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 Actualités

Vendre ses champs pour payer ses dettes
(Source: Syfia Grands Lacs)  
 Le 06 juillet 10

Pour faire face à leurs dépenses familiales, les agriculteurs du nord du Burundi recourent souvent à des crédits à des taux usuraires qu'ils n'arrivent pas à rembourser. Au grand désespoir de leurs enfants, ils sont alors contraints de vendre leurs champs et tombent souvent dans une misère noire.

"Que papa ne me dise plus de me lever tôt le matin pour aller cultiver ! Il vient de vendre un champ de maïs pas encore mûrs", se fâche Albert, un jeune de 16 ans de la commune de Ngozi. Son père dit avoir vendu cette parcelle pour payer les dettes liées à un emprunt. Le jeune homme n'en avait pas été mis au courant.

Le cas est fréquent dans cette région du nord du Burundi, surtout durant les périodes de soudure où la disette rôde. Enfants et femmes se lamentent de voir les chefs de ménage vendre leurs champs de culture en période de floraison, sans le consentement de leurs familles. La hausse du coût de la vie, les mauvaises récoltes, la diminution de la taille des exploitations appauvrissent les agriculteurs qui n'ont pas d'argent pour payer les soins de santé, envoyer leurs enfants à l'école, régler des contentieux. Parfois même, ils n'ont pas à manger.

Ainsi, cette saison, le haricot a bien donné, mais pas les autres cultures. Autant de raisons qui poussent les paysans à prendre des crédits à des taux usuraires : ils doivent en général rembourser le double de la somme empruntée. "Les problèmes sont nombreux, mais tous ne sont pas aussi importants, témoigne un sexagénaire. Quelles que soient les conditions, je ne peux pas ne pas envoyer mes enfants à l'école ou ne pas faire soigner un membre de ma famille."

Des ventes, sources de conflits

Ces ventes de terrains agricoles engendrent de nombreux conflits dans les familles. Théodore Ndabaniwe est un jeune maçon de 25 ans qui travaille à Bujumbura. Quand il est revenu dans sa province, son père avait vendu une plantation de caféier pour payer des tuiles pour sa maison. Le jeune homme n'a pas compris et s'est révolté contre son père, exigeant qu'on vende une autre parcelle afin d'avoir sa part lui aussi. "Le fils et le papa ont failli en venir aux mains n'eut été les voisins car le fils menaçait de tuer son père" raconte Pie Masabo, le commerçant qui a acheté les caféiers.

Ces conflits fonciers sont fréquents quand les enfants sont nombreux. "J'ai donné en location de deux ans ma bananeraie d'un hectare pour corrompre un magistrat dans un litige foncier que j'avais avec les enfants de mon frère décédé. Je lui avais donné 200 000 Fbu (200 $). Malheureusement, l'affaire a tourné autrement", regrette Prosper.

Une fois qu'ils ont vendu leurs champs, les paysans tombent dans une misère noire. Ils errent en quête d'un travail difficile à trouver. Le plus souvent, ils sont employés à la tâche et sont rémunérés soit en nature, soit en argent, seulement pour avoir de quoi manger. C'est le cas de César Nahimana, 60 ans, aujourd'hui sentinelle. Sa femme et ses enfants qui l'ont rejoint en ville ne travaillent que pour gagner de la nourriture, selon la patronne de la famille de César.

S'associer pour s'entraider

Les commerçants qui ont les moyens, eux, se frottent les mains. Ils profitent de cette situation qui les enrichit rapidement. Julien, l'un d'eux, accorde des crédits aux gens démunis et attend la disette pour acheter leurs champs à bas prix : "Pendant ces périodes, je suis recherché. On me sollicite beaucoup, car ils ont besoin de moi. J'ai toujours sur moi une somme d'argent et l'intérêt que je reçois dépasse le triple de l'argent que j'ai engagé." Les terres sont toujours achetées à des prix inférieurs à leur valeur réelle, les vendeurs étant trop pauvres pour négocier. Ces terres sont par la suite mises en jachère, revendues ou alors exploitées.

Des associations s'efforcent de sortir les gens de ce cercle vicieux. Dans la commune Tangara, toujours en province de Ngozi, les gens, réunis en associations depuis 2008, s'entraident. Ils peuvent contracter de petits crédits à court terme, de cinq mois à un an, auprès de ces structures qui sont financées par des Ong et par les cotisations mensuelles de leurs membres.

"Progressivement, les crédits à taux usuraires diminuent. Avec les associations, les gens commencent à comprendre que travailler ensemble présente des avantages", constate Silas Mpoze, un moniteur agronome du coin qui témoigne que, jusqu'il y a peu, il ne se passait pas deux semaines sans qu'il y ait des conflits entre les membres d'une même famille.