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 Actualités

Nord du Burundi : les changements climatiques affament et assoiffent les habitants
(Source: Syfia Grands Lacs)  
 Le 16 août 10

Dans la région de Kirundo, au nord du Burundi, les agriculteurs ne peuvent plus cultiver qu'une fois par an et seulement du haricot. Ils ont toujours faim. L'eau potable s'y vend cher, le bois est rare. Les changements du climat qui y sont très sensibles rendent difficile le quotidien des habitants. La région de Kirundo, au nord du Burundi, manque cruellement d'eau. Boire et manger est devenu un casse-tête pour ses habitants. En ce moment, sur des kms aux alentours de la capitale provinciale, la terre sableuse desséchée s'envole au moindre souffle du vent et il faut creuser le sol sur près d'un mètre pour trouver un peu d'humidité. Depuis près de dix ans, les pluies sont devenues insuffisantes et irrégulières. Les deux dernières années, il n'a ainsi plu que quatre mois au lieu de neuf dans les deux communes de Busoni et Bugabira, habituellement greniers de la province. Une situation qui se retrouve ailleurs dans le pays.
Les lacs, nombreux dans cette zone de basse altitude, rétrécissent. Le lac Cohoha, à 20 km de Kirundo, a perdu 20 m de large par endroits durant les dix ans de pluies réduites et irrégulières. A Kigeri sur ce même lac, ceux qui vont au Rwanda n'ont plus besoin de pirogue, ils passent à pied. Dans le lac Rweru, partagé avec le Rwanda, plus à l'est, la baisse du niveau fait émerger des îlots.

"Cabaret d'eau"

Les sources d'approvisionnement en eau potable pour les habitants ont aussi tari. Et les pompes qui permettaient d'atteindre la nappe phréatique, vétustes, sont presque toutes en panne. L'eau est ainsi devenue objet de commerce. Par exemple, on trouve sur la colline Ruhehe de la commune Bugabira, un "cabaret d'eau" où l'on ne vend que ce précieux liquide Ce sont des pédaleurs à vélo qui y apportent l'eau potable et la vendent à 2 000 Fbu (2 $) les 20 litres. Elle y est revendue à 150 Fbu (0,15 $) un demi-litre. Là où l'eau est plus abondante, elle est moins chère, on en trouve à 400 Fbu (0,4 $) le bidon de 20 litres.

Des gens, incapables de s'en payer, boivent l'eau sale du lac non bouillie. Car le bois de chauffage est lui aussi devenu un casse tête : deux bûches d'un demi mètre coûte 0,1 $. Les gens préfèrent donc l'utiliser pour cuire les aliments. "Nous n'avons pas le choix, nous devons boire cette eau", expliquent deux femmes rencontrées en train de boire l'eau du lac Cohoha.

Seuls quelques arbres de petite taille poussent ici et là dans les champs. Rares sont les larges plantations forestières. Celles qui existaient ont été progressivement défrichées par les occupants de cette région, il y a environ 25 ans. Ce n'est que durant les cinq dernières années que l'on a commencé le reboisement. Mais, celui-ci n'a jamais tenu. En fait, comme le signale Bosco, l'agronome en commune de Busoni, les arbres plantés ne grandissent pas. Le sol sableux, qui retient mal l'eau, soumis à de longues périodes de sécheresse ne permet pas leur implantation. La présence des termites, qui rongent les jeunes arbres, compliquent encore la situation. Or, selon Salvator Nyandwi, un géographe de la région, les hauts arbres et les hautes collines interceptent les pluies. Leur évapo-transpiration, l'humidité que dégagent les feuilles dans l'atmosphère favorise aussi les précipitations.

Famines récurrentes

Ce manque d'eau est surtout le résultat des changements climatiques, particulièrement sensibles depuis trois ans et qui affecte gravement la production agricole. "Nos enfants ont oublié la banane, le manioc, la colocase", raconte Barutwa, de la colline Rwibikara, toujours dans Busoni, une des deux communes les plus frappées. En effet, les plantes à longue durée végétative ont disparu. C'est ainsi que cette région est en proie à des disettes ou famines récurrentes depuis trois ans, car ces trois denrées constituaient une grande partie de l'alimentation de ses habitants. Aujourd'hui, ils ne récoltent plus que le haricot, et encore, une seule fois par an au lieu de deux, à cause du manque de pluies. "Nous avons abandonné la première saison culturale", signale Sylvestre, un agriculteur de la commune de Bugabira. Ayant réalisé depuis deux ans que dorénavant les pluies ne viennent que pendant la grande saison humide, au mois de février, ils ont décidé d'abandonner la première saison de culture qui commencait au mois de septembre et dont la récolte avait lieu en décembre et janvier. Cette seule récolte est très insuffisante pour répondre à leurs besoins et les greniers collectifs récemment installés sont bien peu remplis. Car, les paysans qui n'ont aucune autre ressource que l'agriculture, doivent vendre une partie de la récolte pour acheter des habits, du savon et d'autres denrées à cuisiner avec le haricot.

Les changements climatiques affectent également la santé. Cette fois ci, pas seulement celle des gens de la région de Bugesera, mais de toute la région nord. Les moustiques y prolifèrent à un rythme inhabituel et le paludisme y pose un sérieux problème depuis deux ans. Dans les hôpitaux et dispensaires de la région, selon Gérard, responsable d'un centre de santé, plus de 80 % des malades sont soignés pour le palu contre 50 % à peine auparavant. Les dispensaires sont souvent submergés par les malades, à tel point que, durant les cinq derniers mois, il fallu créer des groupes de soignants mobiles pour traiter les malades chez eux, dans les collines.

Par Eric Nshemerimana