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Cibitoke: où sont passés les 270 grammes d'or?
(Source: Iwacu Burundi)
Le 23 août 10
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Gervais Ndirakobuca alias Ndakugarika |
Jackson Bikorimana, l'un de deux commerçants dépouillés le 2 août 2010 par Samuel Bapfumukeko, alias Destino, chef du SNR (Service national des renseignements) affirme que le reste de son or ne lui a pas été restitué.
"Samuel Bapfumukeko m'a kidnappé avec mon ami Abel Ntasoni. Ses agents nous ont dépouillés de notre or, d'une valeur de 40 millions de Fbu", indique avec désespoir Jackson Bikorimana. Il ajoute que seuls 410 grammes leur ont été restitués: "Nous ignorons où sont les 270 grammes restant". Selon lui, Gervais Ndirakobuca, directeur adjoint de la Police nationale lui a promis de continuer des enquêtes pour retrouver ces grammes d'or. Mais pour ce commerçant de la zone Buzirasazi de la commune Murwi, province Cibitoke, il y a des non-dits dans cette affaire.
Tout commence lundi, 2 août 2010. Il est 8 heures, quand Jackson Bikorimana et Abel Ntasoni, deux commerçants, se dirigent vers Bujumbura à bord de deux motos. Ils sont en possession de 680 gramme d'or. Arrivés à la 4ème avenue à Ndava (chef-lieu de la province Cibitoke), ils aperçoivent une camionnette du SNR qui les file. "Il y avait Samuel Bapfumukeko, alias Destino, chef du SNR dans la province Cibitoke, Pascal Ntakirutimana, alias Boulot, son informateur et un certain Congera", se souvient Jackson Bikorimana.
Le kidnapping
Ce père de trois enfants ajoute qu'ils ont continué leur voyage tranquillement. Arrivés au niveau de Mukagwema, une localité de la province Bubanza, la camionnette les dépasse. Au niveau de la commune Mpanda, un véhicule de la police venu de Bujumbura leur coupe la route. "Deux policiers qui étaient assis à l'arrière sont descendus et nous ont menottés", se rappelle encore Jackson Bikorimana.
Selon lui, deux autres personnes habillées en civil, un certain Kazungu et un dénommé Numéro sont aussi descendus et leur ont signifié qu'ils étaient recherchés par le SNR et qu'une affaire grave les concernait. "Ils nous ont dit qu'ils devaient nous amener au bureau du SNR", souligne toujours Jackson Bikorimana.
A 9h30 les deux commerçants sont conduits d'abord au bord du lac Tanganyika près du port de Bujumbura. A 10 heures, les deux commerçants sont amenés dans la commune urbaine de Kamenge près du poste des douaniers. "C'est là qu'ils nous ont fouillés et ont pris les 680 grammes d'or d'une valeur de 40 millions que nous avions", explique Jackson Bikorimana. Il indique qu'il leur a demandé de quoi ils étaient accusés et pourquoi ils étaient dépouillés, sans raison.
Les plaintes de la population
Les habitants de la province Cibitoke, tout en comprenant l'intervention du directeur adjoint de la police dans cette affaire, dénoncent un traitement de deux poids deux mesures.
C'est le cas de J. N habitante de la commune Rugombo. Au mois de mars, ses pagnes d'une valeur de 10 millions ont été saisis par Samuel Bapfumukeko. Elle ne les a jamais revus. "J'avais fait entrer ces pagnes clandestinement mais au lieu de les remettre à la police pour que je paye une amende, le chef du SNR les a gardés et j'ai tout perdu"
Au mois d'avril, une autre commerçante de la même commune est attrapée par Samuel Bapfumukeko avec des pagnes d'une valeur de 5 millions.
D.G se souvient qu'elle a essayé de négocier: "Je lui ai proposé de lui donner une part mais il m'a menacé et j'ai tout abandonné par peur de perdre ma vie".
En plus de ces pratiques, les habitants de Cibitoke indiquent que ce responsable du SNR avait l'habitude d'emprisonner des gens chez lui pour les escroquer : "Sa maison était devenue un cachot. Il y enfermait des gens accusés de sorcellerie ou d'appartenir aux FNL. Pour être libéré, il exigeait un montant allant de 300 à 500 mille Fbu", laisse entendre un commerçant de bière de la commune Buganda.
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Conciliabules...
