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 Actualités

Fraude à la carte d'identité pour préparer les élections.
(Source: Syfia Grands Lacs)  
 Le 12 février 10

L'enrôlement des électeurs, pour les scrutins qui commencent en mai au Burundi, a pris fin le 9 février. De nombreuses fraudes à la carte nationale d'identité, nécessaire pour s'inscrire sur les listes électorales ont été signalées. Malgré les assurances de la CENI, des Burundais s'inquiètent.

"Ma carte d'identité m'est parvenue à mon domicile. Je ne pouvais pas aller la demander moi-même à la commune : je n'ai que 15 ans", raconte, en toute innocence, une écolière de la sixième primaire de Kamenge, une des communes urbaines au nord de Bujumbura, la capitale du Burundi. Légalement, ce n'est qu'à 18 ans qu'on peut l'obtenir. La carte nationale d'identité, qui permet d'obtenir celle d'électeur, a donné lieu à bien des trafics alors que se déroulait, du 21 janvier au 9 février, l'inscription sur les listes électorales. Ce qui inquiète de nombreux Burundais.

La carte est, en effet, l'objet des convoitises des responsables des partis politiques qui veulent que seuls leurs militants l'aient. Ainsi chaque jour, des tricheries, des fraudes sur les cartes sont signalées dans les centres d'enrôlement. "Aujourd'hui, nous avons rejeté trois écoliers de 14, 15 et 16 ans qui venaient se faire inscrire", témoigne Denis Bukuru et les autres mandataires des partis politiques (FNL, FRODEBU, CDP, CNDD, CNDD-FDD et UPRONA), venus surveiller les inscriptions au centre Mirango II à Kamenge. Ils ont aussi attrapé des gens qui avaient des cartes délivrées dans des communes éloignées et portant curieusement des numéros successifs.

Plusieurs cartes pour plusieurs votes
Selon de nombreux témoignages des bureaux de vote, des militants de certains partis, en complicité avec des administrateurs communaux, se font délivrer plusieurs cartes d'identité pour s'inscrire dans plusieurs centres. Certains étrangers, congolais surtout, longtemps établis au Burundi, sans avoir les moyens de se procurer la carte pour étrangers, qui coûte entre 100 et 1000 $, ont aussi reçu cette fameuse carte. "Si les politiciens nous distribuent la carte en échange de nos voix, c'est une aubaine pour tout étranger pauvre", explique sans ambages un Congolais, établi sans visa à Bujumbura depuis bientôt cinquante ans.

Dans les campagnes, certains militants, qui ne veulent pas qu'on vote pour les concurrents de leurs candidats, rachètent aux paysans pauvres le récépissé qui leur permettra d'obtenir la carte d'électeur. A Rumonge, au sud du pays, le récépissé coûte entre 5 $ et 20 $. Une bonne affaire pour des paysans pauvres et affamés.

Le PNUD en collaboration avec le ministère de l'Intérieur a financé la carte d'identité pour tous les citoyens en âge de voter. Mais de nombreux Burundais n'ont pas pu l'obtenir de l'administration communale. Selon la présidente de la CENI (Commission électorale nationale indépendante), "alors que les demandeurs de la carte étaient très nombreux, ces administrations de base leur disaient que les fiches pour fabriquer ces cartes d'identité étaient terminées et qu'il n'y en avait plus en stock". C'était, en fait, ajoutent certains la réponse donnée à qui venait demander la carte sans être membre du parti au pouvoir. Beaucoup de citoyens se sentaient ainsi frustrés de ne pas pouvoir s'inscrire pour voter.

Ruée de dernière minute
C'est pour débloquer la situation et apaiser les esprits que, la dernière semaine de l'enrôlement, la CENI a autorisé, en remplacement de la carte, l'attestation d'identification pour se faire inscrire comme électeur. C'est une fiche remplie et signée au bureau d'inscription par le chef de quartier, au vu des recenseurs et des mandataires des partis politiques. Immédiatement, les bureaux d'inscription ont été submergés par des femmes, des hommes, des étudiants qui n'avaient pas eu accès à la carte d'identité.

Evangéline Muhawenimana, encadreuse au centre Mirango II, le constate : "A partir du 3 février, nous avons reçu jusqu'à 400 personnes par jour, tandis qu'avant l'introduction de cette attestation, nous ne dépassions jamais 180". Au vu de cette affluence, les inscriptions ont été prolongées jusqu'au 9 février et les recenseurs ont même travaillé les dimanches.

Cependant, les tricheries et les fraudes observées ces derniers temps font craindre pour la régularité des élections. "Quand on cherche plusieurs cartes d'identité, on espère voter plusieurs fois. Mais cela veut dire que l'on est sûr de pouvoir effacer l'encre indélébile dont on marquera tout électeur au sortir de l'urne", réfléchit un fonctionnaire qui préfère reste anonyme.

La CENI se veut rassurante. Elle estime que les mécanismes de contrôle, mis en place à chaque étape du processus électoral, pourront facilement permettre de déceler les cas de fraude. Selon elle, lors de la constitution des listes, les doublons seront automatiquement rejetés par la machine ; en cas de tentatives de voter sous plusieurs noms, les gens de la colline seront là pour dire qu'ils ne connaissent pas cette personne ; l'encre indélébile pourra aussi faciliter le repérage de tricheurs. Enfin, il y aura des observateurs à chaque étape, des mandataires politiques qui pourront signaler rapidement ces irrégularités.