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La "CEALT" ou Le Salut pour le CNDD-FDD ?
Par Vincent Nsengiyumva
Le 14 avril 10
A la tête de ce qui a été baptisé "Coalition pour des Élections Apaisées, Libres et Transparentes" ou CEALT en sigle, le CNDD-FDD du président Nkurunziza vient de mériter l'appui de dix partis politiques sur les 44 qui sont officiellement reconnus au Burundi. Ainsi les lignes d'affrontement politique se tracent en vue du scrutin de 2010 au Burundi. Avec peu de chances de se trompent, les prochaines élections seront livrées entre deux familles politiques, chacune ayant arrêté des stratégies claires visant à maximiser son score. Si c'est le cas, l'émergence officielle de la première coalition politique dégagerait un nombre d'indices importants sur la suite d'événements dans cette période électorale. Cet article va se concentrer sur l'analyse de la CEALT, sa composition et son apport global surtout pour le gouvernement sortant. Pourra-t-elle produire des solutions miracles et servir de l'outil politique qu'il faut pour enfin ragaillardir le gouvernement sortant en face d'une opposition politique dont la popularité ne cesse de grandir?
* Lisez les termes de cette Coalition; [(CEALT ou CELAT), c'est un bon début.]
Le CNDD-FDD avait-t-il besoin d'une "Coalition"?
En politique, les coalitions n'existent (généralement) que dans des situations où une entité politique se rend compte de sa faiblesse et par conséquent tente de se renforcer en s'alliant avec d'autres entités dans le but d'aboutir à ses objectifs. Dans son état actuel, le parti de l'Honorable Jérémie Ngandakumana n'échappe pas à cette thèse. Ayant écarté l'architecte de sa triomphe lors des scrutins de 2005 (l'Honorable Hussein Radjabu) ainsi que plusieurs de ses cadres, le Régime Nkurunziza n'est plus ce qu'il était il y a cinq ans. Plus que jamais, le gouvernement sortant avait besoin de se consolider et créer une sorte de "momentum". De ce fait la CEALT ne vient qu'authentifier réellement la faiblesse du CNDD-FDD au niveau de la popularité - et surtout l'angoisse qui prévaut dans le camp présidentiel. Comme le malheur ne vient jamais seul, des signes tangibles d'un manque de cohésion interne au sein de cette formation commencent à se manifester alors que le bilan de son mandat sera très difficile à défendre devant le Peuple burundais - surtout que l'opposition aura su noter toutes les dérives du pouvoir et n'hésitera pas de les étaler au grand public pendant la campagne électorale. Ainsi, tout observateur avisé de la politique burundaise ne peut que conclure qu'en dehors d'une robuste coalition, les chances du CNDD-FDD de former le prochain gouvernement sont minces. Simplement! Mais alors, une 'Coalition' du style CEALT suffira-t-elle pour renouveler le mandat au gouvernement sortant?
L'Anatomie du CEALT
"Entre le sublime et le ridicule, il n'y a qu'un pas", a dit Napoléon Bonaparte- et certains milieux politiques à Bujumbura estiment que le CNDD-FDD vient de franchir ce pas avec le type de coalition qu'il vient de produire. Personnellement, je n'irais pas jusqu'à ce point - mais presque. Je m'explique. En se référant sur les résultats de 2005, l'apport global des 10 partis (ensemble) auquel l'Ambassadeur Ngendakumana a préféré s'associer avoisinait 0% (zéro) de l'électorat. Même «le plus fort» parmi eux (le RPB) n'a récolté que 7 sur les 3.225 sièges, c'est-a-dire 0% (zéro) au niveau des communales. Les autres ne sont que du style du 'one man party' ou carrément inexistant sur terrain. Plus encore, un rapprochement avec certains politiciens comme M. Jacques Kenese ne fera que valider certains des attributs que l'opposition colle au pouvoir actuel. Bref, même étant à la tête de cette coalition, le CNDD-FDD projette l'image d'un parti désorienté, qui se recherche toujours et qui ignore complètement ses points forts. Généralement, une alliance déficitaire est un suicide politique- tout comme une coalition gagnante n'a pas de prix.
Stratégiquement parlant, les stratèges du CNDD-FDD ont fait un épouvantable travail - et cela risquerait de coûter cher en terme électoral aux vainqueurs de 2005 - à moins d'un miracle.
Une Alliance qui reflète bien le Régime Nkurunziza
En faisant une analyse (rétrospective) de l'action du gouvernement sortant, une chose devient clair : on a l'impression que les tenants du pouvoir depuis 2005 ne visaient qu'un seul mandat - ni plus, ni moins. Que ce soit au niveau des politiques sociales avancées (plantation des avocats comme politique agricole dans un pays où des paysans meurent de faim dans certaines régions du pays), au niveau de la bonne gouvernance (une corruption chronique jusqu'au plus haut sommet de l'État, le gouvernement étant très permissif dans ce domaine) - l'échec lamentable de concocter un rapprochement sûr avec un ou deux partis politiques majeurs sur la scène politique burundaise pour assurer le renouvellement de leur mandat. Au contraire, le régime Nkurunziza et le CNDD-FDD (par biais des Imbonerakure dirigé par M. Ézéchiel Nibigira) n'auraient fait que mater les opposants, 5 ans durant. Du FNL à l'UPD en passant par le MSD, de Ndayizeye à Kadege, l'oppression était presque aveugle - Que le CEALT ait accouché d'une souris, cela ne devrait étonner personne car ce résultat reflète bien le régime Nkurunziza, dès le début. Ici aussi, les stratèges du pouvoir en place (si stratèges il y a en) ont failli à leur tâche.
En effet, c'est l'arrogance politique - conscient ou inconsciente - qui aura conduit les dirigeants actuels à discréditer le rôle décisif qu'a joué le Peuple dans leurs victoires électorales à tous les niveaux en 2005. Il parait que les triomphes électorales de 2005 n'étaient que "La Volonté de Dieu".
Conclusion
Un membre du parti au pouvoir (et un ami personnel) reste pourtant amplement optimiste, même devant cette situation. "Tout n'est pas perdu car l'opposition engorge d'autres partis que nous allons coopter dans la CEALT bien avant les élections". Tout en lui souhaitant que tout se passe comme il le souhaiter, j'ai ajouté deux choses : (1) Le CNDD-FDD devrait revoir considérablement à la baisse son appétit du pouvoir s'il veut élargir sa coalition avec des partis de gabarit qu'il faut pour une victoire, et que (2) en face de l'actuelle 'coalition' du CNDD-FDD une combinaison d'au moins trois partis (ou plus) dans l'opposition actuelle, (FNL, UPD, MSD, Frodebu, CNDD et l'Uprona) commanderait aisément la prochaine législature. Le salut du régime Nkurunziza, si salut il y en aura, devrait s'attarder encore.
En attendant, l'espoir c'est tout ce qui nous reste et le gardera
Par Vincent Nsengiyumva
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