Une demi-heure après, Numéro éloigne un peu Jackson Bikorimana pour lui demander de lui acheter de la bière. Jackson souligne qu'il lui a donné 30 mille. Numéro lui explique ensuite qu'il peut l'aider à retrouver son or moyennant un pot de vin "de 400.000 Fbu".
A 14 heures, Kazungu appelle Jackson Bikorimana et lui propose de renvoyer ses amis afin de négocier. Celui-ci s'exécute. Kazungu et Numéro le conduisent à l'arrêt bus dit Permanence, près des bureaux de la commune urbaine de Buyenzi: "Ils m'ont ensuite donné un numéro de la porte au BSR (Bureau spécial de recherche) et m'ont proposé de les y rejoindre après deux heures". Au BSR, ajoute-t-il, des policiers lui ont expliqué que personne du nom de Kazungu ou Numero n'y travaillait.
Jackson Bikorimana appelle alors Abel Ntasoni et lui explique tout. Tous deux téléphonent Gervais Ndirakobuca, alias Ndakugarika : "Comme il est ressortissant de notre commune, nous avons directement songé à lui et il nous a promis de nous aider à retrouver notre or".
Perquisitions...
Mercredi 4 août 2010, Samuel Bapfumukeko, Pascal Ntakirutimana, Kazungu, Congera et Numero sont convoqués par le directeur adjoint de la police nationale. Samuel Bapfumukeko est conduit chez lui et montre où il a caché les 410 grammes d'or, entre des briques près de sa maison. Il est ensuite conduit à Bujumbura. Pascal Ntakirutimana est emprisonné à la brigade de Cibitoke mais sera relâché deux jours après.
Selon Jackson Bikorimana, Samuel Bapfumukeko a accepté, devant le directeur adjoint du SNR, de payer les 270 grammes en tranches pour étouffer l'affaire. Il ajoute même que l'ex-responsable du SNR à Cibitoke l'a menacé pour qu'il accepte cette proposition. "Il m'a prévenu que s'il était envoyé à la prison centrale de Mpimba, il me tuerait à son retour. Mais malgré ces pressions, je n'ai pas cédé".
Après cet entretien, indique Jackson, le directeur adjoint du SNR lui a demandé de rentrer chez lui et lui a signifié que l'affaire allait être acheminée chez le Procureur près la Cour d'Appel de Bujumbura. Pourtant la justice ne semble pas inquiéter Samuel Bapfumukeko. Des sources dignes de foi indiquent qu'il est actuellement libre mais qu'il n'est pas retourné à Cibitoke.
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Jackson Bikorimana |
Des zones d'ombre
La procédure d'arrestation de Samuel Bapfumukeko suscite des doutes. Le directeur adjoint de la police s'est personnellement chargé de cette arrestation, accompagné de Gaston Uwimana, commissaire de la région ouest de la police. Ni Alexis Ciza, procureur de Cibitoke ni Simon Bizimungu, gouverneur de Cibitoke n'étaient au courant.
Pourtant, selon un spécialiste du droit, en cas d'arrestation d'une personnalité du rang de Samuel Bapfumukeko, un mandat d'amener signé par le procureur près la Cour d'Appel de Bujumbura (pour le cas de la province Cibitoke) aurait dû être présenté au procureur de Cibitoke et au gouverneur avant de procéder à son arrestation. Cela n'a pas été fait.
De plus, Jackson Bikorimana et Abel Ntasoni se demandent où sont passés les 270 grammes de leur or et pourquoi la police n'arrive pas à les retrouver. Samuel Bapfumukeko va-t-il les payer? Selon eux, aucune garantie.
Actuellement, les deux commerçants vivent dans la peur. Jackson Bikorimana affirme qu'il ne passe plus la nuit chez lui : "Samuel Bapfumukeko est venu le 12 août dernier à Buzirasazi. Il était accompagné de deux hommes. Ceux-ci ont posé beaucoup de questions, à notre sujet, aux habitants de cette localité". Une preuve pour lui qu'on veut l'éliminer au lieu de lui rendre son dû.
Approché pour qu'il éclaircisse la situation, Télesphore Bigirimana, porte parole du SNR, nous a renvoyé chez Gervais Ndirakobuca. Contacté, celui-ci nous a recommandé de le rappeler plus tard. Pour après trouver son téléphone portable éteint!
Par Christian Bigirimana
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