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Affaire Bunyoni contre Rufyiri ou quand la fièvre se traite en cassant les thermomètres
Par Thierry Uwamahoro
Le 28 avril 10
La une de l'actualité Burundaise ces quelques jours a fait écho d'une information selon laquelle, le Ministre de la Sécurité Publique, le General Bunyoni a porté plainte contre Gabriel Rufyiri, Président de l'Olucome. D'autres sources indiquent plutôt un sort plus sinistre et tragique réservé à cet infatigable défenseur de la bonne gouvernance (notons que ces sources ne sont pas à prendre à la légère, étant donné qu'il y a une année, le Vice-président de l'Olucome a été sauvagement assassiné et que les commanditaires de son assassinat n'ont jamais été inquiétés.). Mr. Rufyiri est coupable d'avoir écrit a l'Assemblée Nationale en rapport avec un projet de loi octroyant des avantages aux Généraux Burundais et pour s'être prononcé contre certains détails de ce projet de loi. Vers la fin de la semaine passée, l'Assemblée Nationale a voté, à deux tiers, pour le dit projet de loi (au moment de la publication de cet article, le site web de l'Assemblée Nationale n'a pas encore publié les textes de la version votée). Que le gouvernement Burundais propose un projet de loi, qu'un citoyen Burundais s'exprime sur le projet de loi, offrant une analyse détaillée et se prononce pour ou contre, que l'Assemblée Nationale vote la loi proposée.voilà qui est tout à fait normal dans une démocratie. Néanmoins, que le gouvernement par le biais d'un de ses ministres porte plainte contre un citoyen qui se prononce pour ou contre un projet de loi, qu'un citoyen soit « terrorisé » pour avoir exprimé ses points de vue.voilà qui est contre toute logique démocratique, voilà une violation d'une constitution qui garantie le droit à l'expression, un aspect des régimes dictatoriaux.
Lisez la plainte
En sa qualité de citoyen Burundais, Mr. Rufyiri a le droit de s'exprimer sur toutes les questions d'intérêt général et public. En tant que Président de l'Organisation pour la Lutte Contre la Corruption et les Malversations Economiques, il n'ya rien d'étonnant en ce qu'il fait un clin d'oil aux législateurs Burundais sur l'impact socio-économique d'un quelconque projet de loi, soit-il lié aux intérêts de la grande muette ou pas. D'ailleurs c'est exactement ce que les Burundais attendent de lui et de l'organisation dont il préside. A en croire le journal Iwacu, en ce moment où des poursuites judiciaires ont été engagées contre Mr. Rufyiri et des machinations pour son élimination continuent, la plupart des honorables qui ont voté en faveur de la loi proposée (avec quelques modifications sur les avantages), ignorent toujours les effets dont cette loi aura sur l'économie et le budget nationaux. Voilà qui est réconfortant !
N'importe quel projet de loi coutera au trésor national dans son exécution. Pour éclairer l'opinion nationale, en attachant des sommes sur les avantages énumérés dans le projet de loi (version émanant du gouvernement), l'Olucome a fait des projections sur ce que pourra être le coût des avantages dont les généraux allaient jouir si la loi venait à être adoptée. Si le grand total a paru exorbitant pour le citoyen lambda, la faute n'est nullement de l'Olucome.et ce n'est pas mettre Mr. Rufyiri en prison qui changerait les chiffres (eux, ils sont têtus). Au lieu d'intimider l'Olucome et son Président, le gouvernement Burundais aurait pu expliquer au peuple Burundais (et peut-être la communauté internationale qui le finance à 50%) quelles étaient les erreurs dans les calculs avancés par Mr. Rufyiri, quels étaient les détails du projet de loi proposé, et pourquoi ceux-ci étaient dans l'intérêt de la nation Burundaise. Ce ne sont pas les moyens de communications qui lui manque, le gouvernement Burundais a accès a ses radio et télévision et ce ne sont pas les média privés qui lui refuseront les sorties médiatiques.
Quand le Président Obama a introduit les réformes dans le système de santé et d'assurance maladie aux Etats-Unis, des organisations variées ont sorti communiqués de presse sur communiqués de presse, certaines gens ont même marché dans diverses villes, Washington incluse, pour se prononcer pour ou contre les reformes envisagés. Certains disaient que si les reformes arrivaient à passer, l'économie Américaine sera complètement ruinée, que le taux de chômage doublera, que le déficit budgétaire sera insupportable,.que les grand-mères seront exécutées ! Personne, et il faut peut-être le répéter, personne n'est allé en prison pour avoir exprimé leur point de vue. La tâche incombait au Président Obama de multiplier ses sorties médiatiques, discours, visites aux différents Etats, écoles, entreprises, associations.pour expliquer les raisons derrière les reformes proposés, les sources d'où proviendraient les dollars qui vont payer pour ces reformes ; et plus important, pour tranquilliser les esprits forcenés. Voici l'exemple d'une démocratie en action où, comme disait le Président Ronald Reagan, dans son discours inaugural en 1981, la logique démocratique suppose une nation qui a un gouvernement et non un gouvernement qui a une nation (ici je paraphrase).
Ce qui est surprenant dans l'affaire Bunyoni contre Rufyiri, c'est de voir un général qui a passé tant d'années dans le maquis, soi-disant défendant la démocratie, essayer de nier le droit à la liberté d'expression à un citoyen ou à une association reconnue par la loi républicaine. Le droit à la liberté d'expression est un des droits les plus fondamentaux pour qui veut parler démocratie. En outre, essayer de faire taire Mr. Rufyiri, ou l' Olucome, ou la société civile, ou toute personne physique ou morale qui s'exprimerait sur une quelconque question d'ordre publique parce qu'il y a malaise quelque part, serait suivre la logique d'un docteur qui, faute de médicaments, casserait les thermomètres pour faire disparaitre la fièvre. En attendant que les historiens et les chercheurs des sciences médicales prouvent le contraire, casser le thermomètre ne curera jamais la fièvre !
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