. Loin de là. Le Royaume de Belgique comme tous les autres pays de l’Union Européenne ainsi que d’autres partenaires du Burundi se soucient beaucoup plus de la vie des burundais que de votre gestion défectueuse. La continuité de l’Etat doit primer sur toute autre considération. Voilà donc l’unique raison qui justifie la persévérance de la Communauté Internationale dans l’aide au développement malgré les désordres multiformes qui s’observent aujourd’hui dans tous les secteurs de la vie nationale. Les faits sont éloquents :

La sécurité intérieure
Point n’est besoin de souligner que rien ne va au Burundi que ce soit au niveau des personnes ou de leurs biens. Tenez. Depuis votre élection à la tête du pays en 2005, on enregistre chaque jour des morts et des blessés sur toute l’étendue du pays, des vols à main armée et d’innombrables cas de viol sans parler des emprisonnements arbitraires, des cas de tortures, des actes d’intimidation posés sans cesse par la milice du CNDD-FDD (IMBONERAKURE) que vous avez personnellement créée sans qu’aucune action administrative ou judiciaire ne soit menée à leur encontre… De même, tous les burundais gardent un souvenir macabre des tueries de Muyinga, Kinama, Kayogoro, Nyanza-Lac, l’assassinat du Vice-Président de l’OLUCOME, Ernest Manirumva, le lynchage à mort de Salvator NSABIRIHO, etc… Bref, la préoccupation majeure des burundais est et reste la sécurité car celle-ci se dégrade dangereusement au fil des jours. Et si la Communauté Internationale n’y accorde pas une attention particulière, adieu la démocratie naissante et la paix fragile et bienvenue le chaos. Plus dangereux que cela puisse paraître sur le plan national ou international, c’est que le Chef de la Police Présidentielle à savoir, le Général Adolphe NSHIMIRIMANA, Administrateur Général de la Sûreté Nationale, vient d’être cité dans un rapport accablant du Conseil de Sécurité des Nations Unies : il est accusé d’être de mèche avec les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) pour déstabiliser l’Est de la RDC et le Rwanda. Il a, en effet, autorisé que le FDLR se serve du Burundi comme d’une part, une base arrière pour attaquer nos deux voisins directs et, d’autre part, une plaque tournante pour le trafic de drogues et de minerais extraits du sous-sol congolais. Logiquement, le Général NSHIMIRIMANA ne peut en aucun cas s’arroger un tel pouvoir sans l’accord préalable de son chef qu’est le Président de la République du Burundi. Par conséquent, votre silence de même que le maintien du Général Adolphe NSHIMIRIMANA à la tête du Service National de Renseignement (SNR) est interprété par l’opinion nationale et internationale comme un soutien indéfectible à ce Général qui applique à la lettre la politique de votre gouvernement. Donc, tout le monde vous considère comme complice du Général Adolphe NSHIMIRIMANA et du Général BUNYONI, Ministre de la Sécurité Publique du Burundi, dans ce dossier ! Tant que vous ne vous désolidariserez pas avec ces généraux véreux, le Burundi se retrouvera, un beau matin, face à face avec les Forces Armées du Rwanda et de la RDC, seule solution pour mettre fin à votre incapacité à punir cette bande de criminels qui vous entoure.

La situation politique
Il n’est un secret pour personne que tous les indicateurs sont au rouge. En effet, l’emprisonnement arbitraire des députés Hussein RADJABU, Pasteur MPAWENAYO et Gérard NKURUNZIZA, d’autres détenus politiques tels que Jean NDIKUMANA et Baudouin RIBAKARE et la radiation des 22 députés en sont des exemples éloquents. Les pays de la sous-région ainsi que la Communauté Internationale de même que certaines organisations internationales telle que l’Union Interparlementaire vous ont demandé très respectueusement de les libérer mais vous persistez à faire la sourde oreille. Vous persistez et signez plutôt que leur cas sera réexaminé après les élections de 2010. Oui, vous avez le pouvoir en main, mais faites gaffe d’en abuser. Soyez sûr que demain ce pouvoir sera dans les mains d’une autre personne et cette fois-là, on l’utilisera non pas pour se venger mais assurément pour sanctionner les crimes politiques, économiques et financiers qui caractérisent votre pouvoir dictatorial.

