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Lettre ouverte à l'honorable Pascaline KAMPAYANO
(Par Déo NIYONKURU)
Le 30 mars 10
Chère candidate,
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais tout d’abord vous dire que la date du 21 mars 2010 m’offre l’agréable et heureuse occasion de vous adresser mes sincères et fraternelles félicitations pour votre élection comme candidate de l’UPD à l’élection présidentielle de juin 2010. En effet, par cette victoire, vous venez de prouver aux yeux de la communauté internationale en général et du peuple burundais en particulier qu’il est temps que le Burundi change le fusil d’épaule en confiant les plus hautes responsabilités du pays à une femme jouissant d’une maturité politique exceptionnelle : votre expérience politique et surtout votre détermination à bâtir un Burundi véritablement démocratique.
Il est vrai, certes, que vous avez acquis une maturité politique hors du commun et une longue expérience dans les affaires politiques nationales et internationales, mais n’oubliez pas que la Présidence de la République à laquelle vous aspirez aujourd’hui est convoitée par d’autres personnalités qui ont également une longue expérience politique. Cela ne doit pas vous décourager pour autant, encore moins vous faire peur. Vous avez plusieurs atouts : une large vision politique, le verbe facile et une maîtrise parfaite de votre langue maternelle et des langues de la Communauté Est Africaine et de la CEPGL, des contacts solides avec les dirigeants des pays de la sous-région notamment.
Toutefois, votre Parti l’UPD, devra travailler d’arrache-pied pour vous soutenir fortement et massivement dans votre combat en mettant prioritairement en place une équipe multidisciplinaire pour vous encadrer avant et pendant la campagne électorale, un véritable centre de conception, de direction et d’organisation qui va travailler en synergie avec d’autres organes similaires des Partis de l’Opposition, si cela s’avère nécessaire à l’élaboration des stratégies qui vous conduiront sûrement à une victoire écrasante dans les jours à venir. Mais d’autres préalables s’imposent.
En ce qui vous concerne personnellement, nous attendons un discours réaliste qui mettra en évidence les capacités de l’UPD à sortir le Burundi des ténèbres de la sauvagerie dans laquelle il a été plongé par le régime en place, un discours qui mettra en exergue votre politique à éradiquer la pauvreté ainsi que votre détermination à assurer la sécurité pour tous, l’égalité entre les filles et fils du Burundi, un discours qui va traduire en termes clairs, haut et fort, votre ferme engagement à recouvrer une paix durable, une justice équitable et à combattre le chômage, le viol et les violations des droits humains, l’impunité, etc.
Le développement national devra être également au centre de vos préoccupations quotidiennes. Sachez toutefois qu’un discours concis est mieux apprécié que les diatribes et dithyrambes des politiciens immatures. Je reste donc persuadé que grâce à votre sagesse, vous ne verserez point dans des critiques amères ou injurieuses, dans des louanges excessifs de vos réalisations ou de vos projets. Le peuple burundais est fatigué des discours démagogiques et des promesses alléchantes, néanmoins irréalistes, telles que la construction des aéroports internationaux à l’intérieur du pays, la construction des universités dans différentes provinces du Burundi, etc. Faire des promesses dans le seul but d’attirer la sympathie et le soutien du peuple burundais relève d’une conduite tonitrueuse et sans scrupule ; une conduite qui symbolise, à mon humble avis, le caractère de quelqu’un qui agit à la légère et qui manifeste un manque de respect à l’égard de son peuple. Je vous invite très respectueusement à éviter et à vous débarrasser des hommes politiques qui affichent un comportement aussi indigne et dégradant qui ne peut conduire, en fin de compte, qu’à la déchéance la plus totale.
Aujourd’hui plus que jamais auparavant, tous les indicateurs socio-économiques sont au rouge, raison pour laquelle les burundais ont tant besoin d’un changement radical. En effet, nombreux parmi eux ont été profondément déçus par le comportement des dirigeants issus du CNDD-FDD de la base au sommet, et surtout par leur gestion défectueuse. Non seulement ils ont vidé les caisses de l’Etat et installé un mode de gestion caractérisé par la corruption et la gabegie, mais ils ont également brillé dans le massacre des populations innocentes dans diverses localités du pays. De même, la résurgence des mouvements de grèves dans les écoles primaires, secondaires et à l’université ainsi que dans les dispensaires et hôpitaux publics, la flambée de l’inflation qui mine l’économie nationale, la dépréciation de la monnaie, etc., constituent autant exemples qui expliquent le ras le bol de la population envers le Pouvoir en place. Voici donc en peu de mots un tableau qui retrace grosso modo le fond ou les sujets de vos interventions au cours de la campagne en vue.
Je voudrais par ailleurs vous révéler que les hommes tutsi et hutu ont lamentablement échoué dans la gestion des affaires publiques ; par conséquent, l’heure a sonné pour que la femme burundaise saisisse la balle au bond et manifeste ses valeurs et ses capacités à assumer les plus hautes charges de l’Etat. N’oubliez pas que les femmes représentent 52% de la population burundaise. C’est donc un atout majeur qui pourrait vous avantager si vous l’exploitiez de manière efficiente. Je n’ai rien à vous apprendre car vous connaissez mieux que moi la façon dont il faudra les aborder et les convaincre. Bref, une force à ne pas minimiser ; il faudra plutôt composer avec elle si vous voulez réellement gagner les élections.
Je m’en voudrais de ne pas vous inviter à être plus sensible à la récente déclaration du Ministre de la Défense Nationale et des Anciens Combattants. Il ne faut rien banaliser pendant une période aussi cruciale que celle-ci surtout quand il s’agit de la sécurité nationale. Vous vous souviendrez, en effet, que la Documentation Nationale était au courant du putsch du 21 octobre 1993, profitant notamment du laxisme et de l’inexpérience de certains hauts cadres de la Documentation Nationale, les putschistes n’ont eu aucune difficulté à exécuter leur projet diabolique qui a plongé le Burundi dans les ténèbres de la barbarie pendant plus d’une décennie. Les IMBONERAKURE et les soi-disant vigiles de la Compagnie de Gardiennage et de Prévention qui sèment la terreur dans tout le pays sont tous des militaires et rebelles démobilisés. Ils seraient prêts à commettre l’irréparable si des mesures appropriées n’étaient pas prises rapidement. Prenez donc au sérieux cette déclaration et confiez le travail d’enquête et d’analyse à votre laboratoire avant de tirer les conclusions qui s’imposent.
Enfin, permettez-moi de vous réitérer mes vives félicitations et vous exprimer mes vœux de victoire à l’élection présidentielle de juin 2010.Bonne chance!
Deo NIYONKURU
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