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Les défenseurs des droits de l'homme sur leurs gardes
(Source: FORSC)  
 Le 31 juillets 10

Farouchement déterminés à traquer sans relâche toute entorse aux droits de l'Homme, des défenseurs burundais dénoncent une manipulation du pouvoir qui, par différents moyens, tenterait de les fragiliser.

Ils se disent infiltrés par le pouvoir. Pour mieux résister à cette tendance qui vise, selon eux, à les fragiliser, ils ont décidé en juin dernier de mettre sur pied une association.
A vocation régionale, cette dernière souhaite développer des liens entre structures spécialisées pour mieux résister aux manouvres des pouvoirs en place. "Le gouvernement nous assimile toujours aux opposants. Certainement parce qu'il est embarrassé par notre détermination à dénoncer les violations des droits humains. Nous ne baisserons jamais la garde, mais nous n'avons pas d'ambitions politiques", assure un défenseur des droits humains qui craint pour sa sécurité.

L'OLUCOME (Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques), l'APRODH (Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues) ou encore le FORSC (Forum pour le renforcement de la société civile) se disent particulièrement surveillés. "Ce n'est plus un secret pour personne : le pouvoir fait tout pour infiltrer les grandes associations de la société civile afin d'émousser leur élan critique. Il crée également des associations fantoches pour vanter son action", susurre un militant des droits de l'Homme.

Syndicats et avocats divisés

Le même phénomène s'observe au niveau des syndicats. En avril dernier, deux structures ont ainsi été créées en pleine grève illimitée déclenchée par tous les autres syndicats de l'enseignement pour obliger l'État à tenir ses engagements financiers.

D'entrée de jeu, ces nouvelles organisations syndicales ont fait allégeance au gouvernement en s'engageant publiquement à ne jamais observer d'arrêt de travail, quel que soit l'objet de leur revendication. "Nous exhortons tous nos militants à ne pas se joindre aux grévistes et à exprimer leurs revendications tout en étant au travail", avait alors lancé Victor Ndabaniwe, président du syndicat CEPBU. "Il s'agit de syndicats fantoches créés de toutes pièces par le pouvoir afin de neutraliser l'action des véritables syndicats. Mais, nous sommes convaincus que les enseignants comprennent notre cause et qu'ils restent derrière nous", faisait observer Philibert Ngezahayo, président du CONAPES, le principal syndicat des enseignants du secondaire.

Le même climat de fronde et de divisions internes traverse d'autres associations ou structures de la société civile qui se refusent à se faire les chantres de l'action gouvernementale.

Au mois d'avril dernier, l'ordre des avocats a été en quelque sorte dupliqué. Six avocats ont fait bande à part et mis sur pied leur propre barreau. "Nous l'avons fait dans le but de rapprocher la Justice des justiciables. C'est l'objectif du gouvernement actuel : voilà pourquoi le ministre de la Justice et Garde des sceaux ne pouvait pas nous refuser l'agrément", explique maître Raphaël Gahungu, président du nouvel Ordre des avocats de Gitega. "Le ministre a trahi la Constitution en validant ce nouveau barreau", déclare pour sa part maître Isidore Rufyikiri, bâtonnier de l'Ordre des avocats du Burundi.

Les autres avocats sont persuadés que le pouvoir veut les infiltrer en mettant en place un barreau qui lui est soumis. La création de ces structures concurrentes ne serait payante qu'à court terme selon certains. "Il naît souvent des associations qui se disent mues par le souci de défendre les droits humains, mais elles ne font pas long feu, car les bailleurs de fonds qui soutiennent les vraies associations ne tardent pas à s'apercevoir de la supercherie", fait remarquer Isidore Nkundwanabake, politologue.