Oui, dictatorial, puisqu’il n’existe point de dialogue véritable, de consensus négocié entre vous et vos partenaires sociopolitiques. En effet, le pseudo cadre de dialogue n’a été crée que pour camoufler les actes de persécution et de répression incontrôlée commis par la police présidentielle. Autrement dit, ce cadre n’existe que dans le seul but de couvrir votre plan d’élimination physique de ceux qui ne pensent pas comme vous, qui ne se soumettent pas à votre diktat, qui ne vous soutiennent pas dans vos magouilles caractérisées par votre insatiable appétit d’enrichissement rapide. Par ailleurs, la persécution, la recrudescence d’actes d’intimidation, de harcèlement et de menaces contre les membres des Partis Politiques à savoir l’UPD, le MSD et le FNL ainsi que les militants de la Société Civile de même que la mesure d’annulation de l’ordonnance portant agrément légal du Forum pour le Renforcement de la Société Civile (FORSC) constituent une preuve irréfutable de votre détermination à museler les jeunes partis politiques émergents et la société civile afin que vous puissiez vous retrouver seul avec les formations politiques que vous aviez facilement vaincues aux élections de 2010 ! C’est une grave violation des droits humains que le peuple burundais ne doit plus tolérer surtout en cette période décisive de son histoire. Concernant le refus de vos pairs de vous confier la présidence de l’East African Community, cessez de nous répéter que cela est due à votre calendrier chargé durant l’année 2010. Non. Les Chefs d’Etat de l’EAC sont au courant de votre incapacité notoire à diriger une telle organisation et surtout de votre gestion calamiteuse des affaires publiques dans votre pays.

Sur le plan diplomatique
Le Burundi n’avait jamais été aussi mal coté qu’aujourd’hui. En effet, les diplomates sont nommés sans tenir compte des critères objectifs ; seul le militantisme prime sur toute autre considération. Tenez. Comment peut-on envoyer à New-York, un poste important et délicat, un homme tel que NTAKARUTIMANA Joseph qui a lamentablement échoué au Ministère en charge de la Bonne Gouvernance, un pseudo diplomate sans formation académique suffisante, sans aucune expérience diplomatique et espérer qu’il fasse des merveilles ! Effectivement, il a fait des merveilles dans le sens négatif du terme. Mais au lieu de le sanctionner, vous l’avez promu. Et voilà que rien ne va dans le secteur diplomatique. Une autre bavure aussi grave que la précédente, c’est votre décision déshonorante d’envoyer à la retraite de nombreux cadres tutsi et hutu de l’opposition dudit Ministère avant l’âge légal (65 ans) ainsi que le rappel injustifié et prématuré des Ambassadeurs Tutsi du CNDD-FDD et Hutu de l’opposition (Kigali-Ottawa-Moscou-Tripoli-Rome-Washington) et leur refus de rentrer au pays en disent long.

La situation économique
Le peuple burundais ne cesse de vous recommander très respectueusement de vous prononcer sur les dossiers qui ont entaché la réputation de notre Parti, le CNDD-FDD, Parti qui vous a propulsé à la tête du pays alors que vous n’étiez pas le plus méritant. Il s’agit des dossiers tels que FALCON 50, INTERPETROL, PETROLE NIGERIAN, HARICOT, UNIFORMES DES POLICIERS, etc.… Vous faites semblant d’oublier que le rapport d’enquête parlementaire est disponible depuis plus d’une année dans les tiroirs du Président de l’Assemblée Nationale, l’homme que l’on considérait jusqu’à un passé récent comme un personnage intègre !

Tout le monde sait pertinemment que l’avion présidentiel a été vendu à moindre coût en violation flagrante de la loi en la matière mais curieusement, les présumés coupables prennent du plaisir à mener une vie agréable et dépourvue de tout souci pendant que l’Ambassadeur NTACOBAMAZE Salvator dont le dossier n’est pas encore techniquement confectionné, est déjà écroué à la prison centrale de MPIMBA. Le seul grief à sa charge est d’avoir dénoncé l’embauche des personnages étrangers dans les dossiers secrets du CNDD-FDD et d’autres dossiers louches. Un autre dossier non moins important concerne le pétrole nigérian qui n’est pas budgétisé afin de contribuer au développement national. Vous préférez transférer tout cet argent sur votre compte personnel.

Enfin, où en est-on avec le dossier INTERPETROL ? Nous savons qu’il y a eu intervention de l’Administrateur Général de la Sûreté Nationale, le Général Adolphe NSHIMIRIMANA, pour faciliter la fuite du Président de la Société INTERPETROL à l’extérieur du pays. Aujourd’hui, INTERPETROL travaille sans être inquiétée !

Quoiqu’il en soit, la vérité sur toutes ces questions devra être étalée au grand jour car, personne au sein de notre Parti n’acceptera plus jamais que le CNDD-FDD soit considéré comme responsable de tous les malheurs des burundais. Comme le disait si bien Monsieur BARAKAMFITYE Diomède du LEADERSHIP INSTITUTE « nul n’a le droit d’hypothéquer l’avenir du peuple burundais en le privant de son développement que sont l’appui de la communauté internationale et les recettes de l’Etat. Même pas un gouvernement élu s’il s’avère qu’il est irresponsable et corrompu à ce point ».

Si vous croyez véritablement en Jésus-Christ, ayez le courage de vous repentir, de demander pardon à Dieu pour les souffrances atroces que de nombreux burundais parmi lesquels des détenus politiques dont vos compagnons de lutte Hon. Hussein RADJABU, Prosper MPAWENAYO, Gérard NKURUNZIZA, Jean BIGIRIMANA et Baudouin RIBAKARE sont entrain de subir injustement depuis bientôt trois ans !

Si vous êtes réellement chrétien, ayez le courage de vous retirer honorablement de la course à la Présidence de la République pour laisser la place à celui qui peut sauver ce Parti aujourd’hui aux abois. Sinon, sa descente aux enfers va s’accélérer à tombeau ouvert de façon que d’ici le mois de mai 2010, il ne restera que le couple présidentiel (Mr et Mme NKURUNZIZA) derrière votre candidature.

Si vous êtes réellement croyant, vous devez vous débarrasser sans délai de certains hauts cadres qui ne font que vous déshonorer davantage. C’est le cas notamment du Général Adolphe NSHIMIRIMANA, Administrateur Général de la Sûreté Nationale et le Général BUNYONI, Ministre de la Sécurité Publique, tous deux commanditaires principaux de tous les assassinats politiques et autres tueries, de Messieurs Joseph NTAKARUTIMANA et Jean-Marie RURIMIRIJE, respectivement Conseiller Principal chargé des Questions Diplomatiques et Chargé de Mission à la Présidence de la République qui sont plus courtisans que technocrates et partant, incapables de vous donner des conseils judicieux dont vous avez besoin pour relever la diplomatie burundaise aujourd’hui en décadence.

Si vous croyez sincèrement à la Parole du Seigneur, ayez le courage d’annuler la décision de la Cour Constitutionnelle ainsi que l’ordonnance ministérielle n°530/1490 du 23 Novembre 2009 afin de réhabiliter les 22 députés injustement radiés de l’Assemblée Nationale et le Forum pour le Renforcement de la Société Civile (FORSC) dans leurs droits.

Si vous êtes bon croyant, prenez vos responsabilités en déclarant publiquement et en toute honnêteté vos biens comme l’exige la loi et exigez que vos proches collaborateurs fassent de même.

Si vous croyez véritablement aux enseignements de la Bible, demandez aux partenaires internationaux du Burundi d’extrader l’ancienne Ministre des Finances, Denise SINANKWA, et à l’Assemblée Nationale de convoquer l’actuelle Ministre des Finances et celui des Relations Extérieures et de la Coopération Internationale ainsi que celle du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme, respectivement Clotilde NIZIGAMA, Augustin NSANZE et Euphrasie BIGIRIMANA pour s’expliquer devant le Parlement burundais sur les dossiers INTERPETROL et Pétrole Nigérian avant les élections de 2010 afin que toute la lumière soit faite sur la gestion des fonds collectés depuis plusieurs années déjà et qui se sont volatilisés sans laisser des traces.

Si vous êtes vraiment bon croyant, ordonnez vos services de mettre fin sans délai aux actes avérés de violence y compris des assassinats et actes d’intimidation à l’égard de la Société Civile et des Partis Politiques, spécialement l’UPD, le MSD et le FNL. Qu’ils mettent fin également à leurs tentatives d’annulation de l’agrément de l’UPD et du MSD.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de mes meilleurs sentiments.