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"On apprend peu par la victoire, mais beaucoup par la défaite"
Par Grégoire BIRIHANYUMA  
 Le 16 août 10

"On apprend peu par la victoire, mais beaucoup par la défaite" (Proverbe japonais)

Tous les acteurs politiques, sans exception, savent que le scandale électoral de 2010 risque de se répéter en 2015, à moins qu'ils ne proposent des solutions concrètes urgentes aux problèmes de quiconque en subit les conséquences d'une façon ou d'une autre. La politique de l'autruche mènerait droit dans le mur!

Aujourd'hui la peur de l'incertitude du lendemain prédomine, aussi bien dans la classe politique que dans la population. Pour exorciser cette peur, chacun des deux camps politiques antagonistes devrait s'intéresser vraiment au sort des électeurs.

Autrement dit, à peine sommes-nous bientôt sortis de la période électorale que nous allons entrer dans une nouvelle et longue campagne électorale. Ce qui risque d'avoir comme conséquence malencontreuse, l'absence de réalisations concrètes de développement en faveur du de nos masses paysannes, laissées à elles-mêmes depuis le 01/07/1961. Le pouvoir en place devra, par ses actes, démontrer qu'il a la confiance du peuple pour pouvoir mettre en application son programme politique non encore rendu public, sauf erreur de ma part.

Avec du recul, on constate, avec regret, que les élections de 2010 ont été peu ou mal préparées par tous les protagonistes politiques, certains probablement par manque de vigilance et de pragmatisme.

Et pour que celles de 2015 permettent de connaître "les" résultats de chaque scrutin, tous les futurs candidats doivent se préparer dès aujourd'hui. Notamment en intensifiant, d'ores et déjà, l'éducation civique de ses militants à la tolérance, à la compétition loyale et au respect. Respect de la loi, de la vie, du bien d'autrui, entre autres. Tout ceci ne sera possible que si le Burundi redevient un état de droit, dans la vie quotidienne de chaque citoyen et de chaque étranger séjournant au Burundi, et pas uniquement en paroles. Tel est le défi majeur qui attend le pouvoir en place et ses challengers. Ils devront tous mériter la confiance des électeurs aux prochaines "vraies élections"!

La politique n'est pas un jeu de poker. C'est une vocation. On ne s'improvise pas politicien. Pas plus qu'on ne s'improvise pilote, prêtre, imam, médecin, photographe, agriculteur, éleveur, journaliste, mécanicien, etc... On épouse une carrière après avoir découvert que l'on en a les qualifications requises pour se rendre utile aux autres tout en s'épanouissant personnellement. Si on exerce une profession pour laquelle on n'a pas les capacités ou les compétences requises, on expose les autres et on s'expose soi-même au danger ou à l'échec!

Le peuple burundais veut surtout le pain, la paix et la justice. Si le pouvoir en place assure ces 3 éléments à ses gouvernés, nul doute qu'il aura marqué des points et pourra s'en prévaloir pour briguer un autre mandat en 2015.

Mais d'ici là, il devra accepter de partager le terrain politique avec ses adversaires, dans l'intérêt supérieur de la nation. Il aura besoin d'arguments politiques solides pour contrer ceux de l'opposition, fût-elle extra-parlementaire. Après tout, "UKO ZIVUGIJWE NIKO ZITAMBWA"!

QUELQUES PISTES POUR "PIMENTER" LA NOUVELLE DONNE POLITIQUE:

L'ADC-IKIBIRI pourrait former un "Shadow cabinet" comme dans le système politique britannique, c'est-à-dire un gouvernement "fantôme" pour exercer un droit d'opposition efficace au gouvernement en place, au nom de son électorat qui ne reconnaît pas le gouvernement en place. Ce jeu démocratique aurait la grande satisfaction du peuple burundais et lui permettrait, à terme, de pouvoir récompenser objectivement le meilleur candidat lors des prochains scrutins.

Corrigeons la mauvaise image qui nous colle à la peau!

Le Burundi est classé parmi les pays les plus corrompus et dont le PNB est parmi les plus bas. Compte tenu du contexte, tout le monde est en train de comprendre que les opérateurs économiques peuvent influer positivement sur l'affermissement de la démocratie.

Chercher à s'enrichir par la politique, est de moins en moins lucratif. Mieux vaut plutôt s'investir dans l'aventure entrepreneuriale: voilà un créneau porteur que l'opposition pourrait soutenir le peuple à exploiter à fond, notamment avec l'appui de la diaspora burundaise dont la majorité semble favorable à l'opposition extra-parlementaire.

En "boostant" le secteur économique sur un marché quasiment vierge, l'opposition, renforcée par des "bagwizatunga" démocrates ferait d'une pierre deux coups: elle concurrencerait la fonction publique sur le marché de l'emploi, tout en développant le système des micro-crédits en faveur des membres compétents de nos populations qui ont des projets économiques viables. Un tel système donnerait une deuxième casquette aux électeurs, celle d'acteurs de leur propre développement économique et social!

A l'heure de la révolution des technologies de la communication, aucun pouvoir politique, surtout s'il est légitime ne peut se priver de la manne financière générée par la libre entreprise axée sur un code des investissements qui soit attractif pour les entrepreneurs, dans le secteur du tertiaire principalement. Ce système fonctionne ailleurs, il doit pouvoir fonctionner chez nous aussi.

La libre entreprise peut être l'un des piliers de la démocratie. Ainsi, par exemple, la multiplication d'instituts de sondage peut participer de la dynamique du développement. Même les politiques pourraient s'en servir pour mesurer leur popularité au sein de l'électorat. Le renforcement et la diversification de média privés jouerait le même rôle également.

Ces quelques pistes de réflexion ne sont qu'un petit échantillonnage des vastes possibilités qui s'offrent à la classe politique pour commencer, enfin, à redonner à la politique ses lettres de noblesse. Il serait illusoire de croire que le peuple est aveugle au point de ne pas discerner ceux qui s'intéressent à lui et les autres...L'heure de la révolution des mentalités a peut-être sonné, la fin progressive des biens mal acquis aussi! Qui ne s'en réjouirait pas ?

Qui veut la paix au Burundi prépare la guerre contre l'impunité

Au cours de la législature 2005-2010, les élus de la nation ont choisi de reléguer au dernier plan la lutte contre la corruption et contre l'impunité, lutte qui, par conséquent, reste l'enjeu majeur de la prochaine bataille électorale. La majorité parlementaire dont les membres avaient pourtant planché, plus de 10 ans durant, sur un projet politique à vendre à l'électorat en 2005, n'a pas été à la hauteur des attentes du peuple.

La période qui s'ouvre aujourd'hui devrait permettre à l'opposition extra-parlementaire et à ses détracteurs d'affiner leurs programmes respectifs, de manière à être fin prêts à gouverner pour le peuple, par le peuple, avec le peuple. La meilleure manière de préparer l'alternance politique consiste à conscientiser la population sur ses droits civiques, économiques et politiques dans le respect des règles de la compétition loyale.

Ainsi préparé, le peuple ne se fera plus voler sa victoire électorale par qui que ce soit. "IGITI NTIKIGUKORA MU JISHO KABIRI"!

A quelque chose malheur est bon, la honte des élections truquées de 2010 aura au moins servi à quelque chose! Et si ce triste épisode était un mal nécessaire à la maturation de la démocratie burundaise ? L'avenir le dira! Vive la confrontation des idées car "du choc des idées jaillit la lumière".
Puisse le peuple retrouver son rôle de "Juge de paix"!

Par Grégoire BIRIHANYUMA