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Le président Burundais prône un bricolage constitutionnel comme solution et s’en prend virulemment aux députés

(Source Burundi Réalité)                                                          

 

Dans sa tournée en province de Rutana, le chef de l'État Pierre NKURUNZIZA a exprimé sa colère contre les parlementaires de l'opposition qui ont fait du refus de voter les lois leur cheval de bataille.

 

Le chef de l’Etat est allé jusqu’ à assimiler ces parlementaires aux voleurs. Il a notamment fait allusion aux avantages dont bénéficient les députés. Il a souligné qu'ils raflent la plus grande dotation budgétaire. Leur salaire est plus d’un million par mois, et ils gagnent 20000 de jeton de présence. S’agissant de leur frais de mission, ils s’élèvent à 35000 par jour pour les missions à l'intérieur du pays et 350 dollars par jour pour les missions à l'étranger. Ils empochent cet argent alors qu’ils ne sont pas en train de faire leur travail. Tout ça dans un Burundi qui vit la pauvreté qu'on connaît, a martelé le président. Le Président a par ailleurs dénoncé les députés qui utilisent les moyens de l'État pour aller semer la terreur dans la population. Parlant de l’attitude des députés de l’opposition un regard critique peut révéler certaines vérités à ce sujet. Le président n’a pas révélé à la population que c’est la mauvaise gestion de la victoire et de son parti qui a donné tant de poids à l’opposition. Il n’a pas non plus souligné que certains de ces avantages ont été votés par les députés du CNDD-FDD quand ils avaient encore la majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Si aujourd’hui l’on trouve que ces avantages sont exorbitants, des procédures existent pour les revoir. Mais seulement, si une telle initiative est engagée, il est fort à pallier que Nkurunziza sera même combattu par sa propre faction. En outre, tant qu’il n’y avait pas encore de dissension au sein du parti au pouvoir, ces avantages n’avaient rien d’anormal.
 
Nkurunziza persiste et signe que son gouvernement n’est pas inconstitutionnel. Il est forcé de s’expliquer à ce sujet car les députés n’ont pas soutenu cette nouvelle équipe. Il admet qu'il s'est appuyé sur la Constitution qui dit que rentre au gouvernement qui veut. C’est justement à ce point qu’il y a la pomme de discorde entre lui et l’opposition. La constitution fait obligation au président de la république de consulter les partis politiques dans la formation d l’équipe gouvernementale. Il est difficile de savoir si le président les a consultés ou non. Si oui et qu’ils ont refusé, le président aurait peut être raison de fustiger leur comportement devant le peuple. Là encore faut il souligner que l’opposition s’en défend et dément avoir été consultée. Elle argue que le président de la République a consulté les personnalités n’ayant pas le mandat d’engager leurs partis. La démarche du président n’offre pas de solution immédiate à la crise. Si l’on sait que le Frodebu et l’Uprona combinés ne peuvent jamais à eux seuls réunir les voix pour empêcher Nkurunziza de gouverner, la seule issue pour son gouvernement est de se réconcilier avec les dissidents de son parti.
 
Le chef de l’Etat n’écarte pas la probabilité de modifier la constitution pour s’allonger les pouvoirs lui permettant de diminuer l’influence de l’Assemblée nationale sur l’exécutif. Sans doute faisait-il allusion à la puissance que cette même constitution donne au parlement. Ce discours de Pierre Nkurunziza est une révélation précoce d’un plan beaucoup plus élaboré de gagner la guerre qui l’oppose à l’opposition au parlement. Des sources proches du pouvoir ont confié à notre rédaction que deux commissions travaillent sous la supervision du ministère de la justice pour préparer la modification de la constitution. La question de la destitution préoccupe particulièrement le président. Selon la constitution (article 302), le premier président de la république post transition n’a pas le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale tandis que cette dernière a le droit de démettre le président. Cette disposition fragilise le président car il est soupçonné d’être impliqué dans le détournement et la vente illégale de l’avion Falcon 50. Le président de la république aurait demandé à l’une des commissions sous la supervision du ministre de la justice, d’évaluer la possibilité d’un referendum sur la question des pouvoirs du parlement à destituer le président de la république.
 
L’autre dimension de la constitution qui gêne Nkurunziza est l’exigence d’un quorum de deux tiers des membres du parlement pour voter les lois ou pour faire quoi que ce soit dans l’institution législative. Depuis que Nkurunziza a orchestré la destitution de Radjabu Hussein de la présidence du parti entraînant la scission en deux du CNDD-FDD et l’effondrement de la majorité parlementaire, le gouvernement ne peut plus passer une loi à moins que l’opposition ne soit entièrement d’accord. C’est pourquoi Nkurunziza envisage procéder à des amendements de la constitution pour diminuer le seuil des deux tiers requis pour passer les lois ou prendre des décisions au parlement. Au lieu de procéder à la résolution des difficultés avec les autres partis et les autres niveaux de pouvoir comme le législatif, Nkurunziza préfère avoir recours à un bricolage constitutionnel qui affaiblit la constitution comme loi fondamentale du pays.

 